La première tournée internationale de Trump soulève des inquiétudes pour les droits humains au Moyen-Orient Par Philip Luther, directeur du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International

Alors que le président Donald Trump entreprend sa première tournée internationale ce week-end, beaucoup trouveront paradoxal qu’il ait choisi pour première étape l’Arabie Saoudite, où se trouvent certains des lieux les plus saints de l’islam.

Quelques semaines à peine après son arrivée au pouvoir, le président Trump a en effet soulevé l’indignation au niveau mondial en décrétant une interdiction d’entrée aux États-Unis, manifestement discriminatoire, à l’égard des ressortissants de six pays à majorité musulmane.

Or, il participe ce week-end, à Riyadh, à un sommet auquel sont présents des dizaines de dirigeants du monde musulman, et au cours duquel il devrait prononcer un discours sur sa vision de la lutte contre l’extrémisme islamique.

Le président Trump doit également avoir des réunions importantes avec les dirigeants de l’Arabie saoudite et d’autres membres du Conseil de coopération du Golfe, en vue de renforcer la sécurité et les liens économiques. La lutte contre le terrorisme et la sécurité nationale figureront parmi les priorités de l’ordre du jour, et le roi Salmane, souverain de l’Arabie Saoudite, a estimé que cette rencontre était l’occasion de forger « un nouveau partenariat dans la guerre contre l’extrémisme ».

Voilà qui, en soi, devrait alarmer. Le principal pays hôte du sommet, l’Arabie saoudite, et nombre des autres États du Golfe ont en effet un bilan peu reluisant en matière de violations des droits des personnes commises au nom de la sécurité.

La lutte contre le terrorisme a été invoquée à maintes reprises pour justifier les restrictions apportées à la liberté d’expression ainsi que la répression exercée à l’égard des militants des droits humains, des dissidents politiques pacifiques et des personnes critiques à l’égard des gouvernements. De nombreuses personnes ont été la cible de harcèlement, d’interdictions de voyager, d’arrestations arbitraires ou ont été privées de leur nationalité – à chaque fois, sous couvert de protection de la sécurité nationale.

En Arabie Saoudite, le président Trump devrait également annoncer l’une des plus vastes transactions d’armes de l’histoire : un programme de ventes d’armes américaines pour un montant de plus de 100 milliards de dollars, qui portera notamment sur des navires de combat, des véhicules blindés de transport de troupes, des missiles et d’autres munitions, ainsi que des services de maintenance.

Continuer à fournir des armes et une assistance militaire à l’Arabie saoudite, qui dirige au Yémen une coalition militaire soupçonnée de commettre des violations du droit international humanitaire, est à tout le moins imprudent. Ce faisant, les États-Unis risquent de se rendre complices de crimes de guerre.

Depuis le début du conflit au Yémen en 2015, les États-Unis ont transféré pour plus de 3 milliards de dollars d’armes à l’Arabie saoudite. Il ne fait aucun doute que ces armes contribuent à alimenter un conflit qui a eu des conséquences désastreuses pour la population civile. En septembre 2016, Amnesty International a confirmé qu’une queue de bombe trouvée sur le site d’une attaque aérienne lancée le 15 août 2016 contre un hôpital de Médecins sans frontières (MSF) provenait d’une bombe aérienne de type Paveway à guidage de précision, de fabrication américaine.

Le risque que le président Trump, lors de sa première incursion sur le terrain de la diplomatie étrangère, n’établisse des alliances dangereuses avec des dirigeants qui partagent son mépris pour les droits humains ne laisse pas d’inquiéter.

Pendant le sommet de Riyadh, Donald Trump devrait aussi croiser le président soudanais Omar el Béchir, qui fait l’objet de mandats d’arrêt délivrés par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide.

La prochaine étape du président Trump pendant sa tournée internationale sera une visite de 24 heures en Israël, où il a annoncé un plan ambitieux visant à parvenir à « l’accord ultime » pour la paix au Moyen-Orient. Cela fait des dizaines d’années que les gouvernements israéliens utilisent l’argument de la sécurité nationale pour justifier des violations à grande échelle. Par ses pratiques brutales, Israël a infligé d’immenses souffrances aux Palestiniens des territoires palestiniens occupés, tout au long des 50 années d’occupation.

Ces derniers mois, les autorités israéliennes, encouragées par la perspective d’avoir un nouvel allié à la Maison Blanche, ont également accéléré l’expansion des colonies, annonçant des projets concernant l’établissement de deux nouvelles colonies en Cisjordanie occupée et de plus de 6 000 nouvelles habitations illégales dans les colonies existantes, en violation flagrante du droit international.

Elles ont également intensifié les démolitions d’habitations palestiniennes et relancé des programmes prévoyant la construction de milliers de logements à Jérusalem-Est occupée, qui avaient été suspendus sous la pression des États-Unis.

Aux États-Unis comme à l’étranger, le président Trump a clairement fait comprendre à maintes reprises que les droits humains étaient le cadet de ses soucis.

Son voyage à l’étranger pourrait ouvrir la voie à un nouveau partenariat entre dirigeants aux vues similaires, qui partagent la conception profondément erronée et dangereuse selon laquelle il est légitime de bafouer les droits fondamentaux des personnes pour protéger la sécurité nationale.

C’est pourquoi il est d’autant plus important de poursuivre la lutte pour les droits humains, en dénonçant les injustices et en défendant la dignité humaine.

Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de défenseurs des droits humains courageux, à même d’aider à combler le vide laissé par les dirigeants qui tournent le dos à ces droits.

Cet article a été initialement publié par Newsweek ici

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