Turquie, il faut acquitter les défenseurs des droits humains

À l’approche du jugement attendu dans l’affaire intentée en Turquie contre deux éminents défenseurs des droits humains et un écrivain accusé de « propagande terroriste » pour avoir participé à une campagne de solidarité envers un quotidien kurde, Amnesty International demande qu’ils soient acquittés.

Erol Önderoğlu (représentant de Reporters sans frontières en Turquie et membre de l’Institut international de la presse), Şebnem Korur Fincancı (présidente de la Fondation turque des droits humains) et l’écrivain Ahmet Nesin ont été arrêtés en 2016 après s’être relayés pour prendre la direction symbolique un jour chacun d’Özgür Gündem, dans le cadre d’une campagne de solidarité envers ce quotidien désormais fermé.

Ils sont inculpés de « diffusion de propagande pour une organisation terroriste », « incitation à commettre un crime » et « apologie d’un crime ou d’un criminel » et encourent jusqu’à 14 ans et demi de prison.

« Parce qu’ils se sont mobilisés en faveur de la liberté de la presse en exprimant leur solidarité pour des journalistes persécutés, ces défenseurs des droits humains font l’objet de poursuites pénales qui traînent depuis plus de trois ans. Ils défendaient simplement les principes fondamentaux de la liberté d’expression et le droit des citoyens de recevoir des informations, des droits protégés par le droit national et international, a déclaré Milena Buyum, chargée de campagne sur la Turquie à Amnesty International.

« Depuis le premier jour, les accusations absurdes portées contre eux et de nombreuses personnes qui ont également pris part à cette campagne de solidarité visaient clairement à les réduire au silence et à intimider les journalistes, les défenseurs des droits humains et la société civile turque dans son ensemble. La seule issue possible, c’est qu’ils soient acquittés de ces accusations sans fondement. »

COMPLÉMENT D’INFORMATION

Au total, sur les 56 personnes qui ont pris part à la campagne de solidarité, 49 ont fait l’objet de poursuites pénales. Parmi elles, 38 ont finalement été poursuivies en raison de leur participation à la campagne de solidarité en tant que rédacteurs symboliques pendant une journée du quotidien Özgür Gündem. Cette campagne, qui s’est déroulée entre les mois de mai et d’août 2016, avait pour objectif de dénoncer le harcèlement judiciaire visant les rédacteurs et les journalistes de cette parution. Özgür Gündem a été fermé par décret exécutif en vertu de l’état d’urgence en août 2016.

Sur les 31 personnes dont les procès sont clos, quatre ont été acquittées et 27 ont été condamnées au total à plus de 24 ans de prison et à 67 000 livres turques (environ 10 500 euros) d’amendes. Les condamnations de deux des rédacteurs en chef invités, le défenseur des droits Murat Çelikkan et l’écrivaine et journaliste Ayşe Düzkan, n’ayant pas été assorties d’un sursis, ils ont été incarcérés pendant deux et cinq mois respectivement. Ils ont ensuite été libérés sous caution avec contrôle judiciaire pour le reste de leurs sentences.

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