« Je vous avoue que j’avais abandonné tout espoir de gagner quand j’ai vu les performances des autres qui ont été pour moi formidables. C’est pour ça que j’étais autant émue quand j’ai su que j’avais été choisie ; ce n’est que du bonheur », explique Olivia Conticello Fund.
L’élève de 16 ans a choisi de livrer sa prestation sur la base de la citation : « Là où il y a pouvoir, il y a résistance », de Michel Foucault. Elle a choisi d’y apporter une dimension personnelle en s’appuyant sur des expériences vécues, en articulant son discours autour de Dubaï et des contradictions entre l’image véhiculée par les influenceurs et les touristes, et les réalités liées aux violations des droits humains.
« J’ai choisi de parler de Dubaï parce que c’est un sujet qui me touche personnellement. Je parle de mon père, notamment, qui a tendance à idéaliser cet endroit ; je voulais un peu démanteler ce mythe et parler de la face cachée de Dubaï. Avoir gagné, c’est pour moi d’abord une récompense pour tous les efforts fournis. Et c’est surtout le fait que les gens ont écouté mon discours et l’ont compris ; c’est d’une certaine manière une réussite à une petite échelle », confie Olivia Conticello Fund.
Les membres du jury ont félicité l’ensemble des finalistes pour leur originalité, la qualité de leur écriture, leur aisance oratoire et la solidité de leur argumentation.
Benjamin De Luca a quant à lui opté pour une prestation qu’il qualifie lui-même de « dérangeante », en mêlant humour, argumentation et qualité oratoire autour de la même citation de Michel Foucault. Il a notamment choisi d’interpeller directement le public en lui intimant « l’ordre » de se lever.
« Avoir gagné est une surprise pour moi. À la base, je ne m’en sentais pas capable du tout. Ma meilleure amie, ma prof de français et ma classe m’ont poussé à participer. J’ai eu un gros coup de chaud à la demi-finale et je suis arrivé en finale pas du tout dans l’optique que j’allais gagner. Voir toutes ces personnes rire à mes blagues, acquiescer à mes mots, ce n’était que du positif, que du bon. Le niveau des autres candidats et candidates était incroyable, je ne m’attendais pas à gagner. Quand j’ai reçu le prix du public, mon cœur a commencé à battre dans tous les sens. C’est vraiment une expérience enrichissante, que je recommande à beaucoup de gens », explique Benjamin De Luca.
Les jeunes finalistes se sont produit·es à tour de rôle devant un jury composé de Wilson Fache, reporter de guerre et récipiendaire du prix Albert Londres 2023 ; Noah Bundula, créateur de contenu médiatique et du compte Asckipe ; Coralie Vanderlinden, actrice et metteure en scène ; Isabelle Rorive, professeure de droit à l’ULB ; Léopold Mustin, avocat ; Nael Giannini, président de la Fédération d’éloquence belge. Le jury était présidé par Carine Thibaut, directrice de la section belge francophone d’Amnesty International. Libres d’adopter le style oratoire qui leur plaisait, les huit finalistes ont disposé respectivement de quatre à cinq minutes et 30 secondes pour adresser un message oral à travers le choix de trois thématiques.
La soirée a été clôturée par un message d’espoir et de résistance porté par Carine Thibaut, accueilli sous de grands applaudissements. « Depuis dimanche, les défenseurs et défenseures des droits humains ont le sentiment que nous pouvons faire reculer les autoritarismes. C’est notamment grâce à la jeunesse hongroise que le dirigeant Viktor Orbán a été démis de ses fonctions après 16 ans de pouvoir. Il est essentiel de voir des jeunes qui choisissent, à travers les mots, l’argumentation et la prestance, de défendre des idées aussi fondamentales que les droits humains. Voir ces huit jeunes monter sur scène pour défendre leurs idées et leurs opinions est toujours un plaisir et cela donne de l’espoir, car cela montre que les mots peuvent être utilisés à bon escient », a-t-elle indiqué.
Pour sa quatrième édition, le concours était ouvert à tous les établissements scolaires du secondaire en Wallonie et à Bruxelles disposant d’un groupe-école Amnesty. À l’issue d’une première étape de sélection, treize élèves de neuf écoles participantes différentes ont participé à une demi-finale organisée le 18 mars 2026, dont huit ont été retenu·es pour participer à la finale.
