Nicolas beger : lobbying contre la discrimination

En plus des 50 sections qui font partie d’Amnesty International dans le monde, il existe un « European Institutions Office » (EIO), Bureau des Institutions Européennes. Au coeur de Bruxelles, ses membres exercent leur pression sur les dirigeants d’une Europe en expansion continue. Amnesty International veut ainsi influencer les décisions politiques au bénéfice des droits humains. Nicolas Beger, directeur du EIO, nous donne quelques explications sur le monde du lobbying pour les droits humains.

Q Que fait un bureau de lobbying comme l’EIO ? Et quel est son rôle à l’intérieur d’Amnesty International ?

R Nous sommes un intermédiaire entre Amnesty International et l’Union européenne. Nous canalisons les informations qui concernent les droits humains depuis Amnesty International vers l’Union européenne et viceversa. Dès le début des années 80, le Secrétariat International d’Amnesty International, qui se situe à Londres, a ouvert un petit bureau à Bruxelles. Mais à ce moment-là, comme l’Europe avait une taille et une importance bien différentes, il n’y avait que deux personnes qui y travaillaient. Le Secrétariat International n’était à ce momentlà pas du tout intéressé par l’Europe. L’Europe s’est petit à petit élargie et est devenue l’une des institutions les plus influentes au niveau mondial. Les intérêts d’Amnesty International ont évolué avec cet élargissement et par conséquent nos bureaux ont suivi cette évolution.

Depuis, nous travaillons avec 24 personnes dont 6 stagiaires. En fait, nous ne visions pas uniquement l’Union européenne en tant que telle, mais aussi toutes les institutions européennes et entre autres, le Conseil de l’Europe. C’est pour cela que notre nom a changé récemment de European Union Office (Bureau de l’Union européenne) en European Institutions Office (EIO) (Bureau des Institutions Européennes ).

Q Deux des conséquences les plus connues du Traité de Lisbonne sont les nouvelles fonctions du président de l’UE et du plus haut responsable pour les affaires étrangères et la sécurité. Mais y a-t-il eu aussi des résultats positifs au sujet des droits humains ?

R Effectivement, il y a des changements institutionnels à partir desquels l’Union européenne peut travailler de manière plus efficace. Mais pour nous, quelle que soit la façon dont ses responsables agissent, le plus important c’est qu’ils interviennent au niveau des droits humains. Le Traité de Lisbonne apporte tout de même des changements positifs pour les droits humains. Ainsi, la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne est juridiquement reconnue et tous les pays européens doivent donc l’accepter. C’est le premier standard international contraignant des droits humains tant au niveau politique, qu’économique et social. Et c’est très intéressant étant donné que ça ajoute une plus grande valeur aux règles standards des droits humains au niveau mondial.

Nous sommes l’intermédiaire entre Amnesty International et l’Union européenne

Aussi, les possibilités ont évolué avec la fonction de Mme Catherine Ashton comme haut-responsable dans le Service Européen d’Actions Externes (SEAE). Nous demandons que le SAEE donne la responsabilité à un de ses vice-secrétaires généraux de défendre les droits humains. Ce directeur des droits humains ferait partie du Comité politique et de la sécurité, un des plus grands comités du Conseil européen.

Q Que pensez-vous du président européen Herman Van Rompuy ? Peut-il être influent au niveau des droits humains en Europe ?

R Le rôle de Mme Ashton est décrit très clairement et nous savons comment intervenir. Pour celui de M. Van Rompuy, c’est différent car son rôle n’est pas très détaillé dans le traité de Lisbonne. Donc, cela va dépendre de la façon dont il va comprendre son rôle de meneur. Mais je pense qu’il va sûrement jouer un rôle important à l’avenir.

Q Est-ce que l’Espagne a pu réaliser quelque chose au niveau des droits humains durant sa présidence passée de l’UE ?

R Pour l’Espagne, nous sommes très critiques, bien que quelque chose a changé. Pour commencer, la section espagnole d’Amnesty International a fourni un travail extraordinaire durant la présidence espagnole. Avec leurs membres, ils ont fait des campagnes très fortes orientées vers leur gouvernement. Finalement, l’Espagne a pu changer certaines choses, par exemple en ce qui concerne la violence contre les femmes. Ils ont également fait une bonne démarche pour soutenir le projet de directive contre les discriminations. Ce fut sans succès, mais ils ont fait de leur mieux.

Les Espagnols ont aussi organisé un sommet sur les Roms, durant lequel toutes les questions soulevées par Amnesty International ont été abordées. À côté de cela, nous avons proposé à l’Espagne dix cas de personnes dont les droits ont été bafoués. Pour les sept cas externes (en dehors de l’Europe), l’Espagne a sûrement fait un effort. Mais pour les 3 cas européens restant parmi lesquels un Rom, l’Espagne n’a rien entrepris, nous travaillerons donc sur ce sujet à l’avenir.

La situation des Roms en Europe est vraiment incroyable.

Q Quel est le plus gros problème concernant les droits humains avec lequel l’Union européenne est confrontée ?

R Tout d’abord, je veux vous dire qu’Amnesty International ne fait pas de hit-parade dans le non-respect des droits humains. Pour nous, le non-respect des droits humains pour deux personnes est aussi important que pour 2000 personnes, mais je tiens à vous dire que nous nous orientons surtout sur la discrimination. Cela passe par l’islamophobie, les demandes d’asile et les migrations, la discrimination des homosexuels, des lesbiennes et des transsexuels jusqu’à la discrimination des Roms en Europe. La situation des Roms est incroyable. Ils sont la plus grande minorité en Europe et ils sont considérés comme des exclus dans de nombreux pays. Ils n’ont pas d’habitations correctes, sont chassés de partout et totalement exclus de la société. Notre grand projet, durant les prochaines années, sera d’arrêter ces situations désespérées.

Aussi, les homosexuels, les lesbiennes et les transsexuels sont encore et toujours discriminés. En Europe de l’Est, il y a même de plus en plus de problèmes là où il n’y en avait pas avant. Ainsi, le gouvernement lituanien a approuvé une loi homophobe qui dit qu’informer les jeunes sur la vie des homosexuels et des lesbiennes est comme si on montrait des cadavres aux enfants, et par conséquent c’est interdit. Ceci est incroyable ! La Commission européenne et la présidence suédoise de l’époque sont intervenues. Le président lituanien avait été mis sous pression pour ne pas signer cette loi. Ainsi, la Gay Pride baltique qui était planifiée en mai 2010 dans la capitale de la Lituanie, Vilnius, a pu avoir l’accord du maire.

En Serbie, on a vu le même problème. Là, ils ont même dû annuler la Gay Pride parce que c’était trop dangereux. Pour l’instant, nous pouvons espérer que ce sont les derniers bastions d’un problème finissant.

AGISSEZ Sur l’EIO : www.amnesty-eu.org Sur la campagne de discrimination en Europe : www.amnesty.be/discriminatieineuropa

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