communiqué de presse

Soudan du Sud. La célébration de l’indépendance entachée de crimes de guerre et d’une menace de famine

• Les deux parties au conflit commettent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.
• Plus d’un million de personnes déplacées et 400 000 contraintes de fuir le pays .
• 3,9 millions de personnes sont confrontées à un risque alarmant d’insécurité alimentaire .
• Des armes continuent d’être livrées au Soudan du Sud alors que le conflit continue.

De nouveaux éléments apparaissent concernant des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis par les forces du gouvernement et celles de l’opposition au Soudan du Sud, a déclaré Amnesty International alors que le pays célèbre pour la troisième fois son indépendance, le 9 juillet. Lors d’une mission à Juba ce mois-ci, l’organisation a interrogé des personnes déplacées qui ont décrit les atrocités récentes et une crise humanitaire imminente.

Depuis le début du conflit en décembre 2013, plus d’un million de personnes ont été déplacées, et 400 000 personnes se sont réfugiées dans les pays voisins. Dans le pays, 3,9 millions de personnes sont confrontées à un risque alarmant d’insécurité alimentaire. Le risque d’une famine est présent. Plus de 100 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays se trouvent dans des camps de l’ONU. Certaines s’y trouvent depuis plusieurs mois. Elles ont peur. Sortir du camp pourrait signifier être attaquées.

Un défenseur local des droits humains a déclaré à Amnesty International : « Qu’y a-t-il à célébrer quand je ne me sens pas libre ? »

« Les deux parties au conflit ont démontré un mépris quasi-total pour les lois de la guerre, et les civils en font les frais  », a déclaré Michelle Kagari, directrice régionale adjointe pour l’Afrique de l’Est à Amnesty International.

« Toutes les parties au conflit doivent immédiatement cesser les attaques contre les civils. Les États doivent suspendre les transferts d’armes au Soudan du Sud, tant que des garanties ne seront pas obtenues quant à l’utilisation de ces armes (ne pas commettre ou faciliter de graves exactions, entre autres)  »

Même avant le conflit actuel, le Soudan du Sud était déjà inondé d’armes légères, l’héritage de décennies de guerre civile. La disponibilité des armes a alimenté les crimes violents et des conflits intercommunautaires, avec des pertes humaines considérables. Le gouvernement a fait de nombreuses tentatives de désarmement des civils. Ces tentatives ont été inefficaces. Elles n’ont pas amélioré la sécurité et ont souvent entraîné d’autres violences.

Depuis que le conflit armé interne a éclaté en décembre, le flux d’armes vers le pays aurait augmenté.

Les forces sud-soudanaises du gouvernement fidèles au président Salva Kiir et les forces d’opposition partisanes de Riek Machar ont échoué à tenir les promesses de cesser les attaques contre les civils, les violences sexuelles, la destruction des biens et la violence contre les enfants. Elles n’ont pas non plus facilité l’accès humanitaire ni demandé de comptes aux responsables de divers crimes.

Un cessez-le feu, initialement convenu le 23 janvier et renouvelé deux fois, les 5 et 9 mai, n’a pas été respecté par les deux parties au conflit. Les affrontements se poursuivent dans plusieurs États : Unité, Jonglei et Haut-Nil.

« La communauté internationale doit faire pression sur les autorités sud-soudanaises pour qu’elles traduisent en justice les personnes qui ont commis de graves atteintes aux droits humains et au droit international humanitaire pendant le conflit, a déclaré Michelle Kagari. Sinon, il y aura malheureusement d’autres Journées de l’indépendance sans rien à célébrer. »

Les autorités sud-soudanaises n’ont jusqu’ici rien fait de concret pour que la justice soit rendue pour les crimes commis contre des civils pendant le conflit. Le gouvernement n’a pas montré un réel engagement concernant l’ouverture d’enquêtes rapides et indépendantes visant à faire rendre des comptes aux auteurs d’exactions et de violations.

Complément d’information

Le conflit a été déclenché par des querelles politiques, mais il a pris une tournure nettement ethnique, avec d’un côté les forces gouvernementales fidèles au président Kiir, qui appartiennent principalement aux Dinkas, et de l’autre des déserteurs et des hommes de milices alliées, fidèles à l’ex-vice-président Machar et membres pour la plupart des Nuers. Chaque partie au conflit s’en prend systématiquement aux membres de l’autre ethnie. Un rapport d’Amnesty International, Nowhere safe : Civilians Under Attack in South Sudan, qui repose sur des recherches menées sur le terrain en mars 2014, rend compte de plusieurs cas où des civils dinkas, nuers et shilluks ont été pris pour cible en raison de leur origine ethnique et de leurs affiliations politiques présumées.

Les crimes contre l’humanité et crimes de guerre s’inscrivent dans un contexte général de violations des droits humains.

La répression de la liberté d’expression a renforcé le climat de répression et de peur. Des membres de la société civile et des journalistes ont été convoqués et interrogés par des agents du Service national de sécurité au sujet de leurs activités et de leurs articles. En mars, le journal de langue arabe Almajhar Alsayasy a dû cesser ses activités en raison d’articles critiques envers le gouvernement. La semaine dernière, les agents du service de sécurité nationale ont ordonné aux médias de ne pas publier des articles sur le fédéralisme, un sujet de débat public. Le 2 juillet, les agents du service de sécurité nationale ont saisi des exemplaires du Juba Monitor, un quotidien local. Le 7 juillet, des agents du service de sécurité nationale ont confisqué 3 000 exemplaires du journal The Citizen.

Au premier jour de l’indépendance du Soudan du Sud, le président Kiir avait promis que le Soudan du Sud adhérerait rapidement aux conventions internationales et respecterait le droit international.

Après trois années d’indépendance, le Soudan du Sud n’est pas parvenu à ratifier les traités fondamentaux des droits humains. La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ont été approuvés par le Parlement et sont restés en attente de l’aval présidentiel avant l’éruption du conflit. Le Soudan du Sud est le seul pays membre de l’Union africaine qui n’a pas ratifié la charte de l’Union africaine.

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