Venezuela : Une politique de violence meurtrière pour étouffer la dissidence

Les attaques récurrentes contre la population et les discours incitant à la violence relèvent d’une politique préméditée des autorités vénézuéliennes qui vise à réprimer avec brutalité toute forme de dissidence, a déclaré Amnesty International lundi 10 juillet 2017, au vu de la recrudescence du nombre de morts pendant des manifestations – au moins 91 en seulement trois mois.

Les attaques récurrentes contre la population et les discours incitant à la violence relèvent d’une politique préméditée des autorités vénézuéliennes qui vise à réprimer avec brutalité toute forme de dissidence, a déclaré Amnesty International lundi 10 juillet 2017, au vu de la recrudescence du nombre de morts pendant des manifestations – au moins 91 en seulement trois mois.

« Contrairement aux apparences, les interventions des autorités vénézuéliennes face aux manifestations ne sont pas des cas isolés mais le reflet d’une stratégie planifiée par le gouvernement du président Maduro, qui consiste à recourir à la violence et à la force de manière injustifiée à l’égard de la population pour neutraliser toute critique, a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques à Amnesty International.

« Le fait que les personnes ayant une opinion différente soient les seules à être qualifiées de terroristes, à se voir interdire de manifester et à être la cible de violences et d’un usage injustifié de la force prouve l’existence d’une stratégie destinée à empêcher l’expression du mécontentement grandissant au Venezuela.

« Si les autorités ne changent pas radicalement d’attitude en mettant fin à la répression violente et préméditée qui cible les personnes considérées comme critiques à l’égard du gouvernement, des preuves irréfutables continueront à s’accumuler et les auteurs de ces actes ainsi que l’État seront amenés à rendre des comptes devant la justice pénale internationale. »

Depuis que la vague de manifestations a débuté, le 4 avril, au moins 91 personnes ont été tuées et plus de 1 400 ont été blessées dans le contexte de la crise politique, selon les sources officielles.

En outre, la situation risque fort de s’aggraver à l’approche de l’élection des membres de l’Assemblée nationale constituante, qui se tiendra le 30 juillet sur fond de conflit social aigu.

Violences perpétrées par des représentants de l’État

Au cours des trois derniers mois, Amnesty International a pu établir que les forces de sécurité avaient réprimé violemment des manifestations antigouvernementales. Il ressort de l’analyse des faits que les actes commis traduisent non seulement une réaction incontrôlée de la part de certains agents mais aussi une pratique préméditée qui consiste à recourir à la violence pour étouffer les critiques.

Amnesty International est en mesure de confirmer par recoupement que la Police nationale bolivarienne et la Garde nationale bolivarienne ont employé indûment la force non meurtrière, y compris en aspergeant directement de gaz lacrymogène des manifestants antigouvernementaux. Citons l’exemple de Juan Pernalete, décédé après avoir été touché en pleine poitrine par une bombe lacrymogène alors qu’il manifestait à Caracas en avril 2017. Les forces de sécurité ont aussi utilisé des armes meurtrières lors de rassemblements, faisant des morts et des blessés parmi lesquels Fabián Urbina, abattu le 20 juin 2017 par un membre de la Garde nationale pendant une manifestation à Caracas.

Amnesty International a aussi recueilli des informations sur des attaques contre des personnes et des groupes ne participant pas aux manifestations, notamment des raids violents de grande ampleur menés par les forces de sécurité équipées de véhicules blindés et de gaz lacrymogène, qui ont endommagé des véhicules et des maisons et mis en danger la population.

L’une de ces attaques a eu lieu à La Isabelica (État de Carabobo). Les habitants ont signalé qu’en mai 2017 les forces de sécurité avaient effectué une descente dans le village, pulvérisant du gaz lacrymogène directement dans les maisons et tirant au hasard sur les passants.

Selon les renseignements obtenus par Amnesty International, les services de sécurité ont eu recours à la force dans des circonstances similaires, bien que le droit international l’interdise, à Caracas, ainsi que dans les États de Lara, Barinas, Carabobo et Táchira, ce qui montre que ces pratiques ne se limitent pas à une zone géographique précise mais sont généralisées.

De plus, ces actes de violence visaient spécifiquement des personnes désignées par les autorités comme des dissidents et des manifestants antigouvernementaux. En revanche, les rassemblements en faveur du gouvernement se déroulent sans incident, sous la protection des autorités, ce qui prouve que les attaques ont effectivement pour objectif d’étouffer les désaccords.

Outre les actes de violence commis illégalement par les forces de sécurité, Amnesty International dispose d’éléments faisant état de plusieurs cas de groupes civils armés qui s’en prennent à la population avec l’assentiment des autorités, dont la politique de violence semble aussi encourager de telles pratiques. Ces groupes interviennent lors de manifestations antigouvernementales mais ciblent aussi des domiciles dans plusieurs États du pays, ce qui démontre une fois encore le caractère généralisé de la stratégie violente. Des éléments attestent que ces groupes, communément appelés « collectifs armés », agissent en présence des forces de sécurité et que celles-ci ne font rien pour protéger la population. Tout dernièrement, le 5 juillet 2017, plusieurs groupes armés ont fait irruption à l’Assemblée nationale mais les forces de sécurité ne sont pas intervenues, alors que des civils armés agressaient des parlementaires.

Création d’un appareil d’État ayant pour seule vocation la répression violente

L’État a créé et mis en place des organes et des mécanismes dont le mandat consiste à réprimer violemment la population. L’élaboration de dispositifs conçus uniquement pour poursuivre les manifestants et les dissidents présumés, comme le Commandement antiterroriste, et l’augmentation du nombre d’armes et de conscrits dans les milices bolivariennes sont le signe que les autorités ont préparé minutieusement la mise en œuvre d’une politique de répression violente.

Incitations à la violence

Le recours injustifié à la force, sous tous ses aspects, et la création de mécanismes permettant à l’État de poursuivre des citoyens font écho à un discours d’incitation à la violence, que le gouvernement diffuse et utilise pour légitimer la brutalité comme réponse systématique à toute forme de dissidence. Plus particulièrement, dans leurs appels lancés aux forces de sécurité et aux groupes civils favorables au gouvernement, plusieurs hauts responsables de l’État, y compris le président Nicolás Maduro lui-même, encouragent la violence et désignent les dissidents comme des terroristes, des ennemis et des traîtres à la patrie.

Les trois éléments susmentionnés – recours injustifié et récurrent à la force contre la population, création de mécanismes étatiques ayant pour vocation la répression violente et discours répétés d’incitation à la violence qui émanent du gouvernement – sont le signe d’une politique préméditée qui consiste à neutraliser avec brutalité tout désaccord à l’égard de l’action gouvernementale.

« Le Venezuela traverse actuellement l’une des pires crises des droits humains de son histoire récente. L’escalade de la violence favorisée par le gouvernement et le fait que l’État ne propose aucune solution viable alors que la majorité de la population est confrontée à de graves problèmes, notamment en ce qui concerne l’accès à l’essentiel (nourriture, médicaments et produits de première nécessité), sont à l’origine d’une crise sans précédent sur le continent, a déclaré Erika Guevara-Rosas.

« Il est essentiel que les pouvoirs publics s’efforcent d’améliorer la situation dramatique que vivent au quotidien des milliers de Vénézuéliens, au lieu d’instaurer un régime de répression et de violence. »

Il faut que les autorités qui promeuvent ces mécanismes et stratégies de répression violente cessent immédiatement de les mettre en œuvre, en particulier au vu des tensions sociales qui s’accentuent à l’approche de l’élection des membres de l’Assemblée nationale constituante, prévue pour le 30 juillet 2017.

Dans ce contexte, la justice pénale internationale, notamment la Cour pénale internationale et les pays qui reconnaissent sa compétence universelle, suivront de près la situation au Venezuela. Si la volonté de supprimer les mécanismes qui participent d’une politique de brutalité à l’égard de la population et de ne plus faire l’apologie de la violence dans les discours et les ordres officiels ne se manifeste pas au plus haut niveau de l’État, de l’armée et de la police, les responsables concernés pourront être amenés à rendre des comptes devant la justice pénale internationale.

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