Les services colombiens ont été aussi actifs en Equateur

Le DAS a mis le président équatorien sur écoute. C’était l’Opération Salomon.
"La police secrète colombienne a intercepté les téléphones du président Correa" : le 28 juin dernier, ce titre du quotidien équatorien El Universo lance des ondes de choc jusque Bogota. Sous couvert d’anonymat, un agent du DAS, les renseignements colombiens, explique comment Bogota a monté l’Opération Salomon durant laquelle le président de l’Equateur Rafael Correa, ses proches collaborateurs, des militaires, politiciens, hommes d’affaires et journalistes ont été mis sur écoute.

A l’origine de cette opération d’espionnage, les tensions très fortes entre les deux pays suite à la violation des frontières de l’Equateur par l’armée colombienne le 1er mars 2008 lorsque le numéro deux de la guérilla des Farc, Raul Reyes, est abattu, en même temps que 24 autres personnes au cours du bombardement de la localité d’Angostura. Quito rompt alors ses relations diplomatiques avec la Colombie. Le ton monte.

Bogota considère que l’Equateur est devenu une "menace extérieure".
Durant le même mois de mars 2008, le DAS met sur pied ce qui est aujourd’hui connu sous le nom d’Opération Salomon. Une plate-forme mobile d’écoutes téléphoniques est organisée à Quito, deux appartements sont loués dans le centre-ville. Le DAS va aussi recruter des Equatoriens, dont des policiers, au travers de sociétés paravents. Des informateurs rémunérés sont placés dans les consulats équatoriens en Colombie. Toujours selon l’Universo, les résultats de ‘Salomon’ont été présentés au moins à trois reprises au président colombien, Alvaro Uribe, et à celui qui était alors son ministre de la défense, Juan Manuel Santos, actuel président élu - c’est ce qu’a déclaré dans une procédure judiciaire l’agent du DAS Carlos Orjuela le 26 mai 2009. Le quotidien équatorien révèle aussi qu’un vent de panique souffle actuellement sur le DAS, ce qui expliquerait non seulement des coups bas mais aussi des assassinats : deux des onze agents ayant participé à l’Opération Salomon ont été abattus le 31 octobre dernier près de Bogota, officiellement suite à des excès durant une fête. Les écoutes auraient été suspendues en octobre 2008 suite au manque d’informations probantes.

A un mois de la prise de fonction de Juan Manuel Santos en Colombie, la situation est délicate. Le président sortant Uribe dénonce des secteurs "mal intentionnés", l’actuel directeur du DAS, Felipe Muñoz ne dément ni ne confirme l’opération Quant au président équatorien, il joue la conciliation, espérant sans doute obtenir du futur président Santos les documents relatifs au bombardement d’Angostura de mars 2008, jamais communiqués à l’Equateur.

Geneviève Maurer, à Bogota. - La Libre Belgique

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