ÉRYTHRÉE

État d’Érythrée

Chef de l’État et du gouvernement : Issayas Afeworki

Les partis d’opposition étaient interdits, tout comme les médias indépendants, les organisations de la société civile et les groupes religieux non enregistrés.
La liberté d’expression et d’association était très limitée. Le service militaire était obligatoire et se prolongeait souvent pour une durée indéterminée. Plusieurs milliers de prisonniers d’opinion et de prisonniers politiques étaient maintenus en détention arbitraire, dans des conditions éprouvantes. La torture et les autres formes de traitement cruel, inhumain ou dégradant étaient fréquentes. Cette année encore, de nombreux Érythréens ont fui leur pays.

CONTEXTE

Le 21 janvier 2013, quelque 200 soldats ont pris le contrôle du ministère de l’Information dans la capitale, Asmara, lors d’une tentative manifeste de coup d’État. Le directeur de la télévision d’État a été contraint de lire en direct un communiqué énumérant les revendications des soldats, dont la libération de tous les prisonniers politiques, l’application de la Constitution de 1997 et la mise en place d’un gouvernement de transition. Le programme a été interrompu en cours de retransmission.
En juillet 2013, le Groupe de contrôle pour la Somalie et l’Érythrée [ONU] a « vu apparaître des fissures dans l’appareil politique et militaire » en Érythrée. En octobre 2014, il a par ailleurs fait état du recours persistant à des mesures coercitives pour collecter la « taxe de la diaspora » (un impôt de 2 % sur le revenu appliqué aux Érythréens vivant à l’étranger) dans un certain nombre de pays.
Après que des centaines d’Érythréens qui tentaient d’atteindre l’île italienne de Lampedusa en octobre 2013 se furent noyés, quatre évêques catholiques érythréens ont publié une lettre en mai 2014. Fait rare, ils ont exprimé publiquement une position critique, mettant en cause une situation qui conduit tant de personnes à quitter le pays encore aujourd’hui.

PRISONNIERS D’OPINION

Plusieurs milliers de personnes ont été arrêtées arbitrairement et détenues au secret sans inculpation ni jugement pour différents motifs. Selon les cas, elles avaient critiqué la politique ou la pratique du gouvernement, exerçaient le métier de journaliste, étaient soupçonnées d’être des opposants au gouvernement, pratiquaient une religion non reconnue par l’État, s’étaient soustraites à la conscription obligatoire ou avaient déserté, ou encore avaient tenté de fuir le pays (ou des membres de leur famille avaient eux-mêmes pris la fuite). Le plus souvent, leurs proches ignoraient leur sort. Certains prisonniers d’opinion étaient incarcérés sans inculpation ni jugement depuis 20 ans.
Le gouvernement a persisté à refuser de confirmer les informations selon lesquelles neuf des 11 détenus du « Groupe des 15 » – un groupe de personnalités politiques détenues depuis 2001 – seraient morts en détention de diverses maladies, tout comme une partie des journalistes arrêtés en même temps qu’eux. Selon des informations non confirmées, huit personnes détenues depuis 2005 ou 2006, dont des fonctionnaires du gouvernement et des médecins, auraient été libérées en avril 2014.

LIBERTÉ DE RELIGION

Seules quatre confessions étaient autorisées : l’Église orthodoxe érythréenne, l’Église catholique, l’Église luthérienne et l’islam.
Des membres de groupes interdits, dont l’Église pentecôtiste et l’Église évangélique, continuaient d’être victimes de détention arbitraire, de torture et d’autres mauvais traitements parce qu’ils pratiquaient leur religion.

CONSCRIPTION MILITAIRE

Le service national restait obligatoire pour tous les hommes et toutes les femmes de 18 à 50 ans, sans possibilité d’objection de conscience. Tous les élèves devaient passer leur dernière année scolaire dans le camp militaire de Sawa, ce qui revenait dans les faits à enrôler des enfants dans l’armée. Dans bien des cas, le service initial d’une durée de 18 mois était prolongé indéfiniment ; la solde était minimale et le type de travail imposé – le système s’apparentant ainsi à du travail forcé. Les déserteurs s’exposaient à de lourdes sanctions, telles que la détention arbitraire, la torture ou d’autres mauvais traitements. À Sawa, les enfants vivaient dans des conditions difficiles et étaient sévèrement punis s’ils enfreignaient le règlement.

TORTURE ET AUTRES MAUVAIS TRAITEMENTS

Selon les informations reçues, la torture et les autres mauvais traitements étaient souvent utilisés à titre de sanction, lors des interrogatoires et comme moyen de contrainte. Les méthodes courantes consistaient notamment à attacher le détenu dans une position douloureuse pendant de longues périodes ou à le placer en détention prolongée à l’isolement.
Les conditions de détention, déplorables, s’apparentaient à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Un grand nombre de détenus étaient entassés dans des cellules souterraines ou des conteneurs métalliques, souvent installés en plein désert, où régnaient des températures extrêmes. La nourriture, l’eau et les installations sanitaires étaient insuffisantes.

RÉFUGIÉS ET DEMANDEURS D’ASILE

En janvier 2014, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) recensait 338 129 Érythréens relevant de sa compétence, parmi lesquels 308 022 réfugiés et 30 038 demandeurs d’asile. Chaque mois, quelque 3 000 personnes fuyaient le pays.
Les réseaux de traite des êtres humains continuaient de s’en prendre aux Érythréens quittant le pays, notamment au Soudan et en Égypte. Les victimes étaient gardées en otage, parfois pendant une année ou plus, et livrées à la violence de groupes criminels qui tentaient d’obtenir une rançon de leur famille. Le Groupe de contrôle de l’ONU a indiqué avoir identifié un compte bancaire suisse utilisé pour ces versements.
À Djibouti, 266 réfugiés et demandeurs d’asile érythréens qui étaient détenus ont été libérés en avril 2014 et transférés dans un camp de réfugiés du sud du pays.

SURVEILLANCE INTERNATIONALE

L’Érythrée a fait l’objet d’une surveillance internationale accrue. Nommée en octobre 2012 au nouveau poste de rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l’homme en Érythrée, Sheila Keetharuth a exprimé un large éventail de préoccupations et de recommandations dans des rapports présentés au Conseil des droits de l’homme de l’ONU en juin 2013 et juin 2014, ainsi qu’à l’Assemblée générale de l’ONU en octobre 2013 et octobre 2014. Depuis sa nomination en 2012, toutes ses demandes d’accès au pays ont été rejetées.
En juin 2014, une commission d’enquête de l’ONU composée de trois membres a été créée pour un an afin d’enquêter sur toutes les violations présumées des droits humains en Érythrée évoquées dans les rapports de la rapporteuse spéciale.

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