Meurtre d’Anna Politkovskaya : « L’impunité engendre un monde où tout est permis » Sergueï Nikitine, directeur du bureau d’Amnesty International en Russie

Il y a dix ans, j’étais en voyage d’affaires à Londres. Je me souviens de ce jour horrible, le 7 octobre, quand j’ai reçu un message me disant qu’Anna Politkovskaya avait été tuée. Je me souviens de l’endroit exact où j’étais quand je l’ai appris, j’en ai eu le sang glacé. Je me souviens que, plus tard dans la soirée, Seva Novgorodsev, l’hôte de la BBC, et moi avons changé le sujet de l’émission Sevaoborot où j’étais invité. Il a diffusé la voix d’Anna, et les collègues de Seva à la BBC échangeaient leurs souvenirs de sa visite à la Bush House. Je me souviens de ce jour horrible.

La liste des journalistes qui sont morts à cause de leur travail est tragiquement longue. Chacune de leur mort était un coup pour leur famille et un choc pour leurs collègues. La mort d’Anna Politkovskaya, qui a été tuée alors qu’elle rentrait dans l’ascenceur de son immeuble dans le centre de Moscou il y a dix ans, reste une plaie béante pour sa famille, ses collègues et tous ceux qui la connaissaient personnellement ou à travers ses articles et ses livres.

Chaque année, le 7 octobre, nous la commémorons et nous nous souvenons que la personne qui a commandité son meurtre n’a toujours pas été trouvée et que le vrai mobile de son meurtre n’a toujours pas été dévoilé.

Impunie.

L’impunité engendre un monde où tout est permis. L’impunité envoie un message que ces actes sont tolérés. Attaquer et agresser les journalistes, c’est toléré. Aujourd’hui, malheureusement, les attaques envers les journalistes et les défenseurs des droits humains passent inaperçues à Moscou, à Pskov, à St-Pétersbourg et dans beaucoup d’autres villes et régions.

Quand l’État n’est pas capable, ou ne veut pas, protéger ses journalistes, nous devons, journalistes ou non, oser le dénoncer et l’exhorter à les défendre. Nous devons exiger que la liberté d’expression et que la liberté d’écrire et de dire la vérité soient respectées. Nous devons descendre dans les rues et manifester.

Ce genre de solidarité ne connaît pas de limite.

Je viens de me souvenir de quelque chose. Il y a 14 ans, Anna Politkovskaya a partagé son désaccord avec Amnesty International lors d’une conférence de presse où Irene Khan, la Secrétaire générale de l’époque, était présente. Anna a fortement critiqué notre organisation parce qu’elle ne prenait pas selon elle assez de risques. Elle nous a demandé d’être plus actif.

C’est son intransigeance et sa détermination qui ont fait qu’Anna était autant admirée.

C’était un élément essentiel de son engouement pour un travail qu’elle aimait tellement. Les gens extraordinaires ne sont pas des gens faciles à vivre. Mais ils font des choses incroyables.

C’est de cette façon que nous nous souvenons d’Anna Politkovkaya.

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