Brésil — Interview de Valdênia A. Paulino lanfranchi

Valdênia A. paulino Lanfranchi, qui a grandi dans les favelas brésiliennes, a compris sur le terrain de quelle façon la pauvreté restreint les possibilités de choix et entrave les désirs de ceux qui la subissent. Aujourd’hui avocate et fondatrice du Centre des droits humains de Sapopemba à São paulo, elle milite contre les violations des droits humains dans les favelas. Valdênia A. paulino Lanfranchi a participé en juin à des auditions informelles organisées par l’Assemblée générale des Nations unies avant le sommet sur les objectifs du millénaire pour le développement prévu en septembre. Au cours des auditions, des ONG et des organisations de la société civile ont donné leur avis sur la lutte mondiale contre la pauvreté.
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Q comment est né votre intérêt pour les droits humains ?
R
Je suis née dans l’État du Minas Gerais. Quand j’étais petite, ma famille a déménagé à São Paulo, croyant à tort, comme beaucoup d’autres, qu’une vie meilleure nous y attendait. J’ai vu les effets de la faim, j’ai vu la mort autour de moi, le travail des enfants, la violence institutionnelle, et notamment la façon dont la police recourt arbitrairement à la force dans les favelas. J’ai été témoin de la discrimination raciale et sociale, et de l’indifférence des autorités. Cela m’a donné envie de faire quelque chose. À 14 ans, j’aidais les enfants des bidonvilles à apprendre à lire et à écrire. À 18 ans, j’ai créé un lieu d’accueil pour les filles qui voulaient se sortir de la prostitution. D’autres projets, tous destinés à lutter contre les violations des droits humains, ont également vu le jour – par exemple un centre pour la défense des droits des enfants et des adolescents, des projets permettant aux femmes d’avoir des revenus, des réunions publiques avec la population et beaucoup d’autres choses encore.
Ce qui compte, c’est que tous ces projets se sont concrétisés à l’intérieur des favelas, grâce au courage et à la créativité de leurs habitants. Dans ce contexte, notre travail a toujours eu pour objectif de renforcer le pouvoir d’action des enfants, des jeunes et des femmes, principales victimes des violations des droits humains.

Q Quels sont, selon vous, les principaux obstacles rencontrés dans la lutte contre les atteintes aux droits humains dans les bidonvilles ?
R
La vie dans un bidonville ou un quartier de taudis se caractérise par de multiples violations des droits humains. Elles vont de l’absence d’un logement convenable et de restrictions du droit à la libre circulation (du fait des couvre-feux imposés par les trafiquants de drogue et la police), à des exécutions sommaires par des agents de l’État. Dans ce contexte, notre travail consiste à rendre la population plus forte, en canalisant cette force qui émane de la lutte pour la survie dans un lieu de dénuement et d’exclusion sociale. Nous attachons une grande importance à l’éducation, afin que les habitants de ces quartiers sachent comment fonctionnent ou devraient fonctionner les institutions publiques, qu’ils connaissent leurs droits et soient capables de les faire valoir.

Q si vous pouviez changer une chose dans les favelas, que feriez-vous ?
R
Notre plus grande difficulté, depuis toujours, c’est la nécessité de lutter contre la violence institutionnelle, à savoir la violence policière, et aussi l’absence de services publics dans le domaine de la santé, de l’éducation, des loisirs, etc. Il faut que les gens connaissent leurs droits. La notion de droits humains est un passeport qui permet aux personnes vivant dans la pauvreté de se faire reconnaître comme êtres humains et comme citoyens. Être considéré comme un être humain, c’est le préalable indispensable à l’exercice des droits fondamentaux, et la sensibilisation aux droits humains représente la première étape pour vaincre la pauvreté. Lorsque les gens sont informés de leurs droits fondamentaux, ils découvrent qu’ils sont les acteurs principaux de leur propre devenir et cessent de se contenter des déchets laissés par les autres. Ils commencent à participer à la vie politique, font valoir leurs droits et demandent des comptes à ceux qui détiennent le pouvoir.
La population doit comprendre qu’elle gagne en puissance dès qu’elle s’organise sur le plan social et politique. La toute première chose que les personnes vivant dans la pauvreté apprennent, c’est que l’accès aux droits et services fondamentaux découle de la capacité de chaque groupe humain à s’organiser et à se mobiliser. Il faut également valoriser le rôle joué par les femmes. En général, plus elles sont sensibilisées à leurs droits, plus elles se mobilisent et s’impliquent dans des actions et des projets sociaux bénéfiques à la communauté toute entière.

Q Quel message souhaiteriez-vous faire passer aux États présents en septembre au sommet sur les objectifs du millénaire pour le développement ?
R
Je voudrais leur dire de s’efforcer d’appliquer les traités internationaux relatifs aux droits humains qu’ils ont signés et de s’attaquer de front aux causes structurelles de la pauvreté mondiale, qui résident dans notre système économique mondial actuel. Nous avons un besoin urgent d’un nouveau modèle économique qui reposerait sur le respect des droits humains, des relations commerciales multilatérales justes et la protection de l’environnement. Des politiques de réalisation des droits humains et d’élimination de la pauvreté, notamment dans le domaine de l’éducation, de la santé, du logement, de la redistribution des revenus, de l’égalité de genre et de l’égalité raciale, doivent être instaurées et se voir dotées de budgets par voie législative.

Q Avez-vous un message pour nos lecteurs ?
R
Les droits humains universels et indivisibles représentent le seul moyen d’intégrer au processus des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) les groupes marginalisés ou délaissés. Une grande partie de la population mondiale (les personnes les plus pauvres dans tous les pays ainsi que les pays les plus pauvres) n’a pas encore été touchée par les efforts déployés pour atteindre les OMD. En 2015, environ 1,4 milliard de personnes vivront dans des bidonvilles.
Nous n’avons donc pas affaire à des groupes « minoritaires ». Des millions de personnes sans abri et sans terre, ce n’est pas une minorité. Elles ne peuvent être ignorées. Une approche holistique des droits humains favoriserait des débats visant à définir un nouvel ordre économique et politique mondial fondé sur des valeurs sociales. Il s’agit là du seul moyen de venir à bout de la pauvreté, de la famine et de la maladie, et de continuer à vivre ensemble sur cette Terre aux ressources limitées. Une tâche de cette ampleur implique une action collective qui devra se poursuivre bien après 2015.

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