N’oublions pas les disparus d’Ayotzinapa

Alors qu’on est toujours sans nouvelles de plus de 27 000 personnes qui ont « disparu » au Mexique, Josefina Salomón évoque l’affaire des étudiants d’Ayotzinapa, emblématique de la crise des disparitions dans le pays.

Le 26 septembre 2016 marquera le deuxième anniversaire de la disparition de 43 étudiants d’Ayotzinapa, dans l’État de Guerrero (sud du Mexique).
Il y a un peu moins d’un an, je me suis rendue dans ce centre de formation rural, niché dans une région montagneuse. J’ai visité l’établissement, trouvant 43 chaises orange parfaitement alignées, dehors, sur un terrain de basketball miteux. Sur chaque chaise, une photo accompagnée de lettres, de fleurs et de présents. Elles témoignaient d’une terrible histoire.

« Personne ne peut vivre ce que nous avons vécu  », m’a dit Mario, étudiant en première année à Ayotzinapa.

En ce jour de septembre, des étudiants de son école tentaient de trouver des bus à Iguala, une ville voisine, pour aller à une manifestation à Mexico quand ils ont été arrêtés par la police. On ne les a jamais revus. On sait que trois d’entre eux ont été tués, mais on ignore toujours le sort des autres.

Parmi ces étudiants se trouvaient Saúl Bruno García et Leonel Castro Abarca, deux amis de lycée de Mario qui l’avaient convaincu de s’inscrire dans cet établissement, ce qu’il a fait deux mois après leur disparition.

« Je n’arrivais pas à croire que Saúl et Leonel avaient disparu. La veille encore, nous avions échangé des messages. Ma mère a eu peur en apprenant ce qui s’était passé, mais je lui ai dit : "qui ne tente rien, n’a rien", et je suis venu  », m’a confié Mario.

Pour de jeunes hommes comme Mario, venant de familles rurales démunies, une école comme celle d’Ayotzinapa représente une chance d’étudier, mais aussi trois repas par jour et un endroit où dormir.

UN LABORATOIRE À PROBLÈMES

L’école fait partie d’un projet éducatif ambitieux mis en place dans les années 1920, au lendemain de la révolution mexicaine, et visant à prodiguer une éducation spécialisée aux jeunes hommes issus d’un milieu rural marginalisé. L’idée était de combiner matières théoriques et connaissances pratiques sur la culture des terres et d’encourager le militantisme social.

Mais depuis, les gouvernements conservateurs successifs voient ces écoles comme des laboratoires à problèmes et les prennent sans cesse pour cible. Les budgets ont été largement amputés, et les bâtiments d’Ayotzinapa sont décrépits et accueillent plus d’étudiants qu’ils ne devraient.

Les militants de la région affirment que la disparition des 43 étudiants était une tentative cruelle de faire cesser leur militantisme actif et de faire savoir qu’ils n’avaient pas leur place dans le Mexique d’aujourd’hui.

« Le gouvernement ne nous a jamais trop soutenus, mais aujourd’hui c’est pire. C’est comme si nous étions un caillou dans sa chaussure. Je ne demande qu’à devenir enseignant, à enseigner et à aider ma famille », m’a dit Mario

MOTIVÉS ET DÉTERMINÉS

Pourtant, au lieu de décourager les étudiants, les écueils semblent renforcer leur détermination. Les disparitions d’Ayotzinapa ont frappé les esprits comme aucune autre tragédie des droits humains ces dernières années au Mexique. Peut-être la colère est-elle une réaction à la réponse chaotique du gouvernement et à l’absence d’enquête efficace, deux points vivement critiqués par des organisations internationales telles qu’Amnesty et un groupe d’experts mandatés par la Commission interaméricaine des droits de l’homme. Les dirigeants mexicains actuels ont tellement à cœur d’escamoter ce crime qu’ils ont même empêché ce groupe d’experts de poursuivre leurs investigations. Mais le fait est que les gens sont déterminés à découvrir la vérité.

« Le plus dur c’est de voir les parents lorsqu’ils viennent, a expliqué Mario. Nous les voyons s’asseoir sur les chaises où leurs enfants s’asseyaient. Je les vois parler aux photos, leur dire qu’ils ne cesseront jamais de les chercher. Ce n’était pas la première attaque du gouvernement, mais c’était la plus violente. Mais nous n’abandonnerons pas avant d’avoir retrouvé les 43 disparus, pas avant que le gouvernement ne nous dise où ils sont. »

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