Au Pakistan, le déplacement de milliers de personnes qui fuient les combats pourrait devenir problématique

Au moins 33 000 civils ont fui de chez eux pour échapper aux affrontements entre les forces de sécurité pakistanaises et les talibans dans le nord-ouest du pays, selon les informations collectées par Amnesty International au Pakistan.

Les civils fuyant le district du Lower Dir, dans la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP), où se trouve également le district de Swat, sont allés rejoindre les personnes déjà déplacées par les combats, dont le nombre s’élève à plus de 500 000 selon les chiffres les plus récents du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

« Le Pakistan est désormais confronté à un problème grave de déplacement de la population, des centaines de milliers de personnes ayant été contraintes de quitter leur habitation pour aller vivre dans des camps qui hébergeaient auparavant des réfugiés afghans, a déclaré Sam Zarifi, directeur du programme Asie-Pacifique d’Amnesty International. Pendant que la classe politique discute de géopolitique à Islamabad et Washington, les personnes qui vivaient dans ces villages paisibles voient leur vie bouleversée. Il est grand temps que l’opinion internationale se préoccupe des graves problèmes auxquels sont confrontés les habitants de la Province de la Frontière du Nord-Ouest. »

Des spécialistes d’Amnesty International qui sont allés enquêter sur place ont rassemblé des témoignages sur les déplacements et les homicides dans le Lower Dir, qui fait partie du district de Malakand, où les journalistes ne sont pas autorisés à se rendre. Ils ont aussi réussi à prendre des photographies.

Des témoins ont déclaré à Amnesty International que dans le tehsil (sous-district) de Maidan, ils avaient vu dans la rue et dans les champs des corps abandonnés que les gens avaient trop peur de venir chercher. L’hôpital de Timergara a confirmé la mort d’au moins cinq civils, dont deux femmes et une fille.

L’artillerie et les hélicoptères de combat gouvernementaux semblent avoir pris pour cibles plusieurs localités du sous-district de Maidan – Islam Dara, Kankot, Maidan Khas et Lal Qila – en réaction à des tirs sur les forces de sécurité auxquels les forces des talibans ont procédé depuis des zones habitées. Des témoins ont vu au moins dix maisons entièrement détruites et entre 40 et 50 autres endommagées.

« Ni les forces gouvernementales ni celles des talibans ne semblent se soucier du sort des habitants du Lower Dir, a déclaré Sam Zarifi, directeur du programme Asie-Pacifique d’Amnesty International. Les talibans procèdent sans scrupules à des tirs depuis des zones peuplées de civils alors qu’ils savent que l’armée réagira par des pilonnages et des bombardement aériens qui n’épargneront pas les habitants. »

À Timergara, chef-lieu du district, des observateurs ont indiqué à Amnesty International que des milliers de civils avaient fui leur domicile dans le sous-district de Maidan pour se réfugier dans les régions voisines de Chakdara, Mardan et Charsadda. Un témoin du sous-district de Maidan a raconté avoir vu des civils se déplacer à travers champs pour éviter les tirs sur les routes.

Al Khidmat, organisation non gouvernementale locale travaillant dans le district du Lower Dir (affiliée au parti Jamaat-e Islami), a indiqué à Amnesty International lundi 27 avril qu’elle avait recensé au moins 33 000 personnes déplacées au cours des deux jours précédents.

Aux termes d’un accord de paix signé le 14 avril entre les talibans pakistanais et le gouvernement du Pakistan, les talibans obtenaient le contrôle de Malakand et devaient en échange déposer les armes. Cependant, depuis lors les talibans ont gagné des zones voisines.

Les combats dans le Lower Dir ont débuté lorsque les talibans ont tiré sur un convoi gouvernemental qui se rendait dans la localité de Lal Qala.

Des sources gouvernementales locales ont indiqué à Amnesty International que huit militaires et 47 combattants talibans avaient été tués, parmi lesquels Qari Shahid, le chef des talibans de la région. Amnesty International n’a pas pu vérifier de manière indépendante le nombre de tués en raison de l’intensité des combats.

Les talibans ont déclaré que les opérations lancées dans le Lower Dir étaient contraires aux dispositions de l’accord de paix de Swat. Des groupes talibans locaux ont annoncé qu’ils allaient organiser une grande manifestation mardi 28 avril pour protester contre les opérations militaires.

Lundi dans la journée, une jirga (assemblée tribale) s’est réunie à Timergara mais n’a pas réussi à mettre fin aux affrontements. La jirga était dirigée par Hajji Muhammad Rasul, un des dirigeants du Jamaat-e Islami du district de Dir, et réunissait deux groupes locaux de talibans, Al Badr et Hizb-I Mujahid.

Aux talibans qui demandaient la fin des opérations militaires, les représentants du gouvernement provincial pachtoune, du Parti awami national, répondaient que les opérations visaient des forces impliquées dans une vague récente d’enlèvements.

Documents récents :

— Carte du Bureau de la Coordination des affaires humanitaires des Nations unies sur les camps de personnes déplacées dans la Province de la Frontière du Nord-Ouest (NWFP), en date du 27 avril 2009 (en anglais)

— Les Pakistanais malmenés par les talibans font entendre leurs voix

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