SOUDAN - Un représentant d’Amnesty International interpellé et des militants des droits humains harcelés

Index AI : AFR 54/001/2006

Amnesty International a fait part ce lundi 23 janvier de sa profonde inquiétude concernant la sécurité des défenseurs des droits humains au Soudan après l’interpellation de délégués - dont un représentant d’Amnesty International - lors d’un forum des organisations non gouvernementales (ONG) à Khartoum.

« La rencontre - dont les autorités avaient été préalablement informées - s’est faite en toute transparence ; elle réunissait des personnes travaillant à la paix et à la justice dans la région. Arrêter ou harceler des défenseurs des droits humains constitue une violation claire des obligations internationales du Soudan au regard des normes régionales et internationales, notamment au regard de l’Acte constitutif de l’Union africaine. Les mesures prises par le gouvernement ont entamé la crédibilité et l’autorité de l’Union africaine au moment même où celle-ci se réunissait dans la capitale soudanaise, a déclaré Kolawole Olaniyan, directeur du programme Afrique d’Amnesty International.

« Les évènements de la nuit dernière sont le signe d’une augmentation inquiétante de la répression exercée par le gouvernement soudanais à l’égard des défenseurs des droits humains et nous craignons que le mouvement ne s’accentue. Nous appelons le gouvernement soudanais à mettre immédiatement un terme aux actes de harcèlement dont sont victimes les défenseurs des droits humains dans tout le pays. »

Le Forum des ONG rassemblait des ONG nationales et internationales, deux représentants des Nations unies et des représentants de la Commission européenne. La rencontre, qui se déroulait parallèlement à une réunion de l’Union africaine, avait pour objectif de débattre des questions touchant à la paix et à la justice dans la région.

À 17h55 (heure locale) le 22 janvier, des membres des forces de sécurité en civil sont entrés dans le bâtiment où se tenait le Forum des ONG. Les forces de sécurité - dont le nombre aurait oscillé entre six et 15 personnes au moment de l’intervention - ont ordonné à tous les délégués d’éteindre leurs téléphones portables. Ils ont déclaré que la rencontre n’avait pas été autorisée et ont exigé de connaître les noms de tous les participants. Les participants, une quarantaine de personnes en tout, se sont vus intimer l’ordre de remettre leurs dossiers et leurs ordinateurs portables. Certains ont résisté ; les forces de sécurité ont alors forcé les sacs. Quelques échauffourées ont éclaté. À ce moment, d’autres membres des forces de sécurité sont arrivés en renfort et ont encerclé la salle. Des photographies classiques et numériques ainsi qu’un enregistrement vidéo de tous les participants ont été réalisés. Certains des participants ont été malmenés, menacés et se sont entendus dire « vous feriez mieux de faire ce qu’on vous dit si vous ne voulez pas avoir de problèmes plus tard ». Des sommations répétées ont été faites aux participants pour qu’ils remettent leurs effets personnels.

Les forces de sécurité ont tenté de séparer les participants en deux groupes, participants nationaux d’un côté, internationaux de l’autre. Des tentatives ont également été faites pour séparer les hommes et les femmes. De nombreuses personnes ont refusé d’obtempérer aux deux injonctions.

Entretemps, une foule composée essentiellement de journalistes et de représentants diplomatiques s’était rassemblée au dehors. Les forces de sécurité les ont empêchés de pénétrer dans le bâtiment.

Vers 21h00, les forces de sécurité ont essayé de remettre en liberté les représentants des groupes internationaux tout en gardant les Soudanais. Les participants internationaux s’y sont opposés, craignant pour la sécurité des Soudanais s’ils restaient seuls. Finalement tous les participants ont été escortés jusqu’à l’entrée principale où de nouvelles tentatives pour séparer les deux groupes ont été faites avant que tout le monde ne soit relâché.

Après que tous eurent été remis en liberté, deux des participants ont été contactés par téléphone par la section politique du bureau des forces de sécurité nationale pour un entretien avec des responsables de la sécurité. Faisal al Baqir, quarante-neuf ans, journaliste freelance, membre de Reporters Sans Frontières, affilié à l’Organisation soudanaise contre la torture (SOAT) et le Dr Nagib Najmedin, soixante ans, l’un des présidents de la rencontre, directeur de deux ONG locales, le Centre Amal et le Centre de Khartoum pour le développement des droits de l’homme et de l’environnement, ont ensuite été conduits de leurs domiciles au bureau de Saleh al Obeid, chef de la section politique de la sécurité nationale soudanaise. Là on leur a déclaré que bien que la rencontre n’ait pas posé de problème particulier, « le moment était mal choisi », voulant vraisemblablement dire que les susceptibilités étant déjà exacerbées à propos de l’Union africaine, cette rencontre risquait d’exciter davantage les passions.

Complément d’information

Faisal al Baqir a été arrêté par le passé par cette même branche de la sécurité nationale. Il avait été détenu au secret du 13 au 26 janvier 2001. Son ordinateur, sa moto et un certain nombre de documents lui avaient alors été confisqués. À de nombreuses reprises, revenant de l’étranger, il a été arrêté et interrogé par les services de l’immigration ou appréhendé un peu plus tard à son domicile par des agents de la sécurité.

Nagib Najmedin a également été détenu entre décembre 1989 et mai 1991, dans les prisons de Shobat et de Kober à Khartoum.

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