Zimbabwe : L’héritage de Robert Mugabe

La démission du président zimbabwéen Robert Mugabe tire le rideau sur une carrière politique qui a vu ses premiers succès finalement effacés par une longue série de violations des droits humains.

Le président Mugabe a bien commencé pendant ses premières années à la tête du Zimbabwe, à l’issue de la transition suivant la fin de l’Empire colonial britannique. Il a supervisé d’importants investissements sociaux dans le pays. Des progrès spectaculaires ont été réalisés dans des domaines tels que la santé et l’éducation, et le Zimbabwe affiche encore aujourd’hui l’un des plus forts taux d’alphabétisation d’Afrique. Les résultats de cet investissement considérable dans l’éducation sont manifestes.

Cependant, Robert Mugabe a par la suite nui à son propre héritage.

Durant ses 37 années au pouvoir, il a présidé à la répression brutale des opposants politiques, créé une culture d’impunité pour lui et son entourage, et son gouvernement a mis en œuvre une série de politiques qui ont eu des conséquences désastreuses pour son peuple.

Un dangereux précédent

En tant que leader de la résistance au gouvernement mené par la minorité blanche de ce qui était alors appelé la Rhodésie du Sud, Mugabe a débuté sa vie politique en luttant contre l’injustice.

Emprisonné puis exilé en raison de ses activités politiques, il a fait partie des plus de 900 prisonniers d’opinion du Zimbabwe adoptés par Amnesty International entre 1965 et 1979.

Devenu Premier ministre à la suite de l’indépendance en 1980 grâce à une vague de soutien populaire, il a appelé à la réconciliation et s’est présenté comme un défenseur des « victimes de l’impérialisme ». Ces engagements se sont révélés de courte durée.

Moins de deux ans après avoir pris le pouvoir, son gouvernement composé de membres de l’Union nationale africaine du Zimbabwe (ZANU) répondait aux activités de ses opposants avec de plus en plus de sévérité.

Des opposants politiques, sympathisants pour la plupart de l’Union du peuple africain du Zimbabwe (ZAPU) dirigée par Joshua Nkomo, étaient régulièrement maintenus en détention sans jugement. Les allégations de mort en détention, de torture et d’autres mauvais traitements étaient fréquentes.

À la fin de l’année 1982, Amnesty International recevait des informations faisant état d’atteintes aux droits humains commises par des agents des services de sécurité de l’État dans la province du Matabeleland. Toute personne soupçonnée de soutenir les opposants politiques de Mugabe était prise pour cible.

La répression militaire menée dans le Matabeleland et les Midlands au cours des années suivantes a été sanglante et brutale.
Surnommée Gukurahundi (mot shona signifiant « les premières pluies qui emportent la paille avant les pluies du printemps »), elle a coûté la vie à plus de 20 000 personnes.

Personne n’ayant été amené à rendre des comptes pour ces massacres, un dangereux précédent d’impunité a été établi peu après le début du règne de Mugabe. Il a continué à l’exploiter par intermittence.

Répression de l’opposition politique

Après avoir atteint les hautes fonctions de président en 1987, Mugabe a encore renforcé son pouvoir à l’issue de l’élection organisée la même année.

Tout au long de sa présidence, les élections générales ont été marquées par des vagues de graves atteintes aux droits humains perpétrées par des agents des services de sécurité de l’État et des militants de la ZANU-PF. Des sympathisants de l’opposition ont été torturés, harcelés, intimidés et même tués.

En 2008, la victoire du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), représenté par Morgan Tsvangirai, à l’issue du premier tour des élections a été perçue comme une aberration et les résultats ont vite été changés, ce qui a poussé Tsvangirai à se retirer de la course.

Le déchaînement de violence auquel l’armée s’est livrée contre les personnes soupçonnées d’avoir voté pour le MDC a assuré à Mugabe une avance confortable lors du décompte des voix au second tour.

En tout, plus de 300 personnes ont été tuées et des milliers d’autres ont été blessées ou soumises à des actes de torture et d’autres mauvais traitements. Les appels d’Amnesty International en faveur d’enquêtes sur ces crimes ont été ignorés.

« Chaque fois que Mugabe s’est senti mis sous pression, il a manqué à ses engagements en fermant les yeux sur des violations des droits humains, en défendant publiquement les actions des représentants de l’État et en laissant prospérer une culture d’impunité », a déclaré Deprose Muchena, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique australe.

Cette répression ne s’est pas limitée aux périodes électorales.

L’utilisation croissante des services de sécurité pour faire taire les voix dissidentes tant au sein qu’à l’extérieur de son parti est devenue caractéristique du régime de Mugabe.

Des défenseurs des droits humains, des journalistes, des personnes exprimant des opinions divergentes et des militants des partis d’opposition ont été incarcérés sur la base d’accusations motivées par des considérations politiques ou en vertu de lois draconiennes. Certains ont été soumis à une disparition forcée ou torturés. D’autres ont été tués.

Recul sur les droits économiques, sociaux et culturels

Une grande partie des progrès réalisés sur le plan des droits économiques, sociaux et culturels ont été effacés par une série de décisions politiques désastreuses du gouvernement.

Conduite en 2005, l’opération Murambatsvina – mot shona signifiant « faire le ménage » – a été l’une des expulsions forcées les plus dévastatrices de l’histoire du Zimbabwe.

Selon les estimations des Nations unies, 700 000 personnes ont vu leur logement ou leur quartier, voire les deux, détruits. Les habitants expulsés ont été enfoncés encore davantage dans la pauvreté et continuent de vivre sans accès aux soins de santé, à l’éducation et à d’autres services essentiels.

Les réformes visant à corriger les inégalités dans la répartition des terres résultant de 90 ans de colonialisme se sont révélées catastrophiques.

Entre 2000 et 2001, quelque 70 000 travailleurs agricoles noirs ont été agressés par des milices soutenues par l’État et forcés à abandonner leur domicile. Ce programme a en outre servi de prétexte pour s’en prendre violemment aux agriculteurs blancs et aux ouvriers agricoles qui avaient soutenu l’opposition.

La réforme agraire était de toute évidence nécessaire et a débouché sur une redistribution de grande ampleur en partie légitime, mais elle a aussi été utilisée à des fins de clientélisme. Elle a récompensé les soutiens de Mugabe par des terres et en a privé les sympathisants présumés des partis d’opposition.

Fuyant la répression et le déclin de l’économie, trois millions de Zimbabwéens ont quitté le pays depuis 2000.

Mépris des droits sexuels et reproductifs

À cause de l’opposition catégorique de Mugabe aux droits des lesbiennes, gays et personnes bisexuelles ou transgenres (LGBTI), les forces de sécurité ont procédé à de nombreuses descentes et arrestations ciblant des militants LGBTI, dont aucun n’a toutefois été condamné.

Dans tout le Zimbabwe, des études montrent que les taux de grossesse et d’infection par le VIH chez les adolescents augmentent en raison de la diminution des connaissances en matière de santé sexuelle et reproductive. Les recherches effectuées récemment par Amnesty International ont fait apparaître que le manque d’instruction, les obstacles financiers et la stigmatisation rendent les jeunes femmes et les jeunes filles plus exposées aux grossesses non désirées et à la mortalité maternelle.

Regarder vers l’avenir

Le départ de Mugabe offre au Zimbabwe une chance de rompre avec son passé.

« Pour avancer, le Zimbabwe doit maintenant renoncer à l’impunité, faire face aux violations des droits humains commises par le passé, apporter réparation aux victimes et respecter l’état de droit. La nouvelle génération de dirigeants doit s’engager à faire respecter la Constitution et remplir les obligations internationales et régionales du Zimbabwe en matière de droits humains », a déclaré Deprose Muchena.

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