Des mères de jeunes tués comme "guérilleros" dénoncent

Des jeunes piégés par un leurre sont tués pour grossir des statistiques de succès contre la guérilla. Leurs mères dénoncent à Bruxelles cette tuerie.
Juan Manuel Santos ne nous a jamais répondu, il n’a jamais montré le moindre signe de bonne volonté concernant la disparition et l’assassinat de nos fils, ni quand il était ministre de la Défense du président Uribe ni depuis qu’il a pris à sa suite la tête de la Colombie."

Luz Marina Bernal et Maria Ubilema Sanabria sont venues de Soacha de Bogota jusqu’en Europe pour sensibiliser les opinions politiques et publiques sur la gravité des crimes contre l’humanité commis dans leur pays. Elles dénoncent l’indifférence et l’impunité qui règnent en Colombie jusqu’au plus haut niveau de l’Etat : en 2008, leurs fils ont été kidnappés après de fausses promesses d’emploi, pour être abattus par l’armée régulière qui les a fait passer pour des guérilleros tombés au combat. Les militaires espéraient toucher des primes en gonflant ainsi les statistiques de succès de la lutte antiterroriste du gouvernement.

Ces assassinats de jeunes civils innocents sont connus sous le nom de "faux positifs". Aujourd’hui, le parquet colombien enquête sur 3 180 cas similaires à travers tout le pays mais l’impunité qui règne sous la présidence de Juan Manuel Santos est identique à celle qui caractérisa les deux mandats de son prédécesseur : 56 militaires directement impliqués ont été remis en liberté. Quant aux 27 officiers supérieurs démis de leurs fonctions fin 2008 par M. Santos, alors ministre de la Défense, ils n’ont jamais été traduits en justice.

Pour briser le mur de silence qui entoure ces exactions, Luz Marina et Maria Ubilema Sanabria, accompagnées de Nancy Sanchez, membre de l’organisation des droits de l’homme Minga, sont à Bruxelles, après l’Espagne et l’Allemagne, pour rencontrer des personnalités de plusieurs institutions européennes. "Nous souhaitons que la question des faux positifs devienne emblématique des violations des droits de l’homme en Colombie."

Pour les deux mères colombiennes, l’accueil en Espagne et en Allemagne a été une expérience très émouvante : "Il tait très important pour les Allemands d’avoir un contact direct avec les familles des victimes des faux positifs . Et nous avons rencontré de jeunes étudiants très bien informés de la situation des droits de l’homme dans notre pays."

Au-delà de la question déjà très grave de l’impunité entourant ces assassinats, il y a aussi les menaces continuelles, voire les agressions physiques dont les défenseurs des droits de l’homme et les mères sont la cible. Le but est de terroriser les familles quant à la sécurité de leurs autres enfants pour forcer les mères à abandonner leur travail d’information. Ainsi Maria, qui a deux filles de 19 et 29 ans, a reçu en juin dernier un message anonyme sur son téléphone portable : "Ma petite maman, je t’aime et en attendant, je suis déjà un cadavre".

Source : Geneviève Maurer, La Libre Belgique, 17/11/2010.

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