Huile de palme et droits humains : ce que vous devez savoir

Le développement rapide du secteur de l’huile de palme se traduit par une déforestation intensive, la destruction de forêts tropicales et des dégâts considérables aux espèces de la faune et de la flore. Il se traduit également par de terribles violations des droits du travail des employés du secteur, selon une enquête d’Amnesty International.

Cinq faits majeurs sur l’huile de palme :

1. L’huile de palme est présente dans environ 50 % de vos produits de consommation courante

L’huile de palme et ses dérivés sont présents dans environ 50 % des produits vendus en supermarché. C’est une matière première très demandée, car elle est peu chère et très polyvalente. Les huiles issues des fruits du palmier sont transformées en huiles comestibles utilisées en cuisine et entrent dans la composition de produits alimentaires tels que chocolats, biscuits et céréales. L’huile de palme sert également à fabriquer des ingrédients comme la glycérine, que l’on retrouve dans des lessives et des produits cosmétiques – dentifrices, savons, crèmes de couche et shampooings notamment.

2. L’Indonésie est le premier producteur mondial d’huile de palme

Avec 35 millions de tonnes par an, l’Indonésie représente 45 % de l’huile de palme produite dans le monde. Environ trois millions d’Indonésiens travaillent dans ce secteur, ce qui représente au moins un tiers des ouvrières et ouvriers du secteur de l’huile de palme dans le monde. L’Indonésie dispose généralement de lois du travail rigoureuses qui ne sont guère mises en œuvre, ce qui permet aux entreprises de commettre en toute impunité des violations systémiques des droits des travailleurs dans les plantations d’huile de palme.

3. L’huile de palme est très recherchée en Inde, en Europe et en Chine

La demande mondiale en huile de palme croît rapidement, avec 61 millions de tonnes consommées en 2015. En 1990, ce chiffre s’élevait à moins de 15 millions. Les premiers importateurs d’huile de palme sont l’Inde, l’Union européenne et la Chine, qui ont importé au total 20 millions de tonnes d’huile de palme en 2016.

4. Le plus gros producteur d’huile de palme du monde est lié à des violations des droits du travail

L’entreprise agroalimentaire singapourienne Wilmar contrôle plus de 43 % du commerce mondial de l’huile de palme. En 2015, les revenus de l’entreprise s’élevaient à 36,45 milliards d’euros. Cependant, les ouvriers des plantations de Wilmar et de ses fournisseurs luttent pour gagner suffisamment pour nourrir leurs familles, ne gagnant pas plus de 2,50 dollars par jour dans certains cas extrêmes. Wilmar annonce compter plus de 60 000 employés en Indonésie et en Malaisie.

5. Certaines des plus grandes entreprises mondiales tirent profit de violations des droits humains

Amnesty International a remonté la filière de l’huile de palme provenant de plantations en Indonésie jusqu’à neuf multinationales réalisant ensemble un chiffre d’affaires d’environ 300 milliards d’euros.

Huit de ces neuf entreprises font partie du principal organisme mondial chargé de rendre le secteur de l’huile de palme « durable ». En effet, plus de 2 000 entreprises sont membres de la Table ronde pour une huile de palme durable (RSPO), organisme créé en 2004 pour assainir le secteur de l’huile de palme après plusieurs scandales environnementaux. Pourtant, Amnesty International met en lumière dans son rapport le fait que même des produits contenant de l’huile de palme certifiée « durable » par la RSPO pourraient être entachés d’atteintes aux droits humains.

Deux choses que les marques de supermarché peuvent faire sur-le-champ pour mettre fin aux atteintes aux droits humains dans les plantations d’huile de palme

1. Informer les consommateurs sur les produits qui contiennent de l’huile de palme issue des activités de Wilmar en Indonésie
2. Demander à Wilmar de mettre fin aux violations des droits de ses travailleurs et d’améliorer ses conditions de travail dans les plantations

Passez à l’action : demandez aux multinationales d’agir contre les atteintes aux droits humains dans les plantations de palmiers

Amnesty International a remonté la filière de l’huile de palme depuis les sept plantations dans lesquelles elle a enquêté jusqu’à neuf multinationales de l’agroalimentaire et de produits de consommation courante. Elle a ensuite envoyé à ces entreprises une liste de produits qui contiennent de l’huile de palme, et leur a demandé de confirmer si elle provient de Wilmar et de l’Indonésie.

Colgate-Palmolive

Colgate utilise des dérivés d’huile de palme dans ses produits Oral Care, Personal Care et Home Care. Elle a également confirmé s’approvisionner auprès d’une raffinerie liée aux plantations dans lesquelles Amnesty International a enquêté, mais n’a pas révélé dans quels produits on retrouve ces dérivés de l’huile de palme.

Colgate a déclaré que la poursuite de son approvisionnement dépendrait du fait que Wilmar remédie systématiquement aux problèmes de droits humains détaillés dans le rapport public de Wilmar. Colgate a déclaré appliquer une « politique de non-exploitation » et exiger de ses fournisseurs, à tous les niveaux, de la respecter.

Nestlé

Nestlé a confirmé qu’elle utilise de l’huile de palme dans de nombreux produits, dont les barres KitKat et Lion, le bouillon Maggi et les céréales Cheerios. Cependant, elle n’a pas indiqué à Amnesty International lesquels de ses produits dans le monde contiennent de l’huile de palme issue des six raffineries indonésiennes de Wilmar qui la fournissent.

Unilever

Unilever utilise de l’huile de palme ou des ingrédients à base d’huile de palme dans des produits comme Ben and Jerry’s, les déodorants AXE/Lynx, Bertolli, Birds Eye, Cup a Soup, Dove, Knorr et Vaseline.

L’entreprise a confirmé que Wilmar en Indonésie est l’un de ses principaux fournisseurs d’huile de palme. L’huile de palme fournie par Wilmar se retrouve dans des produits Unilever – alimentaires, ménagers et soins d’hygiène notamment. Unilever n’a pas dévoilé lesquelles de ses marques utilisent des huiles de palme issues des activités de Wilmar en Indonésie.

Proctor & Gamble (P&G)

Proctor & Gamble utilise de l’huile de palme dans des produits comme Lenor, Ariel, Head & Shoulders, Pantene Pro-V, Covergirl Bombshell Shineshadow. Proctor & Gamble a confirmé se procurer de l’huile de palme auprès de Wilmar et en Indonésie, tout en affirmant acheter une petite quantité seulement de dérivés à base d’huile de palme à Wilmar. Elle n’a pas confirmé lesquelles parmi ses marques utilisent des dérivés de l’huile de palme issue des activités de Wilmar en Indonésie.

Kellogg’s

Kellogg’s utilise de l’huile de palme dans des produits comme les céréales CrunchyNut, Pop Tarts et Nutri-Grain. Cependant, elle a affirmé que cette huile ne provient pas de Wilmar.

Kellogg’s a confirmé que les chips Pringles en Chine sont fabriquées en utilisant de l’huile de palme achetée à Wilmar et à une raffinerie liée aux plantations sur lesquelles a enquêté Amnesty International. Les Pringles chinoises sont fabriquées par la joint-venture entre Kellogg’s et Wilmar.

Reckitt Benckiser

Reckitt Benckiser utilise de l’huile de palme dans Clearasil, Veet et Woolite. L’entreprise a confirmé que Wilmar est l’un de ses cinq principaux fournisseurs d’huile de palme et qu’elle reçoit des produits dérivés provenant d’une raffinerie liée aux plantations sur lesquelles Amnesty International a enquêté.

Elle utilise de l’huile de palme fournie par Wilmar pour fabriquer des pains de savon, vendus dans le monde entier, et en petite quantité pour de l’huile de cuisson, commercialisée aux Etats-Unis. Reckitt Benckiser a affirmé que les pains de savon étaient fabriqués en Indonésie, en Chine, aux Émirats arabes unis, en Égypte, en Afrique du Sud, au Nigeria, au Sri Lanka, au Bangladesh et en Inde.

AFAMSA

AFAMSA utilise des produits dérivés de l’huile de palme pour fabriquer de la nourriture pour animaux, des bougies, des savons et des lessives.

AFAMSA a confirmé que Wilmar est l’un de ses fournisseurs d’huile de palme brute notamment. Amnesty International a remonté l’approvisionnement de l’huile de palme depuis une raffinerie liée aux plantations sur lesquelles elle a enquêté jusqu’à AFAMSA.

Archer Daniels Midland Company (ADM)

ADM utilise l’huile de palme dans diverses huiles alimentaires qui entrent dans la fabrication d’huiles de cuisson, de margarines et d’autres denrées alimentaires.

ADM a confirmé que Wilmar lui fournit de l’huile de palme, qu’elle utilise pour des usages industriels et alimentaires. Elle se procure l’huile de palme dans des usines qui la reçoivent de plantations sur lesquelles Amnesty International a enquêté. ADM et Wilmar ont une joint-venture, Olenex, par laquelle elles commercialisent des huiles et des graisses végétales raffinées dans l’Espace économique européen et en Suisse. ADM détient une participation minoritaire (23 %) de Wilmar. Elle n’a pas dévoilé quels produits précis utilisent de l’huile de palme provenant de Wilmar.

Elevance

Elevance Renewable Sciences a confirmé avoir créé une joint-venture avec Wilmar, dont l’équipement de transformation se trouve à Gresik, en Indonésie, au sein d’une plus grande infrastructure de Wilmar, et qui reçoit de l’huile de palme issue des activités de Wilmar. Amnesty International a également constaté des exportations de produits dérivés de l’huile de palme depuis cette coentreprise et une autre entreprise de Wilmar en Indonésie, à destination d’Elevance aux États-Unis. Elevance n’a pas révélé les produits qu’elle fabrique en utilisant ces dérivés de l’huile de palme.

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