LES UNIVERSITÉS IRANIENNES BÂILLONNÉES

« Les universités sont la voix du peuple, et c’est pourquoi ils essaient de les réduire au silence », a déclaré récemment un étudiant iranien à des chercheurs d’Amnesty en Turquie.

Comme tant d’autres étudiants, il a été contraint à l’exil pour échapper aux persécutions et pour ne pas se trouver exclu de l’enseignement supérieur. Leurs histoires témoignent de la purge des universités par l’État iranien, qui veut y éliminer toute pensée indépendante et toute dissidence.

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Zia Nabavi. © Campaign for Equality

Étudiant en ingénierie, Sayed Ziaoddin Nabavi, surnommé Zia, purge une peine de 10 ans de prison en Iran. Dans la plupart des pays, ses « crimes » ne seraient pas qualifiés d’infractions. Mais son histoire est emblématique de celle des nombreux étudiants militants pris dans l’étau de l’appareil répressif iranien.

Zia a été arrêté en juin 2009 après avoir participé à une grande manifestation organisée à la suite des résultats contestés de l’élection présidentielle. Il a été frappé pendant son interrogatoire, puis condamné au terme d’un procès fondamentalement inique.

Depuis sa prison, il a composé un poème adressé au juge. En voici un extrait : « L’étrange sentence, que vous m’infligez… la justice et l’équité piétinées. »

« PLUS DE PLACE POUR LA RÉSISTANCE »

Les tentatives d’étouffement de la dissidence dans l’enseignement supérieur se sont multipliées après l’élection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence du pays en 2005. Son gouvernement a fait un usage croissant de mesures radicales permettant aux universités de suspendre et renvoyer des étudiants pour leurs activités militantes ou leurs croyances.

Sa réélection controversée en 2009 a déclenché des manifestations de grande ampleur. Les forces de sécurité ont fait des descentes dans les universités et les foyers d’étudiants à travers le pays, tuant au moins sept étudiants et procédant à des arrestations massives. Des dizaines de publications et d’associations étudiantes ont également été interdites.

Ancien étudiant à l’université de Téhéran, Sahar Rezazadeh a résumé la situation en ces termes : « Il n’y a plus de place pour la résistance dans les universités. »

LIBERTÉS DES UNIVERSITAIRES MUSELÉES

Les autorités s’en prennent également aux universitaires dont les opinions sont jugées « suspectes ». Les universités ont renvoyé, mis à la retraite forcée et intimidé des dizaines d’enseignants. Beaucoup ont été arrêtés et poursuivis en justice.

Cette tendance s’est intensifiée au cours des 30 dernières années, avec l’exclusion ou le renvoi de milliers d’étudiants. Ils appartenaient à des minorités, étaient devenus militants ou avaient exprimé des « opinions inacceptables ».

Beaucoup sont victimes de la détermination des autorités à « islamiser » l’enseignement supérieur. Cette politique s’est traduite par des suppressions de cours, la séparation des étudiants et des étudiantes, l’exclusion des femmes de certaines matières, et par des sanctions visant notamment les femmes qui dérogent aux stricts codes vestimentaires et de conduite.

DES « AVEUX » ARRACHÉS SOUS LA TORTURE

Beaucoup d’étudiants ont été torturés et condamnés pour des « infractions » floues lourdement sanctionnées.

Étudiant à l’université Amir Kabir de Téhéran, Ehsan Mansouri a été condamné à 22 mois de prison à la suite de son arrestation en 2007. Il a raconté avoir été torturé pendant 13 jours jusqu’à ce qu’il « avoue ». Devant la cour, il a voulu se plaindre auprès du juge : « Je lui ai dit que je voulais poursuivre les services de renseignement parce que j’avais été torturé. Il m’a rétorqué qu’il m’enverrait à l’isolement si je troublais l’ordre dans la salle d’audience. »

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Behareh Hedayat, membre de la Campagne pour l’égalité organisée en Iran. © DR

Militante des droits des femmes et membre de la plus grande association étudiante d’Iran, Behareh Hedayat purge actuellement une peine de 10 ans de prison, notamment pour « outrage au président » et « collusion en vue de porter atteinte à la sécurité nationale ».

En avril 2012, elle disait sa tristesse d’être incarcérée dans une lettre ouverte : « Vous voyez votre vie qui vous passe à côté. »

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Majid Tavakkoli. © DR

Lauréat du Prix des étudiants norvégiens pour la paix en 2013, Majid Tavakkoli a été arrêté en décembre 2009 après avoir pris la parole lors d’un rassemblement étudiant pacifique. Le lendemain, une agence de presse officielle publiait une photo de lui portant des vêtements de femme, manifestement pour l’humilier.

Près de 450 hommes ont répliqué en postant sur Internet des photos d’eux arborant des voiles de femme, certains brandissant des pancartes sur lesquelles était inscrit « Nous sommes Majid » (regardez-les à l’adresse bit.ly/We-Are-Majid). Majid a été condamné à neuf ans de prison et s’est vu interdire de quitter l’Iran ou de poursuivre ses études.

À l’approche de la rentrée universitaire, nous appelons les autorités nouvellement élues d’Iran à protéger les droits des étudiants et des professeurs d’université et à obliger les membres des forces de sécurité qui commettent des violations des droits humains à rendre des comptes.

AGISSEZ Aidez-nous à obtenir la libération de Zia Nabavi. Trouvez toutes les informations nécessaires dans l’Appel mondial en sa faveur en cliquant ici.
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