« Nous invitons les citoyens à être attentifs aux programmes des partis » Entretien avec Montserrat Carreras

En quoi ces élections sont un enjeu essentiel en termes de défense des droits humains ?

Ces élections présentent des enjeux majeurs pour la Belgique et pour l’Union européenne. La liberté d’expression, le respect de la dignité de l’autre, l’équité de la justice, le respect de la protection internationale, l’accès à la justice pour tous, l’égalité entre les hommes et les femmes sont des valeurs remises en cause dans des pays proches de chez nous.

Parallèlement, nous assistons au développement de discours de haine, qui tendent à légitimer le fait que certains êtres humains, en fonction de caractéristiques particulières, sont supérieurs à d’autres ; les « autres » ne sont alors plus « des sujets de droit ». Voir le principe d’égalité consacré par l’article 1 de la Déclaration universelle des droits de l’homme remis ainsi en cause est extrêmement choquant. Nous devons nous mettre toutes et tous en ordre de marche pour renforcer les droits fondamentaux de chacun·e, sinon notre société deviendra une jungle.

Quelles sont les grandes priorités d’Amnesty dans le cadre de ces élections ?

L’accueil des migrants, pour commencer. Notre société perd de l’empathie à l’égard de « l’autre » et Amnesty, dans toutes les situations, veut contribuer à renforcer la dignité des personnes, surtout des plus vulnérables. Pour les migrants, il faut assurer une écoute, une attention digne et il faut s’assurer que tous puissent avoir accès à une demande de protection internationale. Nous sommes également très attentifs au danger que constitue la criminalisation de la solidarité. Les discours doivent être très clairs à ce sujet : le fait d’aider un être humain, en lui accordant un toit et un peu de nourriture, ne peut jamais être criminalisé.

Les exportations d’armes, une compétence régionalisée, est également une matière emblématique. Nous ne cessons de rappeler les obligations liées au décret wallon qui régit les exportations d’armes, obligations que le gouvernement bafoue. En même temps, ce dossier est directement connecté aux atroces souffrances que subissent des millions de personnes dans le cadre de la guerre au Yémen.

Il est par ailleurs important d’oeuvrer à une politique étrangère cohérente, où les principes défendus soient les mêmes quel que soit le poids financier de l’interlocuteur. Je pense notamment à l’Arabie saoudite ; malgré les très graves violations des droits humains dont ce pays se rend coupable, nos États conservent de bonnes relations diplomatiques avec lui et continuent de lui vendre des armes.

La question de l’égalité entre les hommes et les femmes et de la protection des femmes contre les violences sexuelles est aussi une grande priorité. Plus globalement, la protection des individus contre les discriminations est essentielle, y compris le profilage ethnique qui se manifeste dans le cadre de contrôles par la police, phénomène dont les représentants des forces de l’ordre n’ont parfois pas conscience ; pour ceux qui la subissent, les conséquences sont en revanche lourdes.

Amnesty appelle-t-elle à voter pour l’un ou l’autre parti ?

Très clairement, non. En revanche, nous avons préparé dix fiches thématiques, que nous avons remises aux partis politiques à la fin de l’année dernière. Notre objectif est de voir nos recommandations inscrites dans les différents programmes.

Quel message voudriez-vous faire passer aux électeurs que nous sommes ?

Amnesty travaille beaucoup sur l’éducation aux droits humains et sur la capacité d’interpellation des citoyens envers le monde politique. Dans cet ordre d’idée, nous invitons les citoyens à être attentifs aux programmes des partis. C’est à eux de juger si ces programmes sont en adéquation avec des impératifs comme l’accès à la justice, l’accès aux droits économiques, l’accès à la santé, le sentiment de vivre dans un État qui assure la protection de tout un chacun.

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