Le mouvement en 2001 (1)

« J’ai été frappée par le courage dont les gens font preuve. Des familles qui ont vu leur maison bombardée à Kaboul et qui ont fui sans rien emporter recommencent courageusement une nouvelle vie. Des enfants sales et à moitié morts de faim continuent de sourire et jouent dans la poussière. Des femmes dont les activités ont été réprimées ces vingt dernières années ont mille et une idées sur la manière de reconstruire une société meilleure et plus égale. Il y a tant à puiser dans cet exemple de courage que j’ai souhaité partager cette expérience avec vous. Voilà ce qui donne un sens à notre travail. Alors, saisissons l’occasion qui nous est donnée aujourd’hui de rendre hommage au travail de tous les défenseurs des droits humains et au courage des victimes. »
Extrait d’un discours prononcé dans un camp de réfugiés au Pakistan par Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International, à l’occasion de la Journée des droits de l’homme, le 10 décembre 2001.

À la suite des attentats perpétrés le 11 septembre 2001 aux États-Unis, Amnesty International a eu à relever l’un des défis majeurs de ses quarante années d’existence. Une réaction immédiate, mais pesée, des organisations de défense des droits humains s’imposait. La présente section du Rapport annuel 2002 propose un aperçu du travail effectué par les membres d’Amnesty International durant l’année, tant en réaction à la crise déclenchée par les attentats du 11 septembre que dans le cadre de programmes entrepris avant ces événements.
La force d’Amnesty International est liée à la qualité de ses outils d’information et des recherches méticuleuses sur lesquelles sont fondées ses campagnes. Au cours de l’année 2001, ses délégués se sont rendus dans plus de 75 pays et territoires : ils ont rencontré des victimes d’atteintes aux droits humains, ont assisté à des procès en qualité d’observateurs et se sont entretenus avec des militants des droits humains ainsi qu’avec des responsables locaux. Les activités d’Amnesty International prennent des formes multiples : manifestations publiques, envois de lettres, éducation aux droits humains, organisation de concerts dans le but de recueillir des fonds, lancement d’appels en faveur d’une personne en particulier, campagnes mondiales sur un pays ou un thème spécifique, démarches auprès des autorités locales et travail de pression auprès des organisations intergouvernementales.
Amnesty International communique aux gouvernements les résultats de ses recherches en publiant des rapports circonstanciés et en alertant l’opinion publique sur ses motifs de préoccupation. Pour ce faire, elle a recours à des dépliants, des affiches, des publicités, des bulletins d’information et Internet ­ ses informations sont disponibles sur d’innombrables sites à travers le monde.
L’organisation cherche à faire évoluer l’attitude des gouvernements et à faire abroger les lois iniques. L’un des moyens employés à cette fin consiste à fournir en permanence des informations aux médias, aux gouvernements et aux Nations unies, et à les exhorter à agir.
Amnesty International s’efforce également de promouvoir la sensibilisation aux droits humains et de renforcer leur protection. Elle appelle les organisations internationales à intervenir lorsqu’une crise semble sur le point de se produire. Elle tente d’obtenir la protection des réfugiés fuyant les persécutions et travaille avec les militants locaux des droits humains qui risquent d’être harcelés ou agressés.

Actions à long et à moyen terme
Le nombre de groupes locaux, de groupes de jeunes et d’étudiants et de réseaux participant aux actions a continué de s’accroître durant l’année. Dans plus de 100 pays, les membres d’Amnesty International ont travaillé sur des dossiers concernant 2 813 cas individuels, ceux notamment de prisonniers d’opinion et d’autres victimes d’atteintes aux droits humains. Au total, 2 742 groupes, qui utilisaient différentes techniques d’action de campagne, notamment l’envoi de lettres et l’organisation de manifestations publiques, se sont mobilisés sur 818 Dossiers action à long terme déjà en cours. Par ailleurs, 72 nouveaux Dossiers action ont été ouverts et assignés pendant l’année, tandis que 184 ont été clos durant la même période.
Les militants d’Amnesty International se sont mobilisés cette année sur un nombre croissant d’actions. L’un de ces Dossiers action concernait le traitement réservé aux organisations de jeunes et d’étudiants en Biélorussie (Bélarus), notamment le nouveau mouvement d’opposition connu sous le nom de Zubr (Bison), qui rassemble des jeunes et des étudiants de tout le pays. Amnesty International s’est notamment inquiétée de la détention arbitraire de militants de Zubr qui avaient exercé pacifiquement leur droit à la liberté de réunion et d’association, et des mauvais traitements que des policiers auraient infligés à des membres de l’organisation. Parmi les nouveaux dossiers ouverts, on peut également citer des prisonniers politiques de la prison de Drapchi, au Tibet, et ceux des États indiens du Jammu-et-Cachemire et du Bengale-Occidental.
Les groupes locaux ont aussi participé à des actions en cours sur des groupes spécifiques de pays dans le cadre des Réseaux d’action régionale (actions RAN). Au cours de l’année, 1 796 groupes ont été affectés à 23 réseaux RAN et ont pris part à 181 actions.

Jeunes et étudiants
Environ la moitié des membres d’Amnesty International à travers le monde sont des jeunes et des étudiants, organisés en quelque 3 500 groupes dans 60 sections et structures. En 2001, ils ont déployé beaucoup d’énergie et de créativité pour faire campagne sur tous les motifs de préoccupation de l’organisation. En mars, des étudiants de 15 pays ont participé à une Semaine internationale d’action étudiante destinée à sensibiliser l’opinion publique sur la pratique généralisée de la torture au Pérou. Cette initiative, initialement organisée pour le réseau de jeunes et d’étudiants, a aussi mobilisé d’autres militants d’Amnesty International. L’approche de l’élection présidentielle au Pérou offrait en effet une bonne occasion de porter sur la place publique les motifs de préoccupation de l’organisation.
Des camps de jeunes se sont tenus dans plusieurs régions. Il convient d’évoquer notamment le premier camp international de jeunes d’Amnesty International en Europe, qui a rassemblé en Slovénie 70 participants originaires de 28 pays européens. Ils ont pu parler des droits humains, améliorer leurs techniques d’action et entreprendre des actions pratiques. Ce rassemblement a donné lieu à un débat animé sur la meilleure façon d’accroître rôle des groupes de jeunes et d’étudiants dans l’organisation.

Actions urgentes
Lorsqu’il faut agir d’urgence en faveur de personnes sur le point d’être victimes de violations flagrantes des droits fondamentaux, les bénévoles du monde entier sont alertés et des milliers de lettres, de télécopies et de messages électroniques sont envoyés en l’espace de quelques jours.
Au cours de l’année 2001, Amnesty International a lancé 408 nouveaux appels par l’intermédiaire de son réseau Actions urgentes. Par ailleurs, l’organisation a publié des mises à jour sur 404 Actions urgentes déjà lancées, dont 117 faisaient état d’informations positives ; elle a aussi demandé d’envoyer de nouveaux appels pour 235 autres cas. Ces actions concernaient des personnes de 81 pays et territoires, ayant été ou risquant d’être victimes de violations des droits humains, notamment de torture, de « disparition », de condamnation à la peine de mort, de mort en détention ou de renvoi forcé dans un pays où elles risquaient d’être victimes de violations de leurs droits fondamentaux.

Réaction à la crise déclenchée par les attentats du 11 septembre
Devant l’ampleur et la nature des attentats perpétrés aux États-Unis le 11 septembre, les militants des droits humains se devaient de réagir sans délai. Aucune région du monde n’a été épargnée par l’émotion et le choc provoqués par la mort d’au moins 3 000 personnes originaires de plus de 60 pays. Amnesty International a condamné sans réserve ces attentats. Dans le monde entier, des membres de l’organisation ont exprimé leurs condoléances et ont fait part de leur solidarité envers les victimes et leurs proches. Sous le slogan Non à la vengeance, oui à la justice, Amnesty International a demandé que les responsables de ces actes soient traduits en justice dans le respect des normes internationales en matière de droits humains.
En Afghanistan, à partir du 7 octobre, une coalition dirigée par les États-Unis a commencé une série de bombardements qui se sont poursuivis jusqu’à la fin de l’année. Un nombre encore inconnu de civils afghans ont été tués ou blessés, ou ont vu leur maison ou leurs biens personnels détruits. Amnesty International s’est adressée aux autorités américaines pour leur faire part de ses motifs de préoccupation à la suite de certaines de ces attaques. L’organisation a demandé que des enquêtes soient menées sur les violations possibles du droit humanitaire international et a appelé à un moratoire sur l’utilisation des armes à fragmentation. En novembre, elle a demandé aux États-Unis, au Front uni islamique pour le salut de l’Afghanistan (ou Front uni, communément appelé Alliance du Nord) et au Royaume-Uni d’effectuer une enquête sur la mort de centaines de prisonniers talibans et d’autres personnes dans le fort de Qala-e-Jhangi, après qu’un soulèvement de certains détenus talibans eut été écrasé sous les bombardements de l’aviation américaine et les tirs d’artillerie du Front uni.
Les membres d’Amnesty International ont mené campagne et ont alerté l’opinion publique sur les graves motifs de préoccupation soulevés dans le cadre de cette réaction à la crise. Il a fallu réagir très vite à la série d’agressions dont ont été victimes les musulmans, les Asiatiques, les Moyen-Orientaux et les membres d’autres communautés minoritaires dans de nombreux pays. L’organisation a également dû déterminer rapidement l’attitude à avoir face à l’adoption dans de nombreux pays à travers le monde de lois relatives à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme, ou au durcissement ,de dispositions existantes, qui allaient à l’encontre de la protection des droits humains. Des sections d’Amnesty International ont uni leurs efforts à ceux d’autres organisations non gouvernementales (ONG) pour appeler à la modération et demander à toutes les parties au conflit armé en Afghanistan et dans les pays voisins de respecter les droits humains.
L’organisation a fait part de ses préoccupations dans un rapport intitulé Les droits humains subissent dans le monde entier le contrecoup des attentats (ACT 30/027/01), que les membres ont utilisé pour faire pression sur leur gouvernement afin qu’il agisse avec fermeté contre les auteurs d’agressions racistes dans leur pays. Ce document a aussi permis aux membres d’Amnesty International d’exposer les préoccupations de l’organisation concernant le traitement des réfugiés et des demandeurs d’asile ainsi que les restrictions auxquelles ont été soumises les libertés publiques et les libertés fondamentales dans le monde entier. Plusieurs initiatives des autorités américaines ont été contestées : la mise en place de commissions militaires spéciales ; la détention de personnes, pour la plupart des ressortissants étrangers, sans que leurs droits fondamentaux soient garantis ; et le recours envisagé par les forces de sécurité aux « techniques de pression » afin d’obtenir que les détenus livrent des informations durant leur interrogatoire.
Cette réaction à la crise visait aussi à attirer l’attention sur des violations des droits humains consécutives aux attentats du 11 septembre dans des pays qui n’étaient pas directement impliqués dans le conflit ; des actions de campagne et des envois de lettres en nombre sur des cas signalés en Malaisie et au Népal ont ainsi été organisés.
À la suite du 11 septembre, un certain nombre de pays ont adopté des lois ou des modifications de la législation existante contenant des dispositions ayant des répercussions directes sur les droits humains. L’association d’Amnesty International pour l’Union européenne (UE) et les sections de pays membres de l’UE ont effectué un travail de pression auprès de hauts représentants. La section du Royaume-Uni et les sections canadienne et indienne ont mis sur pied un certain nombre d’initiatives. Au Royaume-Uni, les membres d’Amnesty International ont fait parvenir à leurs députés des cartes de vœux condamnant les mesures draconiennes introduites par la loi d’exception que le gouvernement avait fait adopter, dite Loi relative à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme et la criminalité. Sous le slogan Non à la détention sans jugement ! la section britannique, associée à d’autres ONG et à des organisations communautaires musulmanes du Royaume-Uni, a protesté contre les nouvelles mesures lors d’une manifestation silencieuse organisée devant le Parlement à l’occasion de la Journée des droits de l’homme, le 10 décembre 2001.
La section espagnole a mobilisé plus de 1 000 de ses membres qui ont travaillé activement sur la réaction à la crise. Certains ont participé à des manifestations organisées partout dans le pays. Grâce aux pressions exercées sur le gouvernement, celui-ci s’est engagé à débloquer des fonds pour le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). La section a également réuni 10 000 signatures pour des lettres adressées aux autorités américaines.
Le Secrétariat international (SI) a créé une page web intitulée Non à la vengeance, oui à la justice. Cet outil de campagne a permis de diffuser facilement et rapidement des informations au public et aux membres de l’organisation. Des actions ont été préparées sur Internet ; elles portaient sur l’Asie centrale et l’Afghanistan. Cette dernière, intitulée Human rights agenda for Afghanistan [Les priorités en matière de droits humains en Afghanistan], a été traduite en pachto et en dari, afin qu’elle puisse aussi être utilisée en Afghanistan, ainsi qu’en sindhi et en ourdou. Les sections belge et canadienne, entre autres, ont également eu recours à Internet dans leurs actions de campagne afin de toucher un vaste public.
Seules ou en collaboration avec d’autres ONG, de nombreuses sections ont préparé des manifestations sur le thème Non à la vengeance, oui à la justice. La section suisse a utilisé l’image d’un billet de tombola pour illustrer le message selon lequel les droits humains ne devraient pas être une loterie. Au Maroc, la section a profité de la tenue d’un camp annuel auquel participaient 25 organisations de jeunes pour attirer l’attention sur la réaction à la crise proposée par Amnesty International. Les sections belge et suédoise se sont particulièrement attachées aux préoccupations de l’organisation relatives aux droits des femmes en Afghanistan. Un certain nombre de sections ont en outre fait pression sur les autorités de leur pays afin qu’elles insistent auprès des gouvernements britannique, américain et russe pour qu’ils n’utilisent ou ne fournissent pas de bombes à fragmentation ou à d’autres armes qui portent atteinte aux droits fondamentaux de la personne humaine.
C’est dans un contexte difficile que les membres de la section pakistanaise ont entrepris des actions de campagne. Ils ont organisé une manifestation silencieuse en octobre et ont réussi à obtenir une couverture médiatique des informations diffusées par Amnesty International. Ils ont joué un rôle essentiel en traduisant des documents vers l’ourdou et le sindhi. La section a consacré une grande partie de son travail aux réfugiés, et a notamment préparé à la visite de la secrétaire générale d’Amnesty International au mois de décembre.
Pour la Journée des droits de l’homme, le 10 décembre, un grand nombre de sections ont organisé des veillées et des activités analogues. Certaines ont allumé 30 bougies, représentant chacune un article de la Déclaration universelle des droits de l’homme. La secrétaire générale d’Amnesty International, Irene Khan, a elle aussi utilisé ce symbole lors d’une manifestation tenue à l’occasion de sa visite dans un camp de réfugiés au Pakistan. La remise du prix Nobel de la paix au secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, à Oslo, en Norvège, a suscité l’attention des médias du monde entier et fourni à la section norvégienne une excellente occasion d’organiser des activités dans tout le pays. Celle-ci a également préparé une lettre et une pétition sur son site web, qui ont été remises à Kofi Annan le 9 décembre.
Sur le site web mondial d’Amnesty International, la pétition pour la Journée des droits de l’homme (intitulée Agissez maintenant pour les droits humains !) appelait tous les gouvernements à agir pour les droits humains, tant sur le plan national qu’international, et à veiller à ce que, à la suite des attentats du 11 septembre, la justice et les normes fondamentales relatives aux droits humains ne soient pas amoindris. Le texte a été signé par des milliers de personnes dans le monde entier. Certaines sections ont choisi d’autres symboles. Le message de la section néo-zélandaise, "Give human rights a hand" [Donnez un coup de main aux droits humains], a été utilisé pour rassembler des empreintes de main de personnes souhaitant exprimer leur engagement en faveur des droits fondamentaux. En Belgique, la pétition du 10 décembre destinée au secrétaire général des Nations unies a été envoyée par courrier électronique à 2 000 membres et a été signée par 1000 personnes en quatre jours. Des Bermudes à l’Uruguay, du Népal à la Pologne, les sections et les membres d’Amnesty International ont fait campagne sur le thème de la réaction à la crise de manière dynamique et variée.

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