Le Mea Culpa de Chiquita

Conflit armé. La multinationale bananière a reconnu dans un rapport de 269 pages avoir financé pendant 15 ans des guérilléros et des paramilitaires dans la région d’Uraba en Colombie.

La multinationale bananière a réalisé une enquête interne sur la manière dont les membres de la compagnie ont été impliqués dans financement de la guérilla et de groupes paramilitaires durant 15 ans en Colombie.
« Je ne connais pas un cas où une compagnie américaine a fourni des informations de ce type avec autant de détails », explique au quotidien The Cincinnati Courrier, Steven Steingar, l’un des avocats de la firme Kohn Swift et Graf de Philadelphie qui représente les veuves des cinq missionnaires américains séquestrés et assassinés par les FARC en 1993 et 1994.
Selon le rapport, Chiquita a remis en moyenne entre 100.000 et 200.000 $ par an à la guérilla.
En mars 2007, la compagnie bananière a reconnu devant les tribunaux avoir financé régulièrement des groupes paramilitaires pendant plus de 10 ans et avoir mis fin à ces activités en 2004. Selon l’entreprise, c’était la seule manière d’assurer la sécurité de ses employés.
Chiquita s’est déclarée coupable de faire des affaires avec des terroristes et a payé jusqu’à ce jour 10 millions $ d’amende, sur les 25 millions $ qui lui sont réclamés. Chiquita est encore poursuivie dans 10 procès pénaux au niveau fédéral, accumulant des milliers de millions de dollars de dommages et intérêts.
L’enquête reprise dans un rapport de 269 pages détaille la façon dont la compagnie a financé d’abord les guérillas des FARC et de l’ELN qui opéraient dans la zone d’Uraba, et ensuite a également versé de l’argent aux AUC (Autodéfenses Unies de Colombie-Groupe paramilitaire).

Le Comité de recherche a établi que plus d’une douzaine d’employés de l’entreprise et membres du comité directeur avait connaissance des payements à des groupes armés, avant qu’ils ne soient catalogués comme terroristes par le gouvernement américain. Ces personnes incluent les ex-présidents de la compagnie Keith Lindner, Steven Warshaw et Cyrus Freidheim, ainsi que les avocats de l’entreprise Charles Morgan, Robert Olson et Gregory Thomas.
Le rapport détaille et reconstitue aussi la situation d’ordre publique difficile que connaissait alors la Colombie, particulièrement dans la zone en conflit d’Uraba, où opérait la compagnie. Un des incidents est l’attaque d’un bus qui transportait des employés de la compagnie, dans lequel 25 personnes ont perdu la vie. Selon divers témoignages, l’attaque a été commise par les FARC.
Le rapport indique qu’à partir de 1997, Chiquita a commencé à financer également les AUC, organisation criminelle considérée comme terroriste par le Département d’Etat américain ; les versements représentaient une violation flagrante de la loi américaine.

Ce financement s’est poursuivi pendant 28 mois après l’inscription en 2001des AUC sur la liste des organisations terroristes et pendant près d’un an, après que Chiquita soit informée en 2003.
Le rapport précise que les paiements ne cessèrent pas immédiatement par crainte de représailles envers les dirigeants et parce que les conséquences judiciaires furent sous-estimées.

Le mea culpa de la société n’est pas un simple geste de remords. C’est également une stratégie juridique face au système judiciaire américain, destinée à contourner des plaintes d’actionnaires.
D’ailleurs, Chiquita demande au juge Kenneth Marra de la Floride du sud (chargé de 9 procès sur 10 contre elle aux Etats-Unis) d’en rejeter 8 où elle doit également répondre devant les familles des personnes assassinées par des groupes criminels que Chiquita aurait financés.

Cependant le rapport confirme les témoignages de plusieurs dirigeants impliqués devant les tribunaux : jusqu’en 2003, aucun ne savait qu’il s’agissait d’une organisation criminelle. C’est quand ils découvrirent ce fait, qu’ils informèrent le Département de Justice sur les infractions à la loi qu’ils auraient commises.

« Le Comité Directeur de Chiquita et son personnel administratif, face à une situation insoutenable, luttèrent dans l’intérêt de la société et agirent en conséquence. » précise le rapport dans ses conclusions. « Poursuivre ce litige ne servira qu’à prolonger une situation confuse qui a absorbé, désorienté et affecté l’entreprise pendant près de 6 ans »

L’enquête fut menée par un comité spécial (Comité Spécial des Litiges), composé de directeurs travaillant pour Chiquita après son départ de la Colombie et après la cessation des versements.
Le comité (composé par Howard Barker, William Camp et Clare Hasler) a engagé un cabinet d’avocats et un groupe de chercheurs indépendants. Pendant 9 mois, ils ont rassemblé des preuves, rencontré plus de 50 témoins et révisé 750.000 pages de documents.

Le rapport reprend 4 années de négociations avec le Département de Justice américain. Un des points cruciaux portait sur le dilemme suivant : fallait-il poursuivre les versements en attendant que les procureurs analysent les faits et se prononcent sur leur légalité ?

Plus d’information sur :
http://cincinnati.bizjournals.com/cincinnati/stories/2009/04/27/story1.html?b=1240804800^1817188&t=printable

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