Les disputes au sujet des mineurs à Calais envoient un message déplorable au reste du monde Par Steve Symonds, directeur du programme Droits des réfugiés et des migrants à Amnesty International Royaume-Uni

Depuis quelques jours, les gouvernements français et britannique entretiennent des relations tendues en raison de leur désaccord persistant sur la question de savoir lequel des deux pays doit assumer la responsabilité des mineurs présents à Calais.

Les deux gouvernements ont une nouvelle fois essentiellement abandonné ces mineurs dans des conditions compromettant leur sécurité et leur bien-être.

Cette situation contraste nettement avec l’arrivée au Royaume-Uni d’un nombre considérable de mineurs ces dernières semaines, dont beaucoup ont été réunis avec des membres de leur famille sur place - comme le prévoit le règlement Dublin III, qui est juridiquement contraignant pour les deux pays. Après ce qui avait constitué un progrès de la part du ministère de l’Intérieur et des autorités locales dans de nombreux endroits du Royaume-Uni, cette dernière querelle en date et son impact sur le bien-être de mineurs sont déplorables.

Avant les démolitions récentes, Amnesty International a écrit aux deux gouvernements, leur demandant de respecter les droits de tous les réfugiés et autres migrants vivant à Calais - en particulier celui de pouvoir bénéficier des procédures d’asile et du regroupement familial.

Si une grande partie du discours politique au Royaume-Uni se focalise sur la responsabilité immédiate de la France vis-à-vis des personnes se trouvant sur son territoire, la réalité est que les deux pays ont une part de responsabilité et que leur réticence à la partager continue à avoir des conséquences extrêmement néfastes.

Ces responsabilités partagées ne prennent pas fin avec l’obligation légale de permettre à des mineurs et à certains adultes en quête d’asile d’être réunis avec leur famille au Royaume-Uni. La Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) et la Convention des Nations unies relative au statut des réfugiés (1951) - dont les deux pays sont signataires - engagent les membres de la communauté internationale à partager la responsabilité consistant à fournir un lieu sûr aux personnes ayant fui la guerre et la persécution.

Depuis plusieurs années, la France en fait bien davantage que le Royaume-Uni dans ce domaine. Deux fois plus de personnes demandent l’asile en France qu’au Royaume-Uni, et elle accueille deux fois plus de réfugiés.
Mais la réalité est que le nombre de personnes réfugiées dans ces deux pays est sans commune mesure avec celui accueilli par des pays beaucoup plus pauvres et moins stables - des pays tels que le Pakistan, l’Éthiopie et le Kenya, sans parler des voisins de la Syrie.

Et à l’heure où les gouvernements français et britannique se chamaillent sur les responsabilités de chacun, la capacité et la volonté de ces pays à continuer d’accueillir des réfugiés sont en déclin. Le Pakistan fait actuellement pression sur des centaines de milliers de réfugiés afghans afin de les inciter à retourner dans un pays où le conflit s’étend déjà.
L’intention du Kenya de fermer son camp de Dadaab constitue une menace similaire pour près de 300 000 réfugiés somaliens.

Cette dernière dispute en date entre deux des nations les plus riches au monde envoie un message regrettable aux autres pays. Fuir la responsabilité consistant à protéger des réfugiés ne peut qu’encourager les autres à essayer d’esquiver aussi.

Ce n’est ni compassionnel ni rationnel. Cela n’élimine pas les raisons poussant les réfugiés à fuir, ni leur vulnérabilité face à ceux qui se livrent à la traite et aux autres agresseurs durant leur périple. C’est tout le contraire.
Alors que les espaces sûrs pour les réfugiés à travers le monde continuent à se réduire, davantage de personnes se sentent obligées d’aller chercher la sécurité plus loin. Des bandes criminelles et d’autres personnes mal intentionnées exploitent cet état de fait.

Les personnes souffrant le plus de ce qui constitue un échec collectif des gouvernements sont celles que le droit international ordonne pourtant de protéger - les réfugiés. Plus de la moitié des réfugiés dans le monde sont mineurs.

Et ils sont de plus en plus nombreux à ne pas trouver la sécurité à laquelle ils ont pourtant droit. C’est le cas des mineurs auxquels les gouvernements français et britannique ne fournissent toujours pas de lieu sûr où se réfugier, et où demander l’asile ou un regroupement familial. Mais aussi des centaines de milliers d’enfants qui ne sont pas scolarisés en Turquie, et parmi lesquels beaucoup sont contraints à travailler. Sont également concernées les mineures qui sont forcées à se marier dans les camps de réfugiés au Liban ou violées en Libye. Ainsi que les nombreux mineurs portés disparus en Europe ou victimes d’abus en Grèce.

Malgré les protestations des gouvernements, entre autres, ces mineurs - et bien sûr de très nombreux adultes - ne sont pas en sécurité ailleurs. Et un facteur important expliquant ceci est le refus persistant des gouvernements britannique et français de se partager cette responsabilité. Ce refus est un désastre en puissance pour chacun de ces mineurs encore exposé au danger en France.

La situation est en outre potentiellement catastrophique à plus grande échelle - car si deux pays riches ne veulent pas assumer la responsabilité d’un petit nombre de personnes demandant l’asile à la frontière entre ces deux nations, d’autres sont encore moins susceptibles de le faire ailleurs.
Tant que les pays les plus riches, tels que la France et le Royaume-Uni, n’accepteront pas leur part de responsabilité, cette crise mondiale ne peut selon toute vraisemblance que continuer à empirer.

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