« Plus grand, plus audacieux et plus inclusif »

Kumi Naidoo, le nouveau secrétaire général d’Amnesty, est entré en fonction en août. Il répond ici aux questions de nos membres internationaux, au sujet de l’état des droits humains et de la direction qu’Amnesty devrait prendre selon lui afin de toucher davantage de personnes dans le monde et de les convaincre de rejoindre notre mouvement.

« Notre monde est confronté à des problèmes complexes qui ne peuvent être résolus que si l’on s’éloigne de la vision traditionnelle qui voudrait que les droits humains ne recouvrent que certaines formes d’injustices subies par des personnes, mais pas d’autres. Les schémas d’oppression qui nous entourent sont interconnectés. » Kumi Naidoo

Olufemi Adebowale, Nigeria : « Est-il possible d’imaginer une meilleure manière de dénoncer les injustices dans le monde afin de susciter une attention immédiate ? Pourquoi pas une application ? »

Le recours à la technologie pour obtenir justice est essentiel si notre mouvement de défense des droits humains veut rester efficace et pertinent. La technologie nous offre des possibilités sans précédent de mise en relation, à travers le temps et l’espace. En 2014, nous avons lancé l’application Bouton d’urgence (Panic Button). Dans le monde entier, des militant·e·s peuvent l’utiliser pour signaler des arrestations, agressions, enlèvements et actes de torture, que ce soit au stade du risque ou pendant ou après les faits. Nous cherchons actuellement à développer davantage d’applications de ce type.

Aaron Kwizera Joe, Ouganda : « Comment comptez-vous impliquer les jeunes, et en particulier les étudiant·e·s, dans la lutte en faveur des droits humains dans le monde ? »

Les jeunes sont les modèles positifs dont nous avons besoin aujourd’hui. Il est vital que notre mouvement travaille avec de jeunes militant·e·s des droits humains. Je veux que les jeunes sachent que nous leur sommes ouverts et que nous avons besoin qu’ils nous mettent au défi de mieux faire. Ma conviction la plus profonde, c’est que les jeunes ne sont pas les dirigeant·e·s de demain mais ceux dont nous avons besoin ici et maintenant. En mai, nous avons tenu notre premier sommet Jeunesse, Énergie, Action. Plus de 100 jeunes du monde entier y ont partagé leurs histoires, leurs idées et leurs compétences. Nouez des relations et impliquez-vous, où que vous soyez.

Xiaojun Wang, Chine : « Quand allez-vous commencer à travailler en Chine, et comment comptez-vous vous y prendre ? Il y a tellement à faire ici. »

Nous avons toujours été attentifs à la situation des droits humains en Chine mais les visas qui nous permettraient de travailler sur place nous sont refusés. Alors pour connaître la situation sur le terrain, nous suivons de près le travail d’autres organisations et nous recourons à la technologie pour mener des entretiens. La situation des droits humains en Chine reste une vive préoccupation, dans la mesure où les autorités censurent les informations et harcèlent et poursuivent en justice les défenseur·e·s des droits humains. Nous menons en ce moment une campagne pour demander à la Chine de fermer ses camps de « rééducation » secrets destinés aux minorités ethniques. Vous pouvez agir sur notre site Internet.

Norma Leticia Arriaga Cardona, Guatemala : « Que pensez-vous qu’Amnesty peut faire pour les personnes indigènes de notre pays que le gouvernement n’a pas soutenues ni aidées ? »

Nous nous tenons aux côtés des peuples autochtones partout dans le monde. Nous les rejoignons dans leurs luttes pour la reconnaissance de leurs droits humains et nous appelons les gouvernements à appliquer les lois et les politiques inscrites dans la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Nous voulons que les gouvernements veillent à ce que les peuples autochtones aient un droit de regard sur les décisions qui les affectent, par exemple sur la manière dont leurs terres sont utilisées. Nous demandons aussi que leur identité culturelle soit protégée et qu’ils ne subissent aucune discrimination.

« On ne peut pas parler de la crise du changement climatique sans reconnaître qu’il s’agit également d’un problème d’inégalité et de race ; on ne peut pas s’attaquer à la discrimination sexuelle sans reconnaître qu’elle est liée à l’exclusion économique des femmes ; et on ne peut pas ignorer le fait que les droits civils et politiques d’une population sont souvent supprimés au moment même où ces personnes tentent de réclamer une justice économique élémentaire. » Kumi Naidoo

Rani Eid, Liban : « Où voyez-vous le mouvement à l’avenir, par rapport à sa situation actuelle ? »

Nous souhaitons que notre mouvement soit véritablement mondial et plus inclusif. Je veux qu’il soit clair qu’Amnesty International ouvre les bras plus grand que jamais pour toucher des personnes partageant les mêmes idées aux quatre coins de la planète, et en particulier dans les pays du Sud. À l’avenir, nos militant·e·s devraient venir de tous les horizons et de tous types de communautés, et présenter des parcours divers. Nous serons unis dans notre refus de l’injustice et dans notre lutte pour un monde meilleur dans de nombreux domaines différents.

Wahabn Obe, Nigeria : « Outre la signature de pétitions, comment les membres internationaux peuvent-ils s’impliquer ? »

Nombre d’entre vous nous ont indiqué qu’en rejoignant Amnesty, ils voulaient avoir le sentiment d’appartenir à une communauté qui change le monde. Au cours de l’année à venir, nous allons chercher de nouvelles manières de nouer des liens. En attendant, vous pouvez rejoindre d’autres sympathisant·e·s sur nos groupes locaux sur les réseaux sociaux. Nous encourageons également tous nos membres à prendre part au nombre croissant de campagnes en ligne, qu’il s’agisse d’adresser des tweets à des gouvernements ou de participer aux recherches d’Amnesty. Ainsi, l’an dernier, dans le cadre du projet « Decoders » d’Amnesty, des milliers de membres internationaux ont rassemblé des données concernant les déversements d’hydrocarbures dans le delta du Niger au Nigeria. Nous utilisons à présent ces résultats pour pousser le gouvernement nigérian à rouvrir des enquêtes concernant ces déversements. Vous pouvez également rejoindre notre Académie des droits humains, qui propose un éventail de cours en ligne afin d’en apprendre davantage sur les droits humains.

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