Communiqué de presse

Swaziland. Il faut libérer un rédacteur en chef et un avocat défenseur des droits humains ayant fait l’objet d’une procédure sommaire

Le placement en détention illégal du rédacteur en chef d’un magazine et d’un avocat défenseur des droits humains respectés mardi 18 mars, après qu’ils aient critiqué le système judiciaire du Swaziland, fournit un nouvel exemple choquant de l’intolérance de ce royaume d’Afrique australe face à la liberté d’expression, a déclaré Amnesty International.

Bhekithemba Makhubu, rédacteur en chef de The Nation, un magazine mensuel d’information, et Thulani Maseko, avocat défenseur des droits humains, sont actuellement incarcérés au centre de détention provisoire de Sidwashini à Mbabane, après avoir fait l’objet d’une procédure judiciaire absolument contraire aux normes d’équité en la matière. Ils ont été soumis à une arrestation arbitraire en vertu de mandats d’arrêt entachés d’irrégularités, n’ont pas pu s’entretenir avec leurs avocats et ont été placés en détention provisoire à l’issue d’une procédure sommaire qui s’est déroulée à huis clos.

« Ces arrestations arbitraires et cette procédure hautement irrégulière relèvent de représailles plutôt que de l’administration de la justice, et illustrent une nouvelle fois l’intolérance du Swaziland face à la liberté d’expression. Elles violent les normes internationales en matière de droits humains et n’ont aucun fondement juridique au Swaziland », a déclaré Mary Rayner, spécialiste du Swaziland à Amnesty International.

« Nous estimons que Bhekithemba Makhubu et Thulani Maseko sont des prisonniers d’opinion, arrêtés et incarcérés simplement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression. Les autorités du Swaziland doivent les libérer immédiatement et sans condition. »

Ces deux hommes ont été appréhendés après que The Nation ait publié en février et mars 2014 deux articles de Thulani Maseko, dans lesquels celui-ci exprimait ses doutes quant à l’indépendance et l’intégrité de l’appareil judiciaire au Swaziland. Ils ont tous deux été inculpés d’atteinte à l’autorité de la justice, une infraction pénale.

Le mandat en vertu duquel ils ont été arrêtés a été délivré par Michael Ramodibedi, président de la Cour suprême du Swaziland, ce qui semble indiquer une atteinte au cours normal de la justice. Les agents du poste de police de Mbabane, où les deux hommes ont dans un premier temps été placés en garde à vue avant leur comparution devant le président de la Cour suprême, semblent par ailleurs avoir suivi des consignes précises lorsque ils ont empêché leurs avocats de s’entretenir avec eux.

Dans une procédure pénale normale, les deux hommes auraient alors dû être présentés devant un juge. Au lieu de cela, ils ont été conduits devant le président de la Cour suprême, et ont fait l’objet d’une procédure sommaire. Leurs avocats n’ont pas été autorisés à présenter d’éléments à décharge, et le président de la Cour suprême a placé les deux hommes en détention provisoire sans leur offrir la possibilité de demander une libération sous caution.

« Il apparaît clairement que le président de la Cour suprême se trouve actuellement dans une situation de conflit d’intérêt, et que les autorités du Swaziland n’ont aucune raison de priver ces hommes de liberté, si ce n’est l’envie de vengeance manifeste d’un puissant représentant de l’État », a déclaré Mary Rayner.

Complément d’information

Bhekithemba Makhubu continue à faire l’objet de procédures coûteuses. La Haute Cour l’a en effet déclaré coupable l’an dernier de deux chefs d’atteinte à l’autorité de la justice, en relation avec la publication de deux articles mettant en doute l’indépendance de la justice au Swaziland. Amnesty International avait dénoncé cette décision, qui avait été immédiatement suivie d’une condamnation choquante à deux ans d’emprisonnement si le rédacteur en chef ne s’acquittait pas d’une amende d’un montant équivalent à 32 000 euros dans les trois jours. Cette peine de prison lui a été épargnée quand ses avocats sont parvenus à interjeter appel avant la date butoir. Le recours contre sa déclaration de culpabilité et sa condamnation n’a toujours pas été examiné.

Thulani Maseko, militant au sein de Lawyers for Human Rights Swaziland, a également été inculpé en 2009 au titre de la Loi relative à la sédition et aux activités subversives, mais n’a toujours pas été jugé.

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