Chine - Rapport annuel 2021

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République populaire de Chine
Chef de l’État : Xi Jinping
Chef du gouvernement : Li Keqiang

La situation des droits humains a continué de se dégrader en Chine. Des avocat·e·s et des militant·e·s défendant les droits humains ont signalé avoir subi des actes de harcèlement, des manœuvres d’intimidation, des procès iniques, des placements arbitraires en détention au secret pendant de longues durées, des actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements pour avoir simplement exercé leur droit à la liberté d’expression et d’autres droits fondamentaux. Le gouvernement a poursuivi sa campagne d’endoctrinement politique, de détention arbitraire massive, de torture et d’assimilation culturelle forcée à l’encontre des personnes de confession musulmane vivant au Xinjiang. Des milliers d’enfants ouïghours ont été séparés de leurs parents. À Hong Kong, la Loi sur la sécurité nationale a permis des violations des droits humains sans précédent depuis que ce territoire est devenu Région administrative spéciale. Des progrès limités ont été observés dans la reconnaissance des droits des personnes LGBTI à Hong Kong.

Contexte

Le 10 juin, le Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale a adopté une loi pour contrer les sanctions étrangères, sur fond de pression internationale croissante contre les graves violations des droits humains commises dans le pays.
Après une nouvelle baisse de la natalité, le gouvernement a appelé à réduire les avortements n’étant pas « médicalement nécessaires » et a promulgué une loi autorisant les couples mariés à avoir jusqu’à trois enfants.

Défenseur·e·s des droits humains

La répression très dure à l’encontre des défenseur·e·s des droits humains s’est poursuivie. Les autorités ont arrêté et détenu de manière prolongée de nombreux défenseur·e·s et militant·e·s des droits humains au titre d’infractions injustifiables, définies en des termes vagues et généraux. Sans possibilité de contacter leurs proches et les avocat·e·s de leur choix, et en l’absence de mécanismes efficaces pour garantir l’équité des procès, nombre d’entre eux auraient été soumis à des actes de torture et à d’autres mauvais traitements pendant leur détention.

Les autorités continuaient souvent de surveiller, de harceler et d’intimider les personnes après leur libération et de restreindre leur liberté de mouvement.

Six ans après la « répression du 9 juillet », opération sans précédent dirigée contre les avocat·e·s et les militant·e·s des droits humains, au cours de laquelle une série d’arrestations coordonnées a eu lieu en Chine, de nombreux avocats et avocates restaient emprisonnés ou placés sous étroite surveillance.

Détenu depuis janvier 2018 et condamné à quatre ans de prison en juin 2020, l’avocat spécialisé dans la défense des droits humains Yu Wensheng a enfin été autorisé à recevoir la visite de son épouse et de son fils à la prison de Nanjing (Nankin) le 9 mai. Selon sa femme, il semblait dénutri et dans un état de santé dégradé.

Le professeur de droit Xu Zhiyong et l’ancien avocat spécialiste des droits humains Ding Jiaxi ont été autorisés à s’entretenir avec leurs avocats en janvier, après une longue période de détention au secret. Tous deux ont révélé avoir été torturés : ils ont été attachés, les membres contorsionnés, à une chaise en métal appelée « chaise du tigre » plus de 10 heures par jour pendant de nombreux jours. Ils ont été inculpés de « subversion de l’État » en octobre.

La compagne de Xu Zhiyong, Li Qiaochu, défenseure des droits humains, a de nouveau été arrêtée le 6 février. Elle a été inculpée d’« incitation à la subversion de l’État » le 15 mars pour avoir demandé que Xu Zhiyong soit mieux traité et remis en liberté. Sa santé mentale s’est dégradée en détention.

Officiellement arrêtée en 2017, Li Yuhan, avocate spécialiste des droits humains qui avait défendu certains de ses confrères et consœurs, a été jugée le 20 octobre pour « fraude » et pour avoir « cherché à provoquer des conflits et troublé l’ordre public ».

On était toujours sans nouvelles de l’ancien avocat spécialiste des droits humains et prisonnier d’opinion Gao Zhisheng, qui avait été une voix essentielle pour la défense des plus vulnérables pendant de nombreuses années. Depuis août 2017, ses proches ne savaient pas exactement où il se trouvait ni quel était son état de santé.
Le défenseur des droits humains Yang Maodong (plus connu sous son nom de plume, Guo Feixiong) a « disparu » le 29 janvier au matin. La veille, il avait entamé une grève de la faim à l’aéroport international de Shanghai-Pudong pour protester contre la décision des autorités de l’empêcher de quitter le pays pour rendre visite à sa femme, très gravement malade, aux États-Unis.

L’avocat spécialiste des droits humains Chang Weiping a été officiellement inculpé de « subversion de l’État » le 16 avril, six mois après avoir été arrêté par la police pour avoir raconté publiquement les actes de torture qu’il avait subis lors d’une précédente incarcération en janvier 2020. À la fin de l’année, il était détenu au secret au centre de détention du canton de Feng.

Yang Hengjun, écrivain critique à l’égard du gouvernement chinois, a été jugé à huis clos en mai. Le verdict n’avait pas encore été rendu à la fin de l’année. Détenu depuis plus de 36 mois, il a subi des centaines d’heures d’interrogatoire et de mauvais traitements et continuait de nier toutes les allégations l’accusant d’espionnage.

En août, Cheng Yuan, Liu Yongze et Wu Gejianxiong, respectivement fondateur et employés de l’ONG Changsha Funeng, ont été condamnés à des peines de deux à cinq ans d’emprisonnement à l’issue d’un procès secret pour avoir défendu les droits de groupes marginalisés et de personnes vulnérables.

Le 5 novembre, les familles du défenseur des droits du travail Wang Jianbing et de la militante chinoise de #MeToo Sophia Huang Xueqin ont été informées par le bureau de la Sécurité publique de Guangzhou (Canton) que l’un comme l’autre avaient été arrêtés et placés en détention pour « incitation à la subversion de l’État ».

Régions autonomes

Le gouvernement a pris des mesures extrêmes pour empêcher les communications libres, les enquêtes indépendantes et les informations précises provenant de la région autonome ouïghoure du Xinjiang et de la région autonome du Tibet. Hormis quelques voyages organisés par les autorités, l’accès aux régions peuplées par des minorités ethniques et la circulation entre celles-ci et le reste du pays restaient extrêmement restreints, en particulier pour les journalistes et les organisations de défense des droits humains. La haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a continué de demander à se rendre dans ces régions, sans avancée tangible.

Xinjiang

Le gouvernement a continué de mettre en œuvre des politiques lourdes de conséquences qui limitaient fortement les libertés des musulman·e·s au Xinjiang. Ces politiques bafouaient de nombreux droits humains, notamment les droits à la liberté et à la sécurité de la personne, le droit au respect de la vie privée, le droit de circuler librement, les droits à la liberté d’opinion, d’expression, de pensée, de conscience, de religion et de conviction, le droit de participer à la vie culturelle, le droit à l’égalité et celui de ne pas subir de discrimination. Ces violations ont été commises de manière généralisée et systématique, à tel point qu’elles sont devenues un aspect inévitable de la vie quotidienne de millions de Ouïghour·e·s, de Kazakh·e·s et d’autres personnes issues de populations majoritairement musulmanes au Xinjiang.

À partir de 2017, sous prétexte de lutter contre le « terrorisme », l’État a commis des violations systématiques et de grande ampleur à l’encontre des personnes musulmanes vivant au Xinjiang. Loin d’être une réponse légitime à la supposée menace terroriste, cette campagne a montré une intention claire de s’en prendre collectivement à certaines composantes de la population du Xinjiang en raison de leur religion et de leur appartenance ethnique et d’utiliser la violence, l’intimidation et la détention arbitraire massive pour éradiquer les croyances religieuses islamiques et les pratiques ethnoculturelles des musulman·e·s turcophones. Plusieurs centaines de milliers d’hommes et de femmes issus de groupes ethniques majoritairement musulmans ont été emprisonnés. Des centaines de milliers d’autres, plus d’un million selon certaines estimations, ont été envoyés dans des camps d’internement qualifiés par les autorités de centres de « formation » ou d’« éducation », où les personnes détenues étaient soumises en permanence à un endoctrinement forcé ainsi qu’à des tortures et d’autres mauvais traitements physiques et psychologiques. Parmi les méthodes de torture employées lors d’interrogatoires et en guise de punition figuraient les coups, les décharges électriques, le maintien dans des positions inconfortables, l’utilisation illégale de dispositifs de contrainte, tels que la « chaise du tigre », la privation de sommeil, la suspension à un mur, l’exposition à des températures glaciales et le placement à l’isolement.

Le gouvernement a annoncé en décembre 2019 que les camps d’internement avaient été fermés et que toutes les personnes qui y séjournaient avaient « réintégré la société », mais des éléments crédibles continuaient de laisser penser que beaucoup de personnes internées au Xinjiang avaient été transférées et demeuraient détenues. Un grand nombre de familles déclaraient encore être sans nouvelles de leurs proches, probablement détenus6.
Entre octobre 2019 et mai 2021, Amnesty International a rassemblé des éléments probants permettant de conclure que l’État chinois avait perpétré au moins les crimes contre l’humanité suivants : emprisonnement ou toute autre privation grave de liberté physique, torture et persécution.

Les autorités empêchaient des millions d’habitant·e·s du Xinjiang de communiquer librement. Les personnes vivant à l’étranger étaient souvent dans l’incapacité d’obtenir des nouvelles des membres de leur famille vivant au Xinjiang. La campagne de détention massive, associée à la répression systématique, empêchait les parents ouïghours étudiant ou travaillant dans un autre pays de retourner en Chine pour s’occuper de leurs enfants. Il restait par ailleurs presque impossible pour ces enfants de quitter la Chine pour aller retrouver leurs parents à l’étranger. Certains parents ont indiqué que leurs enfants avaient été emmenés dans des « camps pour orphelins », où on leur interdisait de parler leur langue maternelle et de communiquer avec leur famille.

En février, d’anciennes détenues ont raconté avoir été victimes ou témoins de violences sexuelles, y compris de viols, dans des « centres de rééducation » au Xinjiang. Les autorités chinoises n’ont pas communiqué d’informations faisant état d’une quelconque enquête sur ces allégations. Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a au contraire accusé ces femmes de mentir, d’être de « moralité douteuse », d’avoir une « vie privée chaotique », d’être « paresseuses », d’avoir commis l’adultère et d’être porteuses de maladies sexuellement transmissibles. Les autorités ont également divulgué leurs données médicales personnelles lors d’une conférence de presse.

L’entrepreneur ouïghour Ekpar Asat a été déclaré coupable d’« incitation à la haine et à la discrimination ethniques » et condamné à 15 ans d’emprisonnement, sans que l’on ait eu connaissance d’un quelconque procès. Selon des informations communiquées à sa famille, il était détenu à l’isolement depuis janvier 2019 dans des conditions qui ont entraîné une dégradation de son état de santé.

On était toujours sans nouvelles de Weilina Muhatai, une femme de l’ethnie kazakhe vivant au Xinjiang, et de deux de ses fils, Muheyati Haliyoula et Parisati Haliyoula, depuis le mois d’août 2020. Ils ont probablement été placés en détention pour s’être mobilisés en faveur de leur mari et père emprisonné, Haliyoula Tuerxun. À la suite de leur « disparition », d’autres membres de leur famille ont été informés que Haliyoula Tuerxun était mort en détention en décembre 2020.

Après un séjour à l’hôpital, Mahira Yakub, une femme ouïghoure, a été renvoyée à la fin du mois de novembre 2020 au centre de détention de Yining, au Xinjiang, où elle demeurait incarcérée sans pouvoir contacter ses proches ni un·e avocat·e de son choix. Elle avait « disparu » en avril 2019 et été inculpée de « soutien matériel à des activités terroristes » en janvier 2020 pour avoir envoyé de l’argent à ses parents en Australie afin qu’ils puissent acheter une maison.

Les autorités chinoises ont continué de faire pression sur d’autres gouvernements pour qu’ils renvoient en Chine des Ouïghour·e·s installés à l’étranger. Idris Hasan a ainsi été arrêté à l’aéroport de Casablanca le 19 juillet, après être arrivé au Maroc à bord d’un vol en provenance de Turquie. Détenu depuis plus de cinq mois, il risquait toujours d’être extradé vers la Chine, où la probabilité qu’il soit soumis à une détention arbitraire prolongée ainsi qu’à des actes de torture et d’autres mauvais traitements était forte.

Tibet

Le moine tibétain Rinchen Tsultrim a été condamné à quatre ans et six mois d’emprisonnement à l’issue d’un procès secret pour « incitation à la sécession » après avoir exprimé des opinions politiques sur son compte d’un réseau social. Il était détenu au secret depuis le 1er août 2019 et ce n’est qu’en août 2021, via une réponse des autorités chinoises à des expert·e·s des droits humains de l’ONU, que sa famille a appris qu’il avait été jugé, quelle était la nature des faits qui lui étaient reprochés et où il se trouvait.

Liberté d’expression

La liberté d’expression sur Internet était toujours étroitement encadrée et soumise à des restrictions. Le 8 février, les autorités chinoises ont bloqué Clubhouse, une application audio utilisée par des milliers de personnes en Chine et ailleurs pour aborder différents sujets, dont la situation au Xinjiang et à Hong Kong. La Loi relative à la protection des informations personnelles, entrée en vigueur le 1er novembre, réglementait encore davantage le cyberespace et facilitait la localisation des données. Le réseau social LinkedIn, appartenant à Microsoft, a fermé sa version chinoise, invoquant « l’environnement opérationnel nettement plus complexe et les exigences réglementaires accrues en Chine ».

Des défenseur·e·s des droits humains, des militant·e·s et des journalistes citoyens ont risqué leur vie pour rendre compte de l’épidémie de COVID-19. Ils constituaient une source essentielle d’information de première main non censurée. Les autorités les ont soumis à des manœuvres de harcèlement et de représailles, notamment à la détention. L’ancienne avocate Zhang Zhan, condamnée à quatre ans de prison en décembre 2020 pour avoir diffusé des informations sur l’épidémie de COVID-19 dans la ville de Wuhan au début de la même année, a entamé une grève de la faim partielle pour protester contre son incarcération. Son état de santé s’est dégradé et sa vie était en danger. Le journaliste citoyen Chen Qiushi a été libéré plus de 600 jours après son arrestation, en février 2020. Le sort de Fang Bin, autre journaliste citoyen ayant « disparu » en février 2020 après avoir parlé de l’épidémie de COVID-19, restait indéterminé.

Peine de mort

La Chine a cette année encore procédé à plus d’exécutions que tous les autres pays du monde. Les statistiques sur les exécutions et les condamnations à mort restaient toutefois classées secret d’État, ce qui empêchait toute surveillance indépendante dans ce domaine.

Le 10 août, Robert Schellenberg, un ressortissant canadien déclaré coupable de trafic de stupéfiants, a été rejugé en une journée et a vu sa peine d’emprisonnement transformée en condamnation à mort. Son nouveau procès a coïncidé avec un différend diplomatique entre le Canada et la Chine.

Comme les années précédentes, les informations recueillies par Amnesty International ont montré que la peine capitale avait été la plupart du temps utilisée dans des affaires de meurtre et d’infractions liées aux stupéfiants. Néanmoins, 46 infractions au total restaient passibles de ce châtiment, dont beaucoup d’actes non violents ne répondant pas aux critères des « crimes les plus graves » au regard du droit international et des normes en la matière. Deux anciens fonctionnaires ouïghours ont été condamnés à mort au Xinjiang, où l’on savait que la peine capitale avait été utilisée en secret les années précédentes, à l’issue de procédures d’une iniquité flagrante.

Droits des lesbiennes, des gays et des personnes bisexuelles, transgenres ou intersexes

L’Administration d’État de la radio, du film et de la télévision, principal organe de régulation de l’audiovisuel en Chine, a ordonné aux chaînes de télévision d’interdire tous les hommes « efféminés » à l’antenne, dans la continuité d’une campagne nationale visant à « nettoyer » Internet de toute représentation LGBTI. Les nouvelles règles imposaient notamment de supprimer les contenus jugés « préjudiciables » pour les jeunes et encourageant la « culture fan extrême ». En juillet, plusieurs dizaines de comptes d’organisations LGBTI sur les réseaux sociaux ont été fermés par les autorités. Dans un communiqué publié par l’Administration d’État de la radio, du film et de la télévision en septembre, les rôles de genre non traditionnels et les personnes LGBTI ont été décrits comme « anormaux » et « vulgaires ».

Région administrative spéciale de Hong Kong

Au cours de l’année, les autorités ont rapidement étendu le cadre juridique relatif à la sécurité nationale à Hong Kong, en poussant encore plus loin l’application de la définition excessivement large de la « menace à la sécurité nationale » afin de restreindre les droits humains de façon disproportionnée. En mars, l’assemblée législative de la Chine continentale a pris la décision de réduire le nombre de sièges élus au suffrage direct lors des élections au Conseil législatif (Legco) de Hong Kong et d’autoriser la police de la sécurité nationale à soumettre tous les candidat·e·s à une enquête avant qu’ils se présentent aux élections. En octobre, le Legco a adopté une loi permettant aux autorités de censurer les films considérés comme « susceptibles de nuire à la sécurité nationale ».

Loi sur la sécurité nationale

La Loi sur la sécurité nationale, entrée en vigueur en 2020, a permis des violations des droits humains sans précédent depuis l’établissement de la Région administrative spéciale de Hong Kong en 1997. Après la promulgation de cette loi, la situation s’est dégradée rapidement en ce qui concerne les droits à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association, ainsi que d’autres droits fondamentaux9. Au moins 61 organisations de la société civile se sont dissoutes face à la menace représentée par ce texte, dont le plus grand syndicat professionnel de Hong Kong et les entités organisatrices des principales manifestations pacifiques. L’opposition politique à Hong Kong a été de fait anéantie avec l’arrestation, le 6 janvier, de 55 personnes, principalement des député·e·s et des militant·e·s prodémocratie, au titre de la Loi sur la sécurité nationale.

Il est apparu clairement que les garanties en matière de droits humains prévues dans cette loi étaient concrètement inutiles. L’expression politique non violente a été limitée de façon disproportionnée, voire érigée en infraction, en vertu de ses dispositions. Le parquet a utilisé des faits antérieurs à l’entrée en vigueur de la loi pour justifier des poursuites à ce titre, en violation du principe juridique de non-rétroactivité. En vertu de l’article 42 de la Loi sur la sécurité nationale, les personnes soupçonnées d’avoir enfreint ce texte ne pouvaient pas être libérées sous caution, « à moins que le juge ne dispose d’éléments suffisants laissant penser qu’elles ne continueraient pas à commettre des actes portant atteinte à la sécurité nationale ». Cette inversion de la présomption en matière de libération sous caution était contraire aux principes fondamentaux des droits à un procès équitable, à la liberté et à la sécurité de la personne.

Entre le 1er juillet 2020 et la fin de l’année 2021, la police a arrêté ou ordonné l’arrestation d’au moins 161 personnes au titre de la Loi sur la sécurité nationale. Au moins 82 personnes ont été officiellement inculpées, dont 60 se trouvaient en détention provisoire à la fin de l’année.

Liberté de réunion et d’association

Les autorités ont également utilisé d’autres lois répressives, telles que l’Ordonnance relative à l’ordre public, pour poursuivre et emprisonner des militant·e·s ayant participé à des rassemblements pacifiques et exercé leur droit à la liberté d’expression. La police a continué de se servir de la pandémie de COVID-19 comme prétexte pour interdire arbitrairement des rassemblements pacifiques.

Au cours de l’année, 24 personnes ont été condamnées à des peines de quatre à 16 mois de prison pour « rassemblement non autorisé » en raison de leur participation à la manifestation silencieuse organisée chaque année à Hong Kong en souvenir des victimes de la répression du 4 juin 1989 sur la place Tiananmen. Chow Hang-tung, avocate et militante spécialisée dans la défense des droits humains, a été inculpée d’« incitation à participer sciemment à un rassemblement interdit » après avoir publié sur les réseaux sociaux un message appelant à commémorer cette date de manière privée. Alors que la police avait autorisé la tenue d’autres événements en plein air de grande ampleur, elle a interdit la veillée à la bougie du 4 juin pour la deuxième année consécutive.
La police de la sécurité nationale a utilisé les vastes pouvoirs qui lui étaient conférés par la Loi sur la sécurité nationale pour ouvrir des enquêtes contre des militant·e·s et des organisations de la société civile. À partir du mois d’août, elle a écrit à ces dernières pour leur demander des informations, notamment les coordonnées de leurs membres, de leur personnel et des organisations partenaires, ainsi que des renseignements sur leurs finances et leurs activités. Des membres de l’Alliance hongkongaise de soutien aux mouvements patriotiques et démocratiques en Chine (HK Alliance) et du Front civil des droits de l’homme (CHRF) ont été poursuivis au titre de la Loi sur la sécurité nationale après avoir refusé d’accéder à ces demandes.

Les autorités ont pris pour cible les organisations de la société civile bénéficiant d’un large soutien et ayant la capacité de mobiliser. Le Syndicat professionnel des enseignant·e·s de Hong Kong, principal syndicat de l’enseignement, et la Confédération des syndicats de Hong Kong, plus grande organisation prodémocratie défendant les droits du travail, ont cessé leurs activités en août et en septembre respectivement en raison de la « pression énorme » exercée par les autorités. La police a accusé ces deux organisations d’être des « agents de l’étranger » et de s’être rendues coupables de « collusion avec des forces étrangères ». Elle a utilisé la veillée aux bougies annuelle du 4 juin comme preuve de la « menace à la sécurité nationale » posée par la HK Alliance. Le 6 septembre, la HK Alliance et quatre membres de son comité ayant démissionné peu de temps auparavant ont été inculpés d’incitation à la subversion. La police a en outre gelé les actifs de l’organisation. En octobre, la cheffe de l’exécutif de Hong Kong a ordonné qu’elle soit radiée du registre des sociétés, au motif que son objectif de mettre fin au régime de parti unique en Chine menaçait la sécurité nationale.

Le 25 octobre, Amnesty International a annoncé la fermeture de ses deux bureaux à Hong Kong en raison des risques et des restrictions découlant de la Loi sur la sécurité nationale10.

Liberté d’expression

Les autorités de Hong Kong ont encore renforcé le contrôle de la liberté d’expression dans les médias, sur Internet et dans les établissements scolaires et les universités. À partir du mois de janvier, les autorités ont ordonné aux fournisseurs d’accès à Internet de couper l’accès aux sites accusés de « menacer la sécurité nationale ». En juillet, la police a arrêté cinq orthophonistes qu’elle accusait d’avoir comploté pour diffuser des contenus séditieux, parce qu’ils avaient publié des livres pour enfants décrivant la répression menée par l’État depuis 2019. Le gouvernement a ensuite radié le syndicat des orthophonistes du registre officiel. En août, quatre étudiants ont été inculpés d’« apologie du terrorisme » après avoir adopté, lors d’une réunion du conseil syndical étudiant de l’université, une motion à la mémoire d’un homme qui avait poignardé un policier avant de se suicider.

Des personnes ont cette année encore été arrêtées, inculpées et emprisonnées uniquement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression et d’association. Le 6 janvier, la police a arrêté 55 opposant·e·s politiques au titre de la Loi sur la sécurité parce qu’ils avaient préparé et participé à des « primaires » organisées par l’opposition en 2020 en prévision des élections au Conseil législatif, élections qui ont ensuite été reportées. Quarante-sept d’entre eux ont été inculpés de « complot en vue de commettre un acte de subversion ». En vertu de la Loi sur la sécurité nationale, la Haute Cour et le tribunal de district ont infligé de lourdes peines à des personnes qui n’avaient fait qu’exercer pacifiquement leur droit à la liberté d’expression. Le militant Ma Chun-man a été déclaré coupable d’« incitation à la subversion » et condamné à cinq ans et neuf mois d’emprisonnement pour avoir scandé des slogans, publié des messages sur les réseaux sociaux et donné des interviews. Tony Chung, militant étudiant, a été condamné à trois ans et sept mois d’emprisonnement pour sédition et blanchiment d’argent, sur la base d’accusations forgées de toutes pièces.

Restrictions imposées aux médias

L’Apple Daily, seul quotidien prodémocratie de Hong Kong, a été contraint de cesser ses activités le 24 juin, lorsque la police a arrêté son fondateur, Jimmy Lai, cinq cadres et deux membres de la rédaction au titre de la Loi sur la sécurité nationale. Le journal a été accusé de « collusion avec des forces étrangères » pour avoir publié des articles évoquant les sanctions imposées par des gouvernements étrangers à des responsables des autorités chinoises et hongkongaises. Les autorités ont par la suite gelé 18 millions de dollars hongkongais (près de 2,32 millions de dollars des États-Unis) d’actifs appartenant à des entreprises liées à l’Apple Daily. Le 29 décembre, des cadres et des membres du conseil d’administration de Stand News ont été arrêtés pour « publications séditieuses », une disposition archaïque datant de la période coloniale et n’ayant pas été modifiée depuis les années 1970. La police de la sécurité nationale a effectué une descente dans les locaux de ce site d’actualités et les autorités ont confirmé avoir gelé des actifs d’une valeur de plus de 61 millions de dollars hongkongais (environ 7,8 millions de dollars des États-Unis). Stand News a cessé ses activités le jour même.

Le gouvernement a procédé à une importante restructuration de la chaîne publique Radio Television Hong Kong (RTHK), supprimant toutes les vidéos de ses archives en ligne, licenciant les présentateurs et présentatrices jugés critiques à l’égard des autorités et déprogrammant les émissions qui ne suivaient pas la ligne politique officielle.
Droits des lesbiennes, des gays et des personnes bisexuelles, transgenres ou intersexes
Le gouvernement n’accordait pas les mêmes droits aux couples de même sexe qu’aux autres couples à Hong Kong et continuait de ne reconnaître que partiellement les droits liés à l’union entre personnes de même sexe. En mars, un veuf gay a déposé un recours en justice contre les autorités car il n’avait pas été reconnu comme parent le plus proche de son défunt mari, ce qui l’avait empêché d’identifier le corps de celui-ci et d’organiser ses funérailles. Il a finalement retiré sa plainte après une mise au point des pouvoirs publics précisant que les règles en la matière ne faisaient pas de distinction entre les couples de même sexe et les couples hétérosexuels. En juin, la Haute Cour a estimé que la politique d’attribution des logements sociaux constituait une discrimination liée à l’orientation sexuelle et que les couples de même sexe devaient pouvoir bénéficier d’un logement social au même titre que les autres couples.

Malgré la création en 2014 d’un groupe de travail interministériel sur la reconnaissance du genre à l’état civil et une consultation menée en 2017, le gouvernement de Hong Kong n’a pas avancé sur l’élaboration d’une loi en la matière.

La fédération sportive LGBTI de Taiwan a décidé de ne pas envoyer d’athlètes aux Gay Games organisés à Hong Kong en 2023 à cause des risques posés par la Loi sur la sécurité nationale.

Transféré à 1 000 km de sa famille, un avocat a besoin de soins médicaux (ASA 17/3729/2021), 22 février

Chine. Un éminent juriste inculpé de « subversion » (ASA 17/4912/2021), 24 octobre

Chine. Une militante détenue pour avoir dénoncé des actes de torture (ASA 17/3784/2021), 4 mars

Chine. Un militant en grève de la faim après une interdiction de voyager (ASA 17/3599/2021), 1er février

Chine. Un avocat inculpé pour avoir dénoncé des tortures (ASA 17/4023/2021), 28 avril

“Like We Were Enemies in a War” : China’s Mass Internment, Torture and Persecution of Muslims in Xinjiang (ASA 17/4137/2021), 10 juin ;

« Comme si nous étions ennemis de guerre ». Internements, torture et persécutions perpétrés à une échelle massive contre les musulmans du Xinjiang – Synthèse et recommandations (ASA 17/4137/2021), 10 juin

Chine. Un Ouïghour détenu à l’isolement depuis deux ans (ASA 17/4022/2021), 26 avril

Chine. Une Ouïghoure à nouveau détenue au secret (ASA 17/3491/2021), 7 janvier

Hong Kong : In the Name of National Security (ASA 17/4197/2021), 29 juin

« Amnesty International annonce la fermeture de ses bureaux à Hong Kong », 25 octobre

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