SOUDAN : Le commerce des armes alimente les atteintes aux droits humains au Darfour

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

« Les pilotes d’hélicoptère ont attaqué délibérément et sans discrimination
le campement informel de personnes déplacées alors qu’ils savaient très bien
qu’il y avait des civils innocents. »

Rapport de la Commission de contrôle du cessez-le-feu de l’Union africaine
sur l’attaque des villages d’Hashaba et de Gallab le 26 août 2004.

« La seule chose qu’on trouve facilement au Darfour, ce sont les armes. Il
est plus facile de se procurer une kalachnikov qu’une miche de pain. »

Jan Egeland, coordonnateur de l’aide d’urgence des Nations unies, 1er
juillet 2004

Aujourd’hui, mardi 16 novembre 2004, Amnesty International a révélé des
informations sur les exportations d’armes incontrôlées qui ont alimenté les
atteintes massives aux droits humains perpétrées au Soudan, notamment les
homicides, les viols, la torture et le déplacement de plus d’un million de
civils depuis le début du conflit au Darfour en février 2003.

« Les gouvernements doivent cesser de fermer les yeux sur les conséquences
immédiates et à long terme de ce commerce totalement irresponsable. Ils
doivent veiller à ce que le Conseil de sécurité des Nations unies impose à
toutes les parties au conflit soudanais, y compris aux forces armées
gouvernementales, un embargo sur les armes impératif et rigoureusement
contrôlé. Cet embargo devrait avoir pour objectif de mettre un terme à
toutes les exportations d’armes susceptibles d’être utilisées pour commettre
des atteintes aux droits humains », a déclaré Elizabeth Hodgkin, chercheuse
d’Amnesty International sur le Soudan.

Lors d’une conférence de presse organisée à Nairobi avant la réunion du
Conseil de sécurité des Nations unies prévue cette semaine dans cette même
ville, les délégués d’Amnesty International ont présenté un rapport qui
analyse les différents types d’armes reçues par le Soudan et identifie les
gouvernements qui ont permis les transferts de ces armes, que ce soit de
manière délibérée ou involontaire

Ce rapport, intitulé Soudan. Qui arme les auteurs de graves violations au
Darfour ? montre comment les forces gouvernementales soudanaises et les
milices auxquelles elles sont alliées ont utilisé ces armes pour commettre
de graves violations des droits humains, des crimes de guerre et des crimes
contre l’humanité.

« Deux avions Antonov, cinq hélicoptères et deux MIG ont attaqué notre
village vers six heures du matin. Cinq chars sont entrés dans le village.
L’attaque a duré jusqu’à 19 heures [...] Dix-huit hommes et deux enfants de
notre famille ont été tués dans leur fuite. » Témoignage recueilli par
Amnesty International en mai 2004 auprès d’Aziza Abdel Jaber Mohammed et de
sa demi-sœur, Zahra Adam Arja, à propos de l’attaque du village de Kornoy,
au Darfour septentrional, en décembre 2003.

Le rapport s’appuie sur des témoignages de centaines de survivants
recueillis par Amnesty International, ainsi que sur des documents
commerciaux, des données des Nations unies sur les armes et d’autres
sources, et révèle, entre autre, que :

• des avions et des pièces militaires ont été vendus au Soudan par la
Fédération de Russie, la Chine et la Biélorussie, ainsi que des pièces
détachées d’hélicoptères par la Lituanie, malgré l’utilisation répétée de
ces appareils pour bombarder des villages et soutenir des attaques
terrestres contre des civils ;

• des transferts de chars, de véhicules militaires et d’artillerie ont eu
lieu à partir de la Biélorussie, de la Russie et de la Pologne, alors même
que ces équipements étaient utilisés pour mener des attaques directes et
aveugles contre des civils ;

• des grenades, des fusils, des pistolets, des munitions et d’autres armes
légères ont été exportés vers le Soudan par de nombreux pays, mais
principalement par la Chine, la France, l’Iran et l’Arabie saoudite ;

• des sociétés de courtage en armes britanniques et irlandaises ont
récemment tenté de vendre au Soudan de grandes quantités d’avions Antonov et
de véhicules militaires provenant d’Ukraine, ainsi que de pistolets en
provenance du Brésil ;

• des formations et une coopération militaires ont été proposées par la
Biélorussie, l’Inde, la Malaisie et la Russie.

« Certains gouvernements, comme la Bulgarie, la Lituanie et le Royaume-Uni,
ont déjà commencé à prendre des mesures pour mettre un terme aux transferts
d’armes vers le Soudan, et l’Union européenne a instauré un embargo ;
cependant, d’autres gouvernements ne semblent absolument pas disposés à
fermer le robinet qui alimente ces atrocités », a déclaré Brian Wood,
responsable de la recherche sur le commerce des armes et des équipements de
sécurité au sein d’Amnesty International.

L’organisation de défense des droits humains appelle le Conseil de sécurité
des Nations unies à imposer un embargo impératif sur les exportations
d’armes susceptibles d’être utilisées pour commettre des atteintes aux
droits humains. Cet embargo devrait être accompagné d’une surveillance
rigoureuse de l’ONU à l’intérieur comme à l’extérieur du Soudan.

Amnesty International exhorte aussi tous les États cités dans son rapport à
prendre immédiatement des mesures concrètes pour suspendre tous les
transferts d’armes de ce type, ainsi que les approvisionnements qui leur
sont liés dans le domaine de la logistique et de la sécurité, qui sont
utilisés pour commettre de graves atteintes aux droits humains au Soudan.

Pour éviter que le commerce des armes n’alimente de telles catastrophes,
l’organisation fait également campagne pour que tous les États instaurent
des contrôles beaucoup plus rigoureux sur les armes conventionnelles, avec
notamment la mise en place d’un traité sur le commerce des armes, qui
interdirait les exportations d’armes vers tous les bénéficiaires risquant de
les utiliser pour violer les droits humains et le droit international
humanitaire.

La version intégrale du rapport Soudan. Qui arme les auteurs de graves
violations au Darfour ? est disponible à l’adresse suivante :
http://web.amnesty.org/library/index/fraAFR541392004

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