Avortement : le traumatisme d’une loi inhumaine en Irlande Par Nicola, une victime

Le 1er janvier 2016, cela fait deux ans que la Loi sur la protection de la vie durant la grossesse est entrée en vigueur en Irlande. Loin de protéger la vie des femmes, elle leur fait courir encore plus de risques, en rendant les choses encore plus difficiles pour pratiquer un avortement. Voici l’histoire de Nicola.

Nicola était enceinte de 19 semaines lorsqu’une échographie de routine a révélé que le fœtus qu’elle portait n’allait pas survivre. Elle fut dévastée en l’apprenant. Mais les choses allaient encore empirer.

« J’étais si naïve, raconte Nicola. J’ai tout de suite pensé qu’ils allaient déclencher l’accouchement, mais l’infirmière m’a expliqué qu’ils ne pouvaient pas le faire, car c’était considéré comme une interruption de grossesse, ce qui n’est pas autorisé dans ce pays. »

Au contraire, Nicola a dû attendre et porter le fœtus jusqu’à ce que les médecins puissent affirmer de manière catégorique que son cœur avait cessé de battre.

En Irlande, une femme ne peut obtenir un avortement légal que si sa grossesse représente « un risque réel et substantiel pour sa vie ». L’avortement pour tout autre motif est interdit, y compris pour les victimes de viol ou d’inceste, lorsque la santé des femmes et des jeunes filles est en danger, et dans les cas de malformation fœtale mortelle.

À l’épicentre de cette confusion et de ce traumatisme se trouve la protection accordée au fœtus au titre de la Constitution irlandaise. Le « 8e amendement » a été adopté dans la Constitution en 1983. Malgré une majorité écrasante aujourd’hui favorable à la dépénalisation de l’avortement en Irlande, le gouvernement refuse d’organiser un référendum pour laisser les citoyens se prononcer sur l’abrogation du 8e amendement.

« La Loi pour la protection de la vie pendant la grossesse ne protège pas les femmes. Elle leur nuit directement et met leur vie en danger [...] En Irlande, nous vivons aujourd’hui un cauchemar digne d’un roman d’Orwell. »
Mark Murphy, médecin généraliste, Doctors for Choice

Grotesque et injustifiable
Le personnel médical doit suivre la loi à la lettre – ou encourir jusqu’à 14 ans de prison – même s’ils pensent que l’avortement serait dans l’intérêt de leurs patientes. Aussi de nombreuses femmes comme Nicola sont-elles contraintes d’endurer un calvaire grotesque et injustifiable.

«  Je me rappelle avoir pensé : " Vous ne pouvez pas me laisser porter ce bébé alors qu’il va mourir, s’il est malade à ce point. Je ne peux pas le faire. " Je n’arrivais pas à comprendre », se souvient Nicola.

Chaque année, environ 4 000 femmes et jeunes filles irlandaises partent se faire avorter à l’étranger. Incapable de s’offrir ce voyage coûteux et traumatisant, Nicola n’avait d’autre option que de poursuivre sa grossesse, à la merci de la législation inhumaine relative à l’avortement.

« Je me suis conformée à la procédure appliquée en Irlande. [Si] une femme prend la décision de porter son bébé – de ne pas subir d’interruption de grossesse comme ils disent – alors elle devrait recevoir du soutien. Il n’y avait rien de tout cela, je n’ai eu aucun soutien, rien. »

« La plupart des femmes passent des échographies pour vérifier que leur bébé est vivant. Moi je passais des échographies pour voir s’il était mort. »
Nicola

« On aurait pu m’épargner tout ce traumatisme. »

Nicola se rendait à l’hôpital chaque semaine pour un contrôle. «  La plupart des femmes passent des échographies pour vérifier que leur bébé est vivant. Moi je passais des échographies pour voir s’il était mort. »

Au bout de cinq semaines, le personnel médical a finalement confirmé que le fœtus n’avait pas de rythme cardiaque et que l’accouchement pouvait être déclenché en toute légalité. À la suite de l’accouchement, toutefois, Nicola a développé une infection due aux complications, et a finalement dû être hospitalisée.

« Si le déclenchement m’avait été proposé dès le début, tout ce traumatisme aurait pu m’être épargné, j’en suis convaincue, a-t-elle déclaré. Lorsque j’y repense, je ne ressens que du néant, je n’ai pas été prise en compte.

« Vous êtes toute seule à partir du diagnostic jusqu’au moment où le cœur du bébé cesse de battre. Entre les deux, il n’y a qu’un grand vide. »

Une femme qui veut avorter est simplement une femme qui essaie d’obtenir les soins médicaux dont elle a besoin. Ce n’est #pasunecriminelle. Dites à l’Irlande de modifier sa loi sur l’avortement. Signez notre pétition dès aujourd’hui.

Mon corps, mes droits est la campagne mondiale d’Amnesty International sur les droits en matière de sexualité et de reproduction.

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