Communiqué de presse

Zimbabwe. Les autorités doivent réagir face aux agressions de manifestants en faveur de la démocratie

Les autorités du Zimbabwe doivent immédiatement ouvrir une enquête approfondie et impartiale sur l’enlèvement et l’agression dont ont été victimes des militants en faveur des droits et de la démocratie le 2 décembre, et traduire les auteurs présumés en justice, a déclaré Amnesty International mercredi 3 décembre 2014.

Trois membres du groupe militant pro-démocratie Occupons la place Africa Unity ont été enlevés et violemment frappés par des partisans présumés de l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF) mardi 2 décembre à Harare, alors qu’ils participaient à une manifestation pacifique.

Les militants, blessés, ont plus tard été remis à la police zimbabwéenne par leurs kidnappeurs. Ils ont ensuite été relâchés par la police, sans inculpation, et admis à l’hôpital où ils bénéficient actuellement de soins.

« Il est inquiétant de constater que des militants exerçant leur liberté de réunion garantie par la Constitution et le droit international peuvent être agressés aussi brutalement, en plein jour, par des personnes connues, que la police soustrait ensuite à la justice. Un tel comportement de la part de la police est déplorable et doit cesser  », a déclaré Deprose Muchena, directeur du Bureau régional pour l’Afrique australe d’Amnesty International.

Les trois militants, Itai Dzamara, Jerry Mugweni et Allan Chinewaita, ont été kidnappés le 2 décembre par des hommes qui ont interrompu la manifestation juste avant 15 heures, le long de l’avenue Kwame Nkrumah, dans le centre de Harare.

Les ravisseurs sont arrivés dans trois véhicules privés et y ont entassé les militants. D’autres membres du mouvement de contestation ont réussi à s’enfuir. Les ravisseurs ont emmené les trois hommes au bureau provincial de la ZANU-PF, à Forth Street. Ils les ont violemment frappés avec tout un attirail d’objets, dont des cannes en métal.

Ils ont ensuite pris leurs affaires, dont deux téléphones portables et de l’argent liquide, avant de les conduire au poste central de police de Harare. Les militants ont plus tard été relâchés sans inculpation. Les responsables présumés n’ont pas encore été arrêtés.

«  Nous sommes préoccupés par les informations selon lesquelles les trois militants ont été remis au poste central de Harare par les ravisseurs, qu’on a laissés repartir sans les interroger ni les arrêter. Cette manière d’agir de la police perpétue la culture de l’impunité, qui alimente les atteintes aux droits humains », a déclaré Deprose Muchena.

Ces faits – l’enlèvement et les coups portés aux militants du mouvement Occupons la place Africa Unity – se sont déroulés le jour de l’ouverture du congrès de la ZANU-PF, le parti au pouvoir, qui a débuté à Harare le 2 décembre et auquel étaient attendus quelque 12 500 partisans.

Les attaques récentes

Cette attaque n’est pas un incident isolé. Plusieurs militants ont été agressés et arrêtés, principalement par la police nationale.

Le 26 novembre 2014, quatre membres du mouvement Occupons la place Africa Unity, Tichaona Danho, Charles Nyoni, Terry Manzini et Shungu Mutize, ont été arrêtés et détenus après avoir remis une pétition au président du Parlement et organisé une action pacifique dans la galerie du président du Parlement, à Harare.

Les quatre hommes ont été violemment frappés lorsqu’ils ont été interpellés au Parlement et lors de leur détention au poste de police central de Harare. Au poste, des policiers leur ont ordonné de se déshabiller et de ne garder que leurs sous-vêtements.

Trois agents des services secrets se sont relayés pour les fouetter à l’aide de fouets et de tuyaux en caoutchouc. Les quatre hommes ont ensuite reçu l’ordre de se frapper entre eux. Leurs interrogateurs ont exigé de connaître la mission du groupe et leur ont enjoint de cesser de contester l’action du président Robert Mugabe. Les quatre détenus ont été libérés sans inculpation au bout de six heures.

Des avocats spécialisés dans la défense des droits humains ont tenté de les représenter, mais en ont été empêchés par des policiers qui ont nié les détenir. Vers 22h30, les quatre hommes ont reçu l’ordre de se rhabiller et ont été relâchés, après avoir été avertis qu’ils ne devaient rien dire à personne.

Le 6 novembre, le leader du groupe, Itai Dzamara, a été violemment agressé par des policiers antiémeutes alors qu’il participait à une manifestation pacifique. Laissé inconscient, il a été hospitalisé. Alors qu’il se trouvait à l’hôpital, Itai Dzamara s’est effondré. Il a dû être réanimé et a été conduit à l’unité de soins intensifs.

Le même jour, Kennedy Masiye, membre de l’association des Avocats du Zimbabwe pour les droits humains, qui avait répondu à l’appel du militant, a lui aussi été frappé par des policiers antiémeutes lorsqu’ils ont su qu’il était l’avocat d’Itai Dzamara. Les policiers ont jeté sa carte d’avocat et l’ont frappé, lui cassant le bras. Il a dû être hospitalisé.

« Amnesty International est préoccupée par le fait que la police nationale du Zimbabwe ne semble ni capable ni désireuse de prendre des mesures contre les auteurs d’atteintes aux droits humains liés au parti au pouvoir. La police doit garantir que les droits de tous les citoyens, notamment le droit de manifester pacifiquement, soient dûment protégés », a déclaré Deprose Muchena.

Amnesty International demande aux autorités d’enquêter sérieusement sur les attaques et les atteintes aux droits humains commises par les membres du parti au pouvoir et de déférer à la justice les responsables présumés.

Le gouvernement doit rendre publiques les conclusions de l’enquête sur l’enlèvement et les violences dont ont été victimes les trois militants le 2 décembre.

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