Jamaïque

Jamaïque
CAPITALE : Kingston
SUPERFICIE : 10 991 km²
POPULATION : 2,7 millions
CHEF DE L’ÉTAT : Elizabeth II, représentée par Howard Felix Cooke
CHEF DU GOUVERNEMENT : Percival James Patterson
PEINE DE MORT : maintenue
COUR PÉNALE INTERNATIONALE : Statut de Rome signé
CONVENTION SUR LES FEMMES : ratifiée avec réserves
PROTOCOLE FACULTATIF À LA CONVENTION SUR LES FEMMES : non signé

De nouveaux cas de brutalités policières et de recours excessif à la force par l’armée et la police ont été signalés. Le nombre de policiers poursuivis pour meurtre a augmenté, mais aucune condamnation n’a été prononcée. Au moins 100 personnes ont été tuées par la police, souvent dans des circonstances donnant à penser qu’il s’agissait d’exécutions extrajudiciaires. Les conditions de détention s’apparentaient souvent à une forme de traitement cruel, inhumain ou dégradant. Deux personnes au moins ont été condamnées à mort ; il n’y a pas eu d’exécution.

Contexte
Malgré quelques signes d’amélioration, la situation économique était toujours désastreuse et une grande partie de la population vivait encore dans la pauvreté. Les choses se sont encore aggravées avec les dévastations causées par le passage du cyclone Ivan en septembre. La société jamaïcaine souffrait toujours d’un taux de criminalité violente très élevé ; au moins 1 445 personnes, dont 12 policiers, auraient été victimes de meurtre.

Homicides illégaux
Les autorités ont donné plusieurs chiffres concernant le nombre de personnes tuées par la police. Les groupes nationaux de défense des droits humains estiment que celui de 130 serait proche de la réalité. Un grand nombre de ces homicides pourraient être des exécutions illégales. Pour la cinquième année consécutive, aucun policier n’a été traduit en justice dans une affaire d’homicide illégal ; certains faisaient toutefois l’objet d’une enquête.
En mars, Phillip Baker, Craig Vacianna et Omar Graham, un chauffeur de taxi, ont été tués par la police à Burnt Savannah. Tous trois ont été abattus d’une balle dans la tête. Les policiers ont affirmé avoir riposté après que les trois hommes, qui descendaient d’un taxi, eurent ouvert le feu sur eux. Des habitants du quartier ont affirmé pour leur part que les policiers les avaient abattus, l’un après l’autre, après les avoir contraints à se mettre à genoux. Avant d’être tué, Omar Graham aurait supplié qu’on lui laisse la vie sauve.
En septembre, à August Town, Sandra Sewell et Gayon Alcott ont été abattus dans des circonstances controversées par des membres des Forces de défense de la Jamaïque. Selon des habitants du quartier, les soldats s’en sont pris à Gayon Alcott parce qu’il fumait de la marijuana, puis ont tiré sur lui. Ils ont de nouveau fait feu alors qu’il tentait de s’enfuir. Sandra Sewell aurait été abattue alors qu’elle cherchait à se protéger. Les soldats ont affirmé avoir riposté à des coups de feu. Selon leur version, un fusil automatique a été découvert sur le lieu des homicides.

Impunité
Les enquêtes menées sur les exécutions extrajudiciaires présumées demeuraient insatisfaisantes. Souvent, la police ne protégeait pas les lieux où avaient été commis les homicides, permettant ainsi que des éléments de preuve médicolégaux soient perdus, altérés ou détruits. Les dépositions des policiers impliqués dans des morts par balle étaient souvent recueillies longtemps après les faits. L’engagement pris par le gouvernement de renforcer l’efficacité des enquêtes menées sur les homicides perpétrés par la police n’a pas été traduit dans la réalité.
En mars, les poursuites engagées contre le policier accusé d’avoir tué, en 2000, Janice Allen, une adolescente de treize ans, ont été abandonnées. L’État n’avait présenté aucun élément contre l’accusé et le ministère public avait affirmé au tribunal qu’un policier dont le témoignage était capital ne se trouvait pas dans le pays. Il est apparu par la suite que cette information était fausse et que l’homme en question aurait pu témoigner. La famille de Janice Allen a été déboutée de son appel contre cette décision.
Au mois de décembre, deux policiers ont été acquittés du meurtre de Romaine Edwards. Ce garçon de sept ans est mort après que des policiers eurent ouvert le feu dans la cour où il se trouvait. Les policiers ont affirmé avoir tiré sur un criminel recherché. Selon les parents de Romaine Edwards, cependant, aucun homme armé n’était présent lorsque leur fils a été abattu.
En avril, le Premier ministre a annoncé que le Service des plaintes contre la police allait changer de locaux et renforcer son personnel. Ce service a déménagé, mais aucune augmentation sensible de ses effectifs n’a été signalée.
Le nombre de policiers poursuivis pour des homicides illégaux perpétrés dans l’exercice de leurs fonctions était en hausse. Parmi eux figuraient notamment six fonctionnaires inculpés en avril du meurtre de quatre personnes, tuées à Crawle en mai 2003, et trois autres inculpés en mai du meurtre de Jason Smith, commis en 2002. En janvier 2005 devait s’ouvrir le procès des six policiers mis en cause dans l’homicide des sept jeunes gens tués à Braeton en mars 2001.

Peine de mort
En juillet, le Judicial Committee of the Privy Council (JCPC, Comité judiciaire du Conseil privé), qui est la plus haute instance d’appel pour la Jamaïque et siège au Royaume-Uni, a statué que l’application obligatoire de la peine de mort pour certains meurtres était contraire à la Constitution. La décision prévoit que toutes les personnes se trouvant sous le coup d’une condamnation à mort bénéficient d’une nouvelle audience sur la peine afin de pouvoir présenter des éléments susceptibles d’être retenus comme circonstances atténuantes.

Torture et mauvais traitements
De nouveaux cas de mauvais traitements en garde à vue, pouvant s’apparenter à une forme de torture, ont été signalés. Les conditions dans les prisons et les autres lieux de détention étaient très éprouvantes et constituaient souvent, de fait, un traitement cruel, inhumain ou dégradant.
Les prisonniers du centre pénitentiaire de Tower Street ont mené une grève de la faim pour protester contre les conditions de détention. Selon certaines informations, ils étaient détenus à six par cellule de six mètres carrés.
Une baisse de la violence entre détenus a été signalée. Toutefois, de nombreux prisonniers ont été tués au cours de l’année.
Mark Frazier aurait été tué, en septembre, par des personnes avec qui il était détenu au poste de police de Freeport, à Montego Bay. Toutefois, des habitants du quartier ont affirmé qu’il avait été roué de coups par la police lors de son interpellation.

Violences contre les femmes
Selon les chiffres officiels, au moins 550 cas de viols commis sur des femmes ont été signalés aux autorités entre janvier et juillet. Un grand nombre de victimes ont refusé de dénoncer leur agression. En novembre, un ministre du gouvernement a indiqué que 20 p. cent des jeunes filles âgées de quinze à dix-neuf ans subissaient des relations sexuelles contre leur gré.

Défenseurs des droits humains
Les défenseurs des droits humains étaient toujours en butte à l’hostilité. En novembre, la Fédération de la police jamaïcaine a demandé que les groupes de défense des droits humains cessent leur « ingérence illégale », et elle a exhorté les autorités à les inculper de sédition.

Gays et lesbiennes
Au mois de novembre, l’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch a rendu public un rapport sur les atteintes aux droits fondamentaux des gays et des lesbiennes. Des membres de la communauté homosexuelle ont signalé une augmentation des agressions et des menaces visant les gays et les lesbiennes à la suite de la publication du document intitulé Hated to Death : Homophobia, Violence and Jamaica’s HIV/AIDS Epidemic.

Visites d’Amnesty International
En octobre, Amnesty International a envoyé un médecin légiste assister à l’autopsie de Sandra Sewell et de Gayon Alcott. Une délégation de l’organisation s’est rendue à la Jamaïque en novembre pour s’entretenir avec des organisations locales de défense des droits humains.

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