Kenya. Des réfugiés forment un recours contre leur relogement forcé dans des camps

Des réfugiés vivant à Nairobi s’opposent à une décision de justice controversée qui forcerait des milliers de Somaliens à quitter leur logement pour aller vivre dans des camps sordides et surpeuplés dans le nord du Kenya, a déclaré Amnesty International vendredi 11 juillet.

« Cette décision scandaleuse vise l’ensemble des réfugiés vivant à Nairobi. Sous couvert de protection de la sécurité nationale, les autorités kenyanes s’en prennent à ces personnes, détruisant dans les faits toute forme de stabilité à laquelle elles ont pu parvenir après leur arrivée au Kenya », a déclaré Michelle Kagari, directrice adjointe du programme Afrique de l’Est d’Amnesty International.

« L’existence de milliers de gens a été détruite. Des dizaines de milliers d’autres personnes sont en grand danger. »

Les réfugiés somaliens ont formé un recours contre une décision de justice prononcée par le juge Majanja de la Haute cour, qui a estimé que reloger les réfugiés hors des centres urbains est conforme à la Constitution.

Cette décision vient directement contredire le précédent arrêt rendu par le juge Majanja en juillet 2013. Il avait alors déterminé que le relogement forcé de réfugiés dans des camps porterait atteinte à leurs droits fondamentaux, à leur dignité et à leur droit de circuler librement, et risquerait indirectement de les forcer à retourner en Somalie.

Il a par ailleurs affirmé dans cette décision précédente que l’État n’avait pas prouvé que cette mesure aiderait à protéger la sécurité nationale. Bien que le gouvernement n’ait toujours pas démontré que les politiques visant à transférer les réfugiés dans des camps améliorent la sécurité nationale, le juge Majanja a passé ce point crucial sous silence dans le jugement qu’il vient de prononcer.

« Il est difficile de comprendre l’origine de ce revirement. Le juge Majanja a estimé que la directive en vigueur était constitutionnelle alors qu’elle porte clairement atteinte aux droits des réfugiés de par sa nature même. Certains réfugiés ont déjà subi des violations très graves à cause de cette directive », a déclaré Michelle Kagari.

« Ce jugement donne au gouvernement kenyan carte blanche pour poursuivre ses abus et infliger un châtiment collectif aux réfugiés. »

L’ordre initial selon lequel tous les réfugiés devaient se rendre dans des camps a été donné par Joseph Ole Lenku, le ministre de l’Intérieur et de la Coordination du gouvernement national, le 26 mars.

Peu après, des milliers de réfugiés et de demandeurs d’asile ont été rassemblés et soumis à des arrestations arbitraires, des manœuvres de harcèlement, des actes d’extorsion et des mauvais traitements.

Des milliers ont été relogés de force dans des camps, tandis que des centaines d’autres ont été expulsés vers la Somalie, un pays actuellement en proie au conflit et où la situation de sécurité se dégrade. Plus de 300 mineurs ont alors été séparés de leur famille, les moyens de subsistance de certains ont été compromis et les enfants ne vont plus à l’école.

Transférer des réfugiés de force dans des camps est contraire aux obligations du Kenya aux termes du droit international.

Les camps de réfugiés de Dadaab et de Kakuma étaient déjà surpeuplés et dangereux avant que 5 000 personnes, des Somaliens pour la plupart, n’y soient relogées sur l’ordre de Joseph Ole Lenku. Aucune disposition n’a été prise pour les dizaines de personnes qui devraient leur emboîter le pas. Les quantités de nourriture sont limitées, l’accès à l’éducation et aux services de santé est extrêmement restreint, et il y n’a pas beaucoup de place pour se mettre à l’abri.

Compte tenu des dizaines de milliers de personnes qui franchissent la frontière en masse pour échapper au conflit faisant rage au Soudan du Sud, une crise humanitaire se profile à l’horizon pour les résidents des camps de réfugiés, ce dont le gouvernement est en partie responsable.

Hussein Mohamed Haji, président de l’association communautaire d’Eastleigh, a dit à Amnesty International que la décision de forcer les Somaliens à aller vivre dans des camps a été un coup dur :

« En 2006, nous avons été accueillis au Kenya et avons obtenu des cartes de séjour. L’immigration nous a dit que la seule chose que nous ne pouvions pas faire au Kenya était de voter ou de nous faire élire. Nous avons ouvert des banques, nous avons créé des entreprises et certains d’entre nous ont acheté des biens immobiliers. Comment pouvons-nous aller dans ces camps, et comment pouvons-nous continuer à faire tourner nos affaires si on nous force à partir là-bas ? Nous ne savons pas quoi faire. »

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