LA POLOGNE N’EST PAS PERDUE

En septembre dernier, je me suis rendu à Varsovie pour rencontrer mon homologue polonaise, Draginja Nadazdin, participer à une conférence de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et rencontrer l’ambassadeur de Belgique en Pologne. Un sprint intense, riche d’enseignements… et d’espoir.

MISE A JOUR - Justice a été rendue
Le 24 octobre, les 14 femmes qui se sont courageusement-et pacifiquement-élevées contre le fascisme lors d’une marche à Varsovie ont été déclarées non coupables par un tribunal de Varsovie en vertu de leurs droits à la liberté d’expression et de réunion. Merci à tou.te.s ceux.celles qui ont agi pour elles !

Draginja est incroyable. Le prototype de ce qu’on appelle une force tranquille, imperturbable, qui avance à contrecourant de l’obscurantisme qui tend progressivement un voile noir sur la Pologne. Née en ex-Yougoslavie, elle est directrice de la section polonaise d’Amnesty depuis dix ans. Forte de quelques centaines de membres quand elle est arrivée, la section compte aujourd’hui plus de 10 000 membres et un beau secrétariat qu’elle gère avec intelligence. C’est une des rares sections à être devenue indépendante financièrement ces dernières années avec la section slovène.

Pragmatique, dotée d’un solide sens de l’humour (que l’on retrouve chez tou·te· s mes collègues), Draginja est non seulement imperturbable, mais aussi infatigable. Elle abat un travail colossal dans un pays qui glisse progressivement vers un modèle autocratique et dont les dirigeants sont pourtant élus.

Pas facile, c’est clair, dans ces conditions de mener des campagnes contre le viol, les discriminations à l’égard des personnes LGBTQI, ou encore contre le détournement de la justice par le pouvoir en place. Mais Draginja est aussi quelqu’un qui pense positivement, supportant le travail des jeunes, notamment celui de sa fille, activiste en faveur du climat.

FACE-À-FACE des ONG AVEC LES « VGO »

Je retrouve Draginja le matin au stade national de Varsovie, où se tient la conférence « dimension humaine » de l’OSCE. Elle m’attend avec un speech tout préparé, sur la liberté de rassemblement en Pologne et en France. « Tu es 28e sur la liste, ça devrait aller avec notre rendezvous suivant. » Elle me guide pour squatter une chaise bien disposée pour le bon moment, face aux délégué·e·s de tous les pays européens (et donc pas seulement de l’Union européenne).

Le temps de lire rapidement le document et de découvrir avec effroi les discours des représentants des VGO (Very Governmental Organizations) infiltrées sur les bancs réservés à la société civile.

Ces VGO occupent le temps accordé aux associations de défense des droits humains pour contredire précisément ce que les « vraies » ONG viennent de dire. C’est ainsi qu’au lieu des trois minutes initialement accordées pour mon speech, je me vois réduit à deux minutes trente… « Ce n’est pas grave, me dit-elle avec un clin d’oeil, le texte a déjà été glissé au secrétariat, qui le fait parvenir à tous les délégués ».

DIPLOMATIE AU SERVICE DES DROITS HUMAINS

Le texte à peine lu (je n’ai même pas eu le temps de le terminer), nous nous glissons dehors pour sauter dans un taxi, et nous rendre à l’ambassade de Belgique. Nous y serons reçu·e·s par des auditeurs attentifs, et j’en sortirai encore plus admiratif devant les capacités diplomatiques de ma collègue : attentive, à l’écoute, mais ferme sur les points les plus importants, et notamment le rôle des ambassades de l’Union européenne dans le soutien aux défenseurs des droits humains des pays dans lequel ils se trouvent. Des lignes directrices ont d’ailleurs été élaborées au niveau européen pour nos représentants. p L’entretien sera (et c’est bon signe) plus long que prévu. Il nous reste encore un peu de temps pour prendre un café et voir comment nos deux sections pourraient mieux collaborer à l’avenir. Dans le taxi qui me ramenait à l’aéroport, je me suis rappelé cette autre phrase de son interview : « L’empathie relie toutes les personnes au sein d’Amnesty… » Je ne pourrais mieux dire.

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