Syrie : craintes de torture pour des personnes arrêtées dans une banlieue de Damas

Plusieurs dizaines d’hommes sont actuellement détenus au secret dans des lieux indéterminés et risquent d’être torturés, après que les forces de sécurité syriennes ont procédé à une vague d’arrestations dans une banlieue de Damas le week-end dernier, a indiqué Amnesty International lundi 18 juillet.

Des chars d’assaut et des hommes armés sont entrés samedi à Qatana, au sud-ouest de la capitale. Ils ont ouvert le feu sur des habitants non armés et effectué des descentes de façon aléatoire, arrêtant plusieurs dizaines d’hommes âgés de 18 à 40 ans. Amnesty International est d’autant plus inquiète pour eux que la torture semble être monnaie courante en Syrie.

Le journaliste et militant politique Ali al Abdullah, âgé de 61 ans, est détenu au secret dans un lieu indéterminé depuis son arrestation dimanche.

« Les autorités syriennes doivent révéler où se trouvent Ali al Abdullah et les autres hommes arrêtés à Qatana, et veiller à ce qu’ils soient protégés de la torture et de toute autre forme de mauvais traitements tant qu’ils seront détenus », a déclaré Philip Luther, directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

L’un des fils d’Ali al Abdullah, Mohammad, qui vit en exil aux États-Unis, a indiqué à Amnesty International qu’une dizaine d’hommes armés en uniforme militaire sont arrivés au domicile de sa famille, à Qatana, dans la matinée du dimanche 17 juillet. Ils ont mis l’appartement sens dessus dessous et menacé d’ouvrir le feu si la famille ne livrait pas l’autre fils, Omar. Comme celui-ci n’était pas là, ils ont arrêté Ali al Abdullah à sa place, en disant : « Il ne reviendra que si Omar se présente. »

Amnesty International pense qu’Ali al Abdullah est probablement un prisonnier d’opinion détenu uniquement parce qu’il est le père d’Omar.

L’organisation est inquiète pour son bien-être car il s’est fait opérer du cœur il y a trois semaines et on ignore s’il bénéficie du suivi médical constant et des soins dont il a besoin.

Ali al Abdullah a déjà été emprisonné à cinq reprises en raison de ses activités pacifiques de militant politique. Sa dernière période de détention avait pris fin le 4 juin à la faveur d’une « amnistie générale » prononcée par le président syrien, Bachar el Assad. Ses fils ont également été emprisonnés pour des motifs politiques par le passé.

Certains des autres hommes de Qatana actuellement détenus au secret dans des lieux inconnus auraient participé ou apporté leur soutien à des manifestations en faveur de la réforme organisées dans cette ville la semaine dernière.

Des manifestations en faveur de la réforme ont eu lieu quotidiennement à Qatana du 9 au 15 juillet, après quatre mois de troubles à travers la Syrie. Des affrontements ont opposé les manifestants et des partisans de Bachar el Assad à plusieurs reprises, au cours desquels les deux camps se sont jeté des pierres.

Selon les habitants de Qatana, la situation aurait dégénéré lorsque l’armée syrienne et les forces de sécurité sont entrées dans la ville avec des chars le 16 juillet à l’aube et ont ouvert le feu sur des zones résidentielles, blessant de nombreuses personnes dont certaines parmi les fidèles qui quittaient la mosquée de Mariam Ben Omran après la prière du samedi matin. Un couvre-feu a été imposé vers 11 heures, l’accès à Internet, l’électricité et l’eau ont été coupés dans au moins certaines parties de la ville, et l’armée et les forces de sécurité ont commencé à effectuer des descentes systématiques et à arrêter des hommes.

Les habitants de Qatana ont en outre affirmé qu’un enfant de sept mois, Mohammed Ahmed Sabboura, avait été abattu et sa mère blessée alors qu’elle tentait de quitter la ville.

Amnesty International détient les noms de 32 personnes qui auraient été tuées dans le pays par les forces de sécurité et l’armée syriennes depuis le week-end dernier et, selon les informations que l’organisation a recueillies, plus de 1 380 personnes auraient trouvé la mort depuis le début des troubles au milieu du mois de mars.

« Au cours des derniers mois, de Deraa à Homs en passant par Qatana et d’autres villes, la violence, le pilonnage de zones résidentielles et les vagues d’arrestations sont devenus plus que fréquents dans le cadre des tentatives des autorités syriennes visant à réprimer les manifestations en faveur de la réforme, a ajouté Philip Luther.


« Dans le même temps, les appels à la réforme des citoyens syriens n’ont fait que s’accentuer, faisant bien comprendre que le statu quo ne fonctionne pas et que la répression militaire sanglante doit cesser. »

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