L’été aura été trop court pour que la communauté éducative oublie la blessure de ce qu’elle a perçu comme de l’autoritarisme. Les difficultés liées à la mise en place de mesures décidées à la va-vite et communiquées en dehors de tout délai raisonnable ravivent un sentiment de profond malaise.
Les organisations de la société civile ne peuvent rester au balcon.
Elles ne peuvent pas rester au balcon parce qu’elles ont le souci de la qualité de la vie en société et que l’accès à un enseignement de qualité – droit fondamental – détermine une part importante de l’accomplissement des êtres humains. L’enseignement est une affaire trop sérieuse pour laisser la société civile indifférente.
Elles ne peuvent pas non plus rester au balcon parce qu’elles sont des partenaires fidèles de la grande majorité des établissements scolaires, que ce soit pour la fourniture de matériel pédagogique, pour des interventions ponctuelles dans des classes, ou pour des projets de longue durée, voire permanents.
Ces collaborations naissent très souvent à l’initiative du corps enseignant qui a conscience que sa mission s’accomplit davantage quand les élèves ont accès à des espaces distincts de ceux de la classe conventionnelle, où se construisent d’autres dynamiques permettant de développer des compétences multiples et de valoriser différemment les élèves.
Organiser un voyage scolaire, emmener sa classe au théâtre, inviter des personnes exerçant des métiers variés pour aider les jeunes à s’orienter professionnellement, piloter un projet participatif de réduction de l’empreinte écologique de l’école, accompagner un groupe d’élèves qui souhaite promouvoir et défendre les droits humains ou sensibiliser au commerce équitable, organiser une fête d’école qui valorise les talents des élèves, mettre en scène une pièce de théâtre jouée par ceux-ci, emmener des élèves à un cross provincial, à un concours d’orthographe, aux olympiades mathématiques : le corps enseignant qui, dans le respect des valeurs de l’école telles que la neutralité, s’engagent au-delà de ce qu’exige strictement leur description de fonction sont un véritable trésor sous-estimé.
C’est un trésor pour les élèves qui y trouvent des façons moins conventionnelles de s’épanouir. C’est un trésor pour la société qui a besoin de renouer avec l’acte gratuit.
Sans prendre position sur la nécessité ou non de faire des économies pour sauvegarder la qualité de l’enseignement de demain, ni sur les décisions prises pour arriver à les faire, ni, non plus, sur le caractère apparemment tabou du carcan budgétaire institutionnellement – donc politiquement – imposé à la Communauté française de Belgique, nous constatons trois choses.
Un constat important en trois points
Premièrement, certaines décisions alourdiront la charge de travail d’une partie du corps enseignant, réduisant mécaniquement le temps qu’il peut envisager consacrer à ces mille activités qui répondent à leur vocation personnelle et aux missions de l’institution scolaire.
Deuxièmement, l’absence totale, par la ministre Glatigny, de reconnaissance du formidable engagement personnel de nombreux membres de la communauté éducative fait craindre que, par amertume on colère, certain et certaines « envoient tout bouler » et n’acceptent désormais plus de prester une minute de plus que ce qui se trouve contractuellement requis.
Troisièmement, l’instabilité que ressentent les membres du corps enseignant au recrutement le plus récent ne contribue pas à les mettre dans des conditions optimales pour un engagement dans ce type d’actions.
Contrairement à la caricature que certaines et certains s’efforcent injustement d’en faire, la grande majorité des membres du corps enseignant répond à une vocation et ne compte pas ses heures pour enrichir la scolarité de leurs élèves. L’école est un milieu où les projets foisonnent, qui ouvrent à l’art, à l’amour de la nature, à l’engagement citoyen, au développement de ses talents, à l’affirmation de soi. Le socle de ces projets est la motivation bien plus que la reconnaissance du corps enseignant. Nous en sommes tous et toutes les bénéficiaires.
Il est irresponsable de saper cette mobilisation. Éteindre le feu sacré des profs aura un effet à court et moyen terme. La face cachée de la réforme, c’est la richesse et les projets que les élèves n’auront plus. Faute de profs encore capables de les porter.
