ZIMBABWE : Les autorités intensifient leurs efforts pour faire taire ceux qui lui déplaisent

Index AI : AFR 46/041/02

À l’approche des élections municipales qui doivent avoir lieu dans le courant du mois de septembre, Amnesty International est très préoccupée par l’intensification du harcèlement auquel se livrent les autorités zimbabwéennes vis-à-vis des organisations des droits humains, des médias indépendants et du pouvoir judiciaire.

Le 29 août, le docteur Frances Lovemore, directrice médicale d’Amani Trust, l’une des principales organisations non gouverne-mentales (ONG) du Zimbabwe, a été arrêtée à Harare. Elle était accusée d’avoir " publié ou communiqué de fausses déclarations ayant nui à l’État ". L’accusation repose apparemment sur la publication récente de communiqués de presse faisant état du travail d’Amani Trust auprès des victimes d’actes de torture et de viols à motivation politique au Zimbabwe. Dans son édition du 25 août 2002, le Daily Telegraph rapportait une déclaration de Frances Lovemore selon laquelle " les hommes de Mugabe ont fait du viol une arme de rétorsion ". Elle a été libérée le 30 août et toutes les charges retenues contre elles ont été abandonnées faute de preuve.

" Amnesty International voit dans l’arrestation du docteur Lovemore une tentative d’intimidation d’une militante des droits humains. La communauté inter-nationale doit prendre toutes les mesures nécessaires afin d’apporter son soutien aux ONG qui luttent pour le respect des droits humains au Zimbabwe et qui sont en butte aux pressions des autorités parce qu’elles recueillent des informations sur les violations des droits humains et procurent des soins aux victimes. "

Dans la nuit du 29 août, le bureau de Harare de Voice of the People, l’une des deux radios indépendantes du Zimbabwe, subissait un attentat à la bombe qui n’a fait aucun blessé, mais a occasionné des dégâts importants. L’attentat n’a pas été revendiqué. Voice of the People a continué à émettre malgré les lois restrictives visant les médias qui ont été adoptées en 2002 ; elle diffuse ses émissions sur ondes courtes à partir des Pays-Bas.

Le gouvernement a aussi intensifié son harcèlement du pouvoir judiciaire, comme le montrent plusieurs agressions récentes contre des magistrats. Selon les informations reçues, le 16 août 2002, dans la ville de Chipinge, province de Manicaland (dans l’est du pays), un groupe composé, semble-t-il, d’anciens combattants a pénétré dans un complexe abritant des bâtiments officiels et s’est emparé de Walter Chikwanha, juge de district, le traînant hors du tribunal où il siégeait avant de l’agresser. Aucune arrestation n’a été effectuée dans le cadre de cette affaire qui aurait un lien avec le refus du juge Chikwanha de donner suite à une demande de l’État de placer en détention provisoire cinq membres du Movement for Democratic Change (MDC, Mouvement pour le changement démocratique), accusés, avec deux autres personnes, d’avoir brûlé deux tracteurs appartenant à l’État à Chipinge. Après leur libération, les cinq accusés en question ont de nouveau été arrêtés, mais le juge Chikwanha a refusé d’ordonner leur mise en détention, estimant que l’État n’apportait pas suffisamment de preuves pour justifier une telle mesure.

Le 26 août, une semaine à peine après l’agression du juge Chikwanha, Geoffrey Gwaka, juge du district de Zaka, était frappé de 26 coups de couteau à l’intérieur de bâtiments officiels. Son agression serait liée aux jugements qu’il aurait récemment rendus dans des affaires impliquant des partis politiques. Il est toujours hospitalisé à l’hôpital de Zaka.

" La récente arrestation du docteur Lovemore, l’attentat à la bombe contre le bureau de Voice of the People et les agressions contre des magistrats montrent bien que le gouvernement entend réprimer ceux qui le critiquent à l’approche des élections du mois de septembre ", affirme Amnesty International.

Selon l’organisation, " les agressions perpétrées contre des magistrats sont une conséquence des tentatives des autorités et des " milices " qu’elles soutiennent pour ébranler le pouvoir judiciaire et empêcher les magistrats d’accomplir leur devoir de façon impartiale, dans le respect des normes de leur profession ".

Contexte
Dans le cadre de son travail auprès des victimes de torture, Amani Trust s’occupe des femmes violées. Les circonstances entourant les viols et autres formes de violences sexuelles montrent bien que ces crimes sont d’ordre politique. Dans un rapport publié en juin 2002 et intitulé Zimbabwe : The toll of impunity [Zimbabwe. Les conséquences néfastes de l’impunité] (index AI : AFR 46/034/02), Amnesty Inter-national exprimait sa préoccupation devant la recrudescence de témoignages faisant état de viols et autres formes de violences sexuelles commis par les " milices " soutenues par l’État.

Ce document mettait d’autre part en évidence les tentatives de déstabilisation du pouvoir judiciaire entreprises par le gouvernement. Celui-ci a, par exemple, ouvertement ignoré des décisions rendues par certaines hautes juridictions parce qu’elles allaient à l’encontre de ses choix politiques ; il a aussi lancé une campagne de harcèlement contre certains juges qui ne faisaient qu’accomplir leur devoir de façon impartiale, dans le respect des normes de leur profession.

Dans son rapport, Amnesty International demandait l’abrogation de lois comme la Loi relative à l’ordre public et à la sécurité ou de la Loi relative à l’accès à l’information et à la protection de la vie privée qui ne respectent pas les normes internationales en la matière. La première a été adoptée en janvier 2002 ; la seconde, adoptée en mars 2002, a été utilisée par les autorités zimbabwéennes pour s’en prendre aux droits civiques (en particulier, à la liberté d’expression et de réunion) et pour créer un climat défavorable au respect des droits humains.

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