ZIMBABWE

La situation des droits humains a continué de s’aggraver, dans un contexte de pauvreté croissante. Cette année encore, des restrictions ont été apportées à la liberté d’expression, de réunion et d’association. Des centaines de personnes ont été arrêtées pour avoir pris part ou simplement tenté de participer à des mouvements de protestation pourtant pacifiques. Des policiers ont été accusés de torturer des défenseurs des droits humains en détention. La situation des milliers de personnes dont le logement a été détruit en 2005 dans le cadre de l’opération Murambatsvina (Restaurer l’ordre) continuait de s’aggraver, les autorités n’ayant prévu pour elles aucune solution véritable. Les initiatives humanitaires prises par les Nations unies et par des organisations non gouvernementales locales et internationales étaient toujours entravées par les autorités.





Contexte
En janvier, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (Commission africaine) a soumis au Conseil exécutif de l’Union africaine une résolution capitale sur la situation des droits humains au Zimbabwe, qu’elle avait adoptée à la fin de 2005. Le gouvernement du Zimbabwe a prié la Commission africaine de retirer ce texte, avançant que la procédure n’avait pas été respectée. Ses arguments portaient uniquement sur des questions de procédure, sans jamais aborder les graves préoccupations soulevées par la résolution en matière de droits humains. Le gouvernement n’a jamais mis en œuvre les recommandations énoncées par la Mission d’information de la Commission africaine en République du Zimbabwe dans son rapport de 2002, pas plus que celles du rapport de l’envoyée spéciale des Nations unies pour les questions relatives aux établissements humains au Zimbabwe, établi en 2005.
Au mois d’août, la Banque centrale du Zimbabwe a mis en circulation de nouveaux billets de banque, dont la valeur nominale était mille fois inférieure à celle des anciens. Ainsi, le billet de 20 000 dollars zimbabwéens (ZWD) disparaissait au profit d’un autre de 20 ZWD. La population disposait de vingt et un jours pour échanger ses vieux billets avant que ceux-ci n’aient plus cours, mais le montant qu’une personne pouvait avoir sur elle en espèces était limité à 100 millions de ZWD (environ 300 euros). Partout dans le pays, des barrages routiers ont été établis pour la mise en œuvre de cette opération, baptisée Lever de soleil. Des atteintes aux droits humains ont été signalées à ces barrages, qui étaient gardés par des policiers, des responsables de la Banque centrale et, parfois, des milices de jeunes inféodés au gouvernement. Des personnes auraient été brutalisées et soumises à des traitements dégradants et inhumains, telle l’obligation de retirer leurs vêtements lors de fouilles. À certains barrages, la police a confisqué des sommes d’argent, même lorsque leur porteur transportait moins du maximum autorisé.
À la fin de l’année, l’inflation dépassait les 1 000 p. cent.

Droit à un logement convenable
L’opération Garikai/Hlalani Kuhle, programme de construction d’habitations lancé en 2005 dans le but déclaré de fournir un logement aux victimes d’expulsions massives, n’a apporté aucune solution pour la majorité de celles-ci.
En mai, soit un an après le début du programme, seules 3 325 maisons avaient été construites, alors que 92 460 avaient été démolies lors de l’opération Murambatsvina. Dans de nombreux endroits, les travaux de construction semblaient à l’arrêt. Un grand nombre de logements désignés comme ayant été « construits » n’étaient pas achevés ; ils n’étaient pas raccordés à des réseaux de distribution d’eau et d’assainissement et restaient inhabités.
En outre, les nouvelles résidences étaient en grande partie hors de la portée des centaines de milliers de victimes d’expulsions. Elles étaient financièrement inabordables pour la plupart de ces personnes, à qui elles avaient de toute façon rarement été proposées à l’achat. Le processus d’attribution de parcelles nues et de logements nouveaux, qui étaient loin d’être terminés pour la plupart, manquait de transparence. Des maisons et des terrains ont été alloués à des personnes n’ayant pas perdu leur logement lors de l’opération Murambatsvina, et au moins 20 p. cent des habitations construites ont été réservées à des agents de l’administration, des policiers et des soldats.
Bien que le gouvernement ait indiqué à maintes reprises que, dans le cadre de l’opération Garikai/Hlalani Kuhle, il ferait construire des maisons pour ceux qui avaient été victimes d’expulsions massives, nombre de personnes se sont vu attribuer des petites parcelles nues, sans raccordement aux réseaux d’eau ou d’assainissement, et sur lesquelles elles devaient bâtir elles-mêmes leur maison, sans aide aucune.
Les autorités ont poursuivi les expulsions, et souvent les victimes étaient forcées de quitter l’endroit où elles s’étaient réinstallées après avoir perdu leur logement une première fois, lors de l’opération Murambatsvina. Au-delà du traumatisme subi, elles ont à nouveau perdu des biens. Au moins trois opérations, certes d’envergure limitée, ont été signalées rien qu’à Harare.
En avril et en mai, la police a menacé de prendre possession par la force de 200 parcelles à Hatcliffe Extension New Stands, une agglomération de la périphérie d’Harare, en vue de l’agrandissement d’un internat de la police. Si le projet avait vu le jour, 15 familles auraient été touchées. Face aux protestations d’Amnesty International et du Zimbabwe Lawyers for Human Rights (ZLHR, Avocats du Zimbabwe pour les droits humains), les autorités sont revenues sur leur décision.
Le 15 juin, la police municipale a expulsé environ 150 familles déplacées qui vivaient dans des cabanes de fortune sur les bords du Mukuvisi, à Harare. Elles s’y étaient installées un an auparavant, après la destruction de constructions en brique dont elles étaient locataires. Les forces de police ont démoli leurs cabanes à coups de pied-de-biche avant d’y mettre le feu. Elles ont ordonné aux familles de quitter les lieux, sans leur fournir la moindre solution de relogement.

Entrave à l’aide humanitaire
Les autorités ont continué d’entraver et de décourager les initiatives humanitaires visant à fournir des abris d’urgence. Après avoir à plusieurs reprises rejeté, en 2005, les solutions de logement temporaire proposées par les Nations unies, elles leur ont finalement permis d’installer quelques abris provisoires, en mars 2006. À la fin de l’année, environ 2 300 avaient été bâtis. C’était très peu comparé à l’objectif des Nations unies, basé sur une estimation des besoins qui était en août 2005 de fournir un hébergement d’urgence à 40 000 foyers, chiffre ramené à 23 000 en 2006.

Le droit à l’alimentation
Malgré une récolte un peu meilleure que l’année précédente, des millions de personnes restaient confrontées à une grave insécurité alimentaire. L’inflation rendait toujours certains produits alimentaires de base inabordables pour un grand nombre de gens démunis. D’après le Programme alimentaire mondial (PAM), les prix du maïs ont augmenté de 25 p. cent entre septembre et octobre. Le programme d’alimentation d’urgence du PAM, réservé aux groupes vulnérables, a souffert de la pénurie de céréales et de légumes secs. Au final, seules 331 000 personnes en ont profité, alors que les prévisions citaient le chiffre de 800 000 bénéficiaires pour octobre.

Restrictions de la liberté d’association et de réunion
Les autorités ont continué à appliquer de manière sélective la Loi relative à l’ordre public et à la sécurité et la Loi relative aux infractions diverses, afin d’empêcher l’opposition politique et les militants issus de la société civile de se réunir ou de participer à des manifestations, même pacifiques. Des centaines de défenseurs des droits humains ont été arrêtés, voire placés en détention en vertu de ces lois.

Liberté d’expression
Des lois répressives, telles que la Loi relative à l’accès à l’information et à la protection de la vie privée et la Loi relative aux services de radiotélédiffusion, ont été invoquées pour restreindre la liberté d’expression. En juillet, le gouvernement a présenté au Parlement un projet de loi relatif à l’interception des communications qui, s’il venait à être adopté, restreindrait encore davantage la liberté d’expression. Ce texte permettrait en effet aux autorités d’intercepter les télécommunications et le courrier, et d’aucuns craignaient qu’elles n’utilisent ce prétexte pour espionner les organisations de défense des droits humains et l’opposition politique.
Le procès intenté contre les membres du personnel et du conseil d’administration de Voice of the People, une radio indépendante qui émet depuis l’étranger tout en conservant des bureaux au Zimbabwe, s’est ouvert le 25 septembre. Le ministère public a abandonné les poursuites engagées contre les personnes mais s’apprêtait à inculper le conseil d’administration de transmission sans autorisation, infraction prévue par la Loi relative aux services de radiotélédiffusion.

Défenseurs des droits humains
Les défenseurs des droits humains ont été la cible de multiples attaques de la part des autorités et de la police. Des lois répressives servaient toujours de prétexte pour entraver leurs activités et plusieurs centaines de personnes ont été arbitrairement arrêtées, harcelées, torturées ou soumises à d’autres formes de mauvais traitements.
À l’aube du 18 janvier, deux policiers et un soldat se sont présentés au domicile d’Arnold Tsunga, avocat et défenseur des droits humains de premier plan, à Mutare. Comme il était absent, ils ont arrêté ses employés de maison. Ceux-ci ont été relâchés plus tard sans inculpation, après l’intervention du ZLHR, dont Arnold Tsunga est le directeur exécutif. Le 21 janvier, les forces de police se sont présentées à sa résidence d’Harare, vraisemblablement pour l’arrêter en sa qualité de membre du conseil d’administration de Voice of the People. Arnold Tsunga n’étant pas sur les lieux, les policiers ont appréhendé un chauffeur et un gardien, à qui ils reprochaient d’avoir entravé l’enquête en déclarant ignorer où se trouvait l’avocat. Le 26 janvier, Arnold Tsunga a appris, à travers une mise en garde crédible, que les services de renseignements de l’armée avaient reçu l’ordre de le tuer.
Le 11 septembre, une centaine de militantes de Women of Zimbabwe Arise (WOZA, Femmes du Zimbabwe, debout !) ont été arrêtées avant un sit-in pacifique qui devait avoir lieu devant la mairie d’Harare en signe de protestation contre la dégradation des services publics. Parmi les femmes interpellées figuraient cinq mères accompagnées de bébés et une femme enceinte, dont l’accouchement se serait déclenché pendant sa garde à vue. Beaucoup ont été détenues dans des conditions déplorables jusqu’au 14 ou 15 septembre selon les cas, au-delà du délai de quarante-huit heures prévu par la loi. Inculpées de « participation à une manifestation publique avec l’intention de troubler l’ordre public ou de susciter le sectarisme », elles ont été acquittées le 23 octobre.
Le 13 septembre, la police a appréhendé Lovemore Matombo, Wellington Chibebe et Lucia Matibenga, respectivement président, secrétaire général et première vice-présidente du Zimbabwe Congress of Trade Unions (ZCTU, Congrès des syndicats zimbabwéens), ainsi que 12 militants du ZCTU et du Movement for Democratic Change (MDC, Mouvement pour le changement démocratique), le principal parti d’opposition. Ils essayaient de manifester pacifiquement contre la détérioration de la situation sociale et économique dans le pays. Tous auraient été torturés pendant leur garde à vue au poste de police de Matapi, le 13 septembre. Ils ont été transférés au commissariat central d’Harare le 14 septembre, avant d’être libérés. D’après des rapports médicaux, ces personnes présentaient des blessures correspondant à des coups portés par des objets contondants suffisamment lourds pour provoquer des fractures aux mains et aux bras, ainsi que de multiples lésions à l’arrière de la tête, aux épaules, aux bras, aux fesses et aux cuisses. Les médecins ont par ailleurs observé que les blessures de huit militants tendaient à confirmer qu’ils avaient subi la falanga (coups sur la plante des pieds), une forme de torture susceptible de provoquer des problèmes de marche irréversibles. Lucia Matibenga a été frappée avec une violence telle qu’elle a eu le tympan crevé.
De très nombreux membres du ZCTU ont également été arrêtés et placés en détention à Harare, ainsi que dans d’autres villes telles que Beitbridge, Bulawayo et Mutare. Le 12 septembre, veille des manifestations, la police aurait arrêté plusieurs dirigeants du ZCTU à leur domicile ou sur leur lieu de travail à Rusape, Gweru, Chinhoyi et Kariba, vraisemblablement pour empêcher le déroulement du mouvement de protestation.

Projet de loi sur la violence domestique
Le projet de loi sur la violence domestique a été adopté en novembre par la chambre basse du Parlement, et devait être soumis au Sénat. Si ce texte venait à acquérir force de loi, il rendrait illégales certaines pratiques culturelles préjudiciables, comme le fait de donner en mariage des femmes ou des jeunes filles dans le but d’apaiser des esprits, les mutilations génitales féminines, la transmission de l’épouse par voie de succession ou les tests forcés de virginité. Le projet prévoit l’établissement d’un conseil chargé des questions relatives à la violence domestique ainsi que l’obligation de créer dans chaque poste de police une section spécialisée dans les affaires de violence au foyer.

Commission des droits humains
Au mois de septembre, avec l’aide du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le gouvernement a lancé un processus de consultation sur la création d’une commission des droits humains. Pour beaucoup, cette proposition ne constituait qu’une nouvelle tentative du gouvernement de détourner l’attention de l’opinion publique de la grave crise des droits humains frappant le pays.

Visites d’Amnesty International
Des délégués d’Amnesty International se sont rendus au Zimbabwe en avril/mai.

Autres documents d’Amnesty International

 Zimbabwe. Des vies brisées : le cas de Porta Farm (AFR 46/004/2006).

 Zimbabwe. Pas de justice pour les victimes d’expulsions forcées (AFR 46/005/2006).

 Zimbabwe. Évaluation quantitative des destructions. Images satellites des expulsions forcées (AFR 46/014/2006).

Les Rohingyas persécutés et privés d’aide humanitaire

Au Myanmar, les forces de sécurité mènent une campagne violente et sans pitié contre les Rohingyas. Il faut agir pour que cela cesse