Yémen. Des milliers de personnes ont besoin de protection après avoir fui une attaque visant des extrémistes présumés

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

ÉFAI

22 septembre 2010

Ce mercredi 22 septembre, Amnesty International a exhorté les autorités yéménites à prendre sans délai des mesures pour protéger les milliers de personnes déplacées lors d’une opération militaire visant des extrémistes présumés d’Al Qaïda dans la ville d’al Hutah.

Selon la Société yéménite du Croissant-Rouge, plus de 12 000 habitants ont fui cette attaque, dans la région de Shabwa (sud du pays), mais certaines informations indiquent qu’ils n’ont pas encore reçu d’aide humanitaire.

Les représentants de l’État affirment que cette opération visait une centaine de combattants d’Al Qaïda réfugiés à al Hutah. Cependant, plusieurs habitants des environs ont déclaré à Amnesty International que les extrémistes présumés étaient en fait des membres de tribus armés ayant des griefs contre le gouvernement.

« Quelle que soit la nature des opérations en cours, les autorités yéménites doivent veiller de toute urgence à subvenir suffisamment aux besoins des personnes déplacées, dont le nombre est choquant en l’espace de quelques jours », a déclaré Philip Luther, directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

« Les autorités sont tenues de garantir la sécurité publique et doivent immédiatement répondre aux besoins des déplacés en termes de nourriture, d’eau, d’hébergement et de soins médicaux, notamment pour ceux qui pourraient avoir été blessés au cours de leur fuite. »

D’après les médias, au moins un habitant a été tué et d’autres blessés en tentant de fuir, tandis que plusieurs dizaines de soldats du gouvernement et d’extrémistes présumés seraient morts dans les affrontements. On ignore encore les circonstances exactes de ces décès.

Des familles fuyant les lieux ont décrit comment les forces du gouvernement se sont mises à pilonner al Hutah dimanche 19 septembre, suivies par des chars et des véhicules blindés envahissant la ville, ce qui a donné lieu à des affrontements entre les troupes gouvernementales et les extrémistes présumés.

La nature de cette incursion laisse craindre que les forces gouvernementales n’aient utilisé ce qui serait, pour une opération de maintien de l’ordre, une force manifestement disproportionnée.
Amnesty International a relevé plusieurs cas précédents dans lesquels l’État n’a pas pourvu aux besoins des personnes déplacées par un conflit ou d’autres violences au Yémen. Le plus récent est celui du conflit intermittent entre les forces gouvernementales et les rebelles armés appelés « Huthis » dans la région de Saada (nord du pays), qui a commencé en 2004.

En août 2009, le gouvernement yéménite a lancé une offensive militaire contre les Huthis sous le nom de code « Terre brûlée », qui comprenait des bombardements et le déploiement de chars et de troupes au sol. En novembre 2009, l’armée saoudienne a commencé à procéder à des raids aériens à Saada après que les combats se furent propagés en Arabie saoudite.

La férocité de ces bombardements, en particulier au cours de la période de trois mois environ précédant le cessez-le-feu déclaré le 11 février 2010, a entraîné des déplacements massifs de civils yéménites : presque toute la population de certaines villes et villages s’est réfugiée dans des camps de déplacés dans les régions voisines de Hajja et Amran, ainsi que dans la capitale, Sanaa, et ailleurs.

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 300 000 personnes ont été chassées de chez elles dans la région de Saada depuis 2004.

Le 25 août 2010, Amnesty International a publié un rapport intitulé Yemen : Cracking Down Under Pressure, qui rend compte de nombreuses atteintes aux droits humains, notamment des homicides illégaux de personnes accusées de liens avec Al Qaïda et de militants du Mouvement du sud, des arrestations arbitraires, des actes de torture et des procès iniques, commises au nom de la sécurité.

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