SINGAPOUR

République de Singapour
CAPITALE : Singapour
SUPERFICIE : 639 km²
POPULATION : 4,3 millions
CHEF DE L’ÉTAT : Sellapan Rama Nathan
CHEF DU GOUVERNEMENT : Lee Hsien Loong
PEINE DE MORT : maintenue
COUR PÉNALE INTERNATIONALE : Statut de Rome non signé
CONVENTION SUR LES FEMMES : ratifiée avec réserves
PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION SUR LES FEMMES : non signé

Cette année encore, des restrictions ont été apportées à la liberté d’expression et de réunion. Trente-six hommes étaient détenus sans inculpation ni jugement en vertu de la Loi sur la sécurité intérieure. Des personnes ont été condamnées à la peine capitale ; huit exécutions ont eu lieu. Des témoins de Jéhovah continuaient d’être emprisonnés parce qu’ils refusaient d’effectuer leur service militaire pour des raisons de conscience. Des délinquants ont été condamnés à la bastonnade.

Contexte

Le People’s Action Party (PAP, Parti d’action populaire), au pouvoir depuis 1959, conservait son emprise sur la vie politique et sur la société en général. Les déclarations officielles en faveur d’une société plus participative et ouverte ont été contredites, dans la pratique, par un ensemble de lois limitant la liberté d’expression, d’association et de réunion.

Restrictions à la liberté d’expression et de réunion

Les opposants au PAP étaient menacés de procès en diffamation potentiellement ruineux, ce qui continuait à paralyser la vie politique.
En mars, Chee Soon Juan, chef du Singapore Democratic Party (SDP, Parti démocrate de Singapour, opposition), s’est trouvé dans l’impossibilité de payer les 500 000 dollars de Singapour (environ 250 000 euros) de dommages et intérêts auxquels il avait été condamné à la suite de process en diffamation intentés par deux dirigeants du PAP en 2001. Chee Soon Juan risquait d’être déclaré en faillite personnelle, ce qui le priverait du droit de se présenter à des élections.
En septembre, la Haute Cour de Singapour a débouté l’ancien dirigeant du Workers’ Party (WP, Parti des travailleurs, opposition), J. B. Jeyaretnam, qui demandait pour la deuxième fois l’annulation d’une mesure de faillite le concernant. Il avait été déclaré en faillite personnelle à la suite d’une série de procès en diffamation intentés, entre autres, par des responsables du PAP, avant d’être exclu du Parlement, en 2001. J. B. Jeyaretnam restait privé du droit de se présenter à des élections.
La crainte de faire l’objet de poursuites et les incertitudes concernant les limites fixées au débat public acceptable ont contribué à instaurer un climat d’autocensure dans le pays.
Au mois de mars, des censeurs gouvernementaux ont ordonné au réalisateur Martyn See de retirer du festival international du film de Singapour un documentaire consacré à Chee Soon Juan. Martyn See a par la suite fait l’objet d’une information judiciaire et a dû remettre aux autorités une partie de son équipement et du matériel documentaire. Aucune charge n’avait été retenue contre lui à la fin de l’année.
En mai, les autorités ont menacé de poursuivre en justice un étudiant singapourien établi aux États-Unis, car il avait critiqué, dans son blog, le système de bourses d’études mis en place par le gouvernement.
Les activités pacifiques de la société civile ont également été entravées par les restrictions à la liberté de réunion. Ainsi, au mois d’août, la police antiémeutes a ordonné la dispersion d’un groupe de quatre personnes qui manifestaient en silence devant un bâtiment du gouvernement ; les manifestants demandaient un renforcement de l’obligation de rendre des comptes à l’échelon des pouvoirs publics. Ils ont saisi les autorités judiciaires, arguant que la police, en leur ordonnant de se disperser, avait bafoué le droit constitutionnel de manifester pacifiquement. Un juge de la Haute Cour a rejeté leur requête.
En septembre, la police a interrogé des militants singapouriens qui avaient placardé des affiches pour critiquer les retards affectant l’ouverture d’une gare. Aucune charge n’a été retenue contre eux.
En mars, les autorités ont interdit un concert de soutien aux malades du sida, sous prétexte que cette manifestation, organisée par une association chrétienne gay, allait à l’encontre de l’intérêt public.

Détention sans jugement

Au moins 36 hommes ont été maintenus en détention sans inculpation ni jugement au titre de la Loi sur la sécurité intérieure. Dix-sept personnes anciennement détenues en vertu du même texte faisaient apparemment l’objet d’ordonnances restreignant leur liberté de mouvement et d’association. Les autorités ont affirmé que ces hommes entretenaient des liens avec des groupes islamistes, en particulier la Jemaah Islamiyah (JI, Communauté islamique), accusée d’avoir préparé ou perpétré des attentats à la bombe dans la région.

Peine de mort

Huit personnes ont été exécutées cette année. Singapour serait le pays où le taux d’exécutions par habitant est le plus élevé au monde.
En mai, l’exécution par pendaison de Shanmugam Murugesu, condamné à mort en 2004 pour possession d’un peu plus d’un kilogramme de cannabis, a déclenché une controverse sans précédent dans le pays. Entre avril et août, des militants singapouriens ont organisé un forum public, lancé des pétitions et organisé des veillées et d’autres manifestations contre la peine capitale. En mai, les autorités ont refusé qu’un représentant d’Amnesty International prenne la parole au forum public. Au mois d’août, la police a interdit que le visage de Shanmugam Murugesu soit représenté sur des affiches, en indiquant que cela aurait pour effet de « glorifier » un prisonnier exécuté.
Van Tuong Nguyen, de nationalité australienne, a été exécuté au mois de décembre. Reconnu coupable de trafic d’héroïne, il avait été condamné à la peine capitale en 2004.

Objecteurs de conscience

Au moins deux objecteurs de conscience au service militaire ont été emprisonnés en 2005 et 12 autres continuaient de purger une peine d’emprisonnement. Tous étaient membres des Témoins de Jéhovah, organisation interdite à Singapour. Il n’existait en pratique aucun service civil de remplacement pour les objecteurs de conscience à Singapour.

Visites d’Amnesty International

En mai, un représentant d’Amnesty International a rencontré des militants locaux et participé à un forum public contre la peine capitale. Il n’a cependant pas été autorisé à prendre la parole lors de ce rassemblement.