THAÏLANDE : Un défenseur des droits humains menacé de mort

Index AI : ASA 39/002/2003

Amnesty International est très préoccupée des menaces de mort que le docteur Pradit Chareonthaitawee, membre de la Commission nationale des droits humains de Thaïlande, a reçues à son domicile les mercredi 5 et jeudi 6 mars de la part d’un correspondant anonyme. Celui-ci lui a intimé de cesser toute communication avec les Nations unies, sous peine de mort.

" Le gouvernement royal de Thaïlande doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour protéger le docteur Pradit et sa famille, et ordonner l’ouverture immédiate d’une enquête sur ces menaces de mort répétées ", a déclaré Amnesty International ce jeudi 6 mars.

Le docteur Pradit et d’autres membres de la Commission nationale des droits humains ont publiquement fait état de leur inquiétude devant les homicides dont ont été victimes plus de 1 000 personnes soupçonnées d’infractions liées aux stupéfiants, dans le cadre de la campagne du gouvernement contre le trafic de drogue, commencée le 1er février 2003. Dans la plupart des cas, les circonstances de ces homicides n’ont pas été éclaircies. En outre, le rapporteur spécial de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, Amnesty International, ainsi que des organisations régionales de défense des droits humains, ont fait état de ce grand nombre d’homicides dans des déclarations publiques.

Un porte-parole du gouvernement a déclaré que Thai Rak Thai, le parti politique du Premier ministre Thaksin Shinawatra, pourrait entreprendre une démarche au Parlement afin de réunir des signatures de députés pour demander que le docteur Pradit quitte son poste à la Commission nationale des droits humains.

Le docteur Pradit Chareonthaitawee a également reçu des menaces de mort anonymes en 1992, lorsqu’il dirigeait une sous-commission créée pour enquêter sur le sort des personnes disparues au cours de la violente répression par l’armée des manifestations en faveur de la démocratie, cette même année. Dès sa démission, les menaces de mort contre lui et sa famille s’étaient arrêtées.

Contexte
La " guerre contre les stupéfiants " du gouvernement, qui doit durer trois mois, a suscité un large débat tant à l’échelle nationale qu’internationale. Le gouvernement affirme que les morts sont dues, dans leur très grande majorité, à des règlements de compte entre trafiquants de drogue. Les autorités soutiennent en outre que les forces de sécurité ne sont responsables que d’un petit nombre d’homicides, et en état de légitime défense.
Selon une récente déclaration gouvernementale, les autorités thaï ont créé deux commissions pour " surveiller la mise en œuvre des mesures actuelles et protéger les personnes susceptibles de témoigner dans des affaires d’homicides liés à la drogue, ainsi que celles qui se sont rendues aux autorités. " Amnesty International se félicite de cette mesure, et demande au gouvernement de faire en sorte que toutes les enquêtes soient menées avec diligence, efficacité, indépendance et impartialité.
Amnesty International est consciente du fait que les stupéfiants constituent un problème de plus en plus grave en Thaïlande, mais reste préoccupée du nombre croissant d’homicides liés à la campagne gouvernementale contre la drogue.

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