Les défenseurs iraniens des droits humains en ligne de mire

Les manifestations massives qui se sont déroulées dans les rues en Iran ont été suivies par plusieurs vagues d’arrestations, des homicides ont également été signalés et il devient de plus en plus clair à présent que les militants des droits humains sont aussi pris pour cibles. Le 16 juin, Abdolfattah Soltani, avocat et défenseur des droits humains, a été arrêté à son cabinet. Amnesty International prend sa défense et les membres de l’organisation à travers le monde font campagne pour sa libération (voir http://www.amnesty.org/en/library/info/MDE13/059/2009)

Abdolfattah Soltani est membre du Centre de défense des droits humains (CDDH), organisation non gouvernementale dont le siège est à Téhéran et dont Shirin Ebadi, lauréate du prix Nobel de la paix est également membre. Le 21 décembre 2008, le CDDH a été fermé de force par des fonctionnaires de la sécurité peu avant la tenue d’une cérémonie de commémoration du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH). En dépit des efforts déployés pour faire rouvrir le centre et des appels lancés par Amnesty International, le CDDH est resté fermé (voir http://www.amnesty.org/en/news-and-updates/news/authorities-close-key-human-rights-centre-tehran-20081223).

Ce n’est pas la première fois qu’Abdolfattah Soltani est confronté au harcèlement ou arrêté pour des motifs à caractère politique dans le but de le faire taire. Il avait déjà été arrêté en 2005 et avait passé 219 jours en détention, dont 43 à l’isolement. En 2006, il a été condamné à un total de cinq ans d’emprisonnement : quatre ans pour « diffusion de documents confidentiels » et un an pour « propagande contre le régime ». Le 28 mai 2007, il a été acquitté de toutes les charges retenues contre lui depuis son arrestation en juillet 2005. Depuis lors, il n’a pas été autorisé à quitter le territoire iranien, pas même pour recevoir une distinction en reconnaissance de son travail dans le domaine des droits humains. En 2008, il souhaitait se porter candidat à l’élection du bureau du Conseil de l’ordre des avocats, mais sa candidature a été rejetée pour des raisons d’« inaptitude ».

Le 23 juin, nous avons parlé avec un autre militant des droits humains, qui avait reçu une citation à comparaître et auquel il avait été signifié en termes dépourvus d’ambiguïté qu’il devait se taire et ne pas contacter d’organisations de défense des droits humains. Au cours de la conversation, il a laissé entendre que nous n’étions pas seuls sur la ligne. Il parlait délibérément avec beaucoup de retenue, s’arrêtant brusquement avant de reprendre, d’une manière tout à fait différente de sa façon habituelle de parler, fluide et sans effort. Normalement respectueux des préceptes religieux, il a fait à plusieurs reprises des références appuyées et pleines de sous-entendus à la religion. Je lui ai demandé comment il allait. Il a calmement essayé d’éluder la question. Mais il a dit ensuite qu’il avait reçu une citation à comparaître, officiellement en rapport avec de précédentes poursuites engagées contre lui.

Pour le dire sans détour, cependant, des fonctionnaires du ministère du Renseignement lui avaient signifié qu’il devait mettre un terme à son action en faveur des droits humains ; ne pas écrire de lettres ouvertes ; ne pas prendre part à des manifestations et ne pas avoir de contacts avec des groupes internationaux de défense des droits humains. Avec ses téléphones sur écoute, ayant été dûment prévenu, c’était exactement ce qu’il était en train de faire.

Puis le 25 juin, une agence de presse officielle iranienne, Fars News, a publié une lettre présentée comme ayant été écrite par des avocats, des familles d’anciens combattants et de morts – de martyrs selon la terminologie officielle – de la guerre Iran-Irak. Selon les auteurs de la lettre – dont les noms n’ont pas révélés –Shirin Ebadi aurait outrepassé son rôle d’avocate en critiquant la réaction des services de sécurité face aux manifestations qui ont suivi les élections du 12 juin ; les signataires de la lettre appellent les autorités à engager des poursuites contre elle.

Il semble à présent que ce même jour, le jeudi 25 juin, un autre défenseur des droits humains a été arrêté : Mohammad Mostafaei, défenseur infatigable des mineurs passibles de la peine de mort, opposé à la lapidation, a été arrêté alors qu’il était sorti avec son épouse et sa fille, semble-t-il. Des fonctionnaires ont perquisitionné au domicile familial et à son cabinet avant de l’emmener. Depuis son arrestation, on ignore où il se trouve. Amnesty International prend sa défense et réclame sa libération, Mohammad Mostafaei étant un prisonnier d’opinion, emprisonné uniquement pour son action en faveur des droits humains.

L’action des défenseurs des droits humains est essentielle, particulièrement en situation de crise comme c’est le cas aujourd’hui en Iran.

L’importance de leur rôle au sein de toutes les sociétés à travers le monde a été reconnu en 1998 par la Déclaration des Nations unies sur les défenseurs des droits de l’homme. Ce texte appelle les États à soutenir les défenseurs des droits humains, notamment en veillant à ce qu’ils puissent attirer l’attention sur les atteintes aux droits humains commises dans un pays donné et communiquer cette information à tout autre organisme, personne ou organisation agissant pour la défense des droits humains.

Menacer ou arrêter des défenseurs des droits humains en Iran n’est pas seulement contraire aux normes internationales, cela rend plus facile la perpétration d’atteintes aux droits humains en toute impunité en Iran ; les personnes en danger, notamment celles qui sont actuellement détenues, ont un risque encore plus grand d’atteintes à leurs droits fondamentaux.

Le ministère iranien du Renseignement et les autorités judiciaires cherchent sans cesse à jeter le discrédit sur les militants des droits humains et à les intimider, les accusant « d’atteintes à la sécurité nationale » ou de « propagande contre le régime ». Pourtant, qu’ont les autorités iraniennes à craindre des défenseurs des droits humains pour les emprisonner ainsi ? Qu’ils dévoilent au monde les atteintes aux droits humains perpétrées en Iran ?

À ce jour, ils devraient également savoir qu’en dépit de tous leurs efforts, ils n’ont jamais réussi à faire taire les défenseurs des droits humains.

Même en pleine crise politique en Iran, les exécutions continuent. Au moins 136 mineurs seraient actuellement en attente de leur exécution, condamnés pour des faits qui se sont produits alors qu’ils n’avaient pas atteint l’âge de dix-huit ans.

Mohammad Mostafaei joue un rôle essentiel dans la défense de ces jeunes, mineurs au moment de leur condamnation à mort. Lui en prison, qui va les défendre à présent ?

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