ZIMBABWE : Les élections municipales entachées par des violences cautionnées par l’État

Index AI : AFR 46/046/02

Amnesty International condamne énergiquement les violences cautionnées par l’État, les actes de torture, les arrestations et les manœuvres d’intimidation dont ont été victimes des candidats et des sympathisants de l’opposition au cours des élections municipales qui ont eu lieu dans tout le pays les 28 et 29 septembre.

" Une fois encore, les autorités n’ont pas pris les mesures nécessaires pour que les élections se déroulent sans harcèlement ni intimidation. Des enquêtes dignes de ce nom doivent être menées sur toutes les allégations faisant état de violations des droits humains, notamment d’actes de torture, perpétrées contre des représentants et des sympathisants du parti d’opposition Movement for Democratic Change (MDC, Mouvement pour le changement démocratique) au cours de ces élections municipales ", a déclaré Amnesty International.

D’après les informations recueillies, plusieurs partisans du MDC ont été agressés avant et pendant les scrutins. Ainsi, Mike Magwaza, Roy Bennett et Stewart Girvan ont été appréhendés le 29 septembre. Roy Bennett est le député MDC de la circonscription de Chimanimani et Mike Magwaza son garde du corps. Ce dernier et Stewart Girvan, un ami sud-africain de Roy Bennett, auraient été battus en garde à vue. Tous trois sont actuellement détenus au poste de police de Chipinge, dans la province du Manicaland. Ils se sont d’abord vu refuser le droit de consulter leur avocat, Arnold Tsunga.

Le 30 septembre, celui-ci a introduit une requête auprès de la Magistrate’s Court (juridiction pénale inférieure) de Chipinge, demandant à la police de présenter à la justice les trois hommes. D’après les informations recueillies, Mike Magwaza, Roy Bennett et Stewart Girvan ont été inculpés en vertu de la Loi électorale, pour avoir, selon les autorités, pris des photographies à moins de 100 mètres d’un bureau de vote. Il semble que Roy Bennett ait également été inculpé en vertu de l’article 8 de la Loi relative à l’acquisition des terres, en se voyant accuser d’avoir refusé d’abandonner sa ferme.

Tendai Maluzi, Cosmos et Barbadas Ndira, Tom Spicer et Reuben Tichavera ont été arrêtés le 27 septembre et inculpés aux termes de la Loi relative à l’ordre public et à la sécurité pour violences publiques, apparemment à la suite d’événements qui s’étaient déroulés à Mabvuku, dans la banlieue de Harare, la semaine précédente. D’après les informations recueillies, ces cinq hommes ont tous été battus et torturés en garde à vue. Tom Spicer aurait été torturé à l’électricité et frappé sur la plante des pieds. Chacun de ces cinq hommes appartient au mouvement des jeunes du MDC. Ils ont été relâchés le 30 septembre et ont été placés en liberté provisoire jusqu’au 23 octobre.

Dans les districts de Gutu et de Bikita de la province de Masvingo, les propriétés de plusieurs candidats et sympathisants du MDC auraient été incendiées au cours de ce week-end d’élections. Dans la circonscription de Masvingo North, un scrutateur a apparemment été battu. Jusqu’ici, nul n’a été arrêté à la suite de ces événements.

La Commission de contrôle électoral du Zimbabwe a confirmé que les élections municipales avaient été entachées de violences. Peu d’observateurs électoraux indépendants ont pu assister au déroulement des scrutins, leur habilitation ne leur ayant été accordée qu’à la dernière minute. Selon certaines sources, des irrégularités, telles que l’arrivée tardive d’urnes, se sont produites dans plusieurs sections électorales.

" L’issue de la réunion de la troïka du Commonwealth qui a eu lieu la semaine dernière au Nigéria n’est qu’une déception supplémentaire pour les victimes de violations des droits humains au Zimbabwe. Les dirigeants que le président Robert G. Mugabe est susceptible d’écouter – les autres chefs d’État africains – doivent faire pression pour qu’il soit mis un terme à ces violations. Le sommet de la Southern African Development Community (SADC, Communauté de développement de l’Afrique australe) prévu cette semaine ne doit pas être une nouvelle occasion manquée ", a souligné Amnesty International.

Complément d’information
La période précédant les élections municipales avait déjà été marquée par des violences et des irrégularités. Quelque 700 candidats du MDC ont été empêchés de faire acte de candidature ou de participer aux élections, dans une large mesure en raison de menaces, d’actes d’intimidation et de violences, mais aussi du fait d’irrégularités dans les procédures d’enregistrement des candidatures.

Le 27 septembre, la veille du début des scrutins, la Haute Cour a rejeté un recours formé par le MDC, qui demandait l’annulation du processus d’enregistrement des candidatures, en mettant en avant des actes d’intimidation et des agressions généralisés contre ses candidats, ainsi que des irrégularités dans les procédures d’enregistrement des candidatures.

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