La vie après Guantanamo : le sort des anciens détenus

Beaucoup d’anciens prisonniers de Guantánamo ont subi de nouvelles épreuves après leur libération. Certains ont été arrêtés dès leur retour dans leur pays d’origine et pourraient avoir été torturés ou soumis à d’autres formes de mauvais traitements. D’autres ont été victimes de harcèlement ou rejetés en raison des accusations de terrorisme que les autorités américaines ont portées contre eux, alors qu’ils n’ont jamais été jugés ni même inculpés. Beaucoup souffrent de séquelles physiques et psychologiques liées aux longues années passées en détention dans des conditions très difficiles. Certains, n’ayant pu retrouver leur emploi ni d’autres sources de revenus, ont été plongés dans un terrible dénuement.
Décembre 2007
Index AI : AMR 51/170/2007

Mohammed Al Amin
Ressortissant mauritanien « J’ai passé cinq ans à Guantánamo, mais je ne connais aucun membre d’al Qaïda et je n’ai rien à voir avec ces gens. » Mohammed al Amin Mohammed al Amin a été transféré en Mauritanie en septembre 2007. À son arrivée, il a été placé en garde à vue et soumis à un interrogatoire. Quelques jours plus tard, il a été libéré sans inculpation et a pu retrouver les siens. Il a remercié Amnesty International pour l’action menée en sa faveur et pour les nombreuses lettres reçues pendant sa détention à Guantánamo.

Ahmed Errachidi
Ressortissant marocain résidant au Royaume-Uni « Je suis au bord du gouffre […] Je ne veux pas tomber. » Ahmed Errachidi Ahmed Errachidi a été transféré au Maroc en avril 2007. Il a été arrêté immédiatement, puis présenté à un juge et accusé d’avoir préparé et perpétré des actes terroristes. Les charges retenues contre lui ont été abandonnées et il a été libéré, bien que les autorités marocaines aient déclaré qu’il ferait l’objet d’une nouvelle inculpation. Depuis lors, il a rejoint sa famille, à Tanger. Ses proches ont indiqué aux médias qu’il souffrait de dépression.

Muha Mmad Abdallah Mansur Al Rimi et Abu Sufian Ibrahim Ahmed Hamuda Bin Qumu
Ressortissants libyens Muhammad Abdallah Mansur al Rimi a été transféré en Libye en décembre 2006. Peu après son retour, la Fondation Kadhafi pour le développement a indiqué sur son site Internet qu’il recevait des soins médicaux et qu’il pourrait bientôt retrouver les siens. Abu Sufian Ibrahim Ahmed Hamuda Bin Qumu, quant à lui, a été renvoyé en Libye le 30 septembre 2007. Les efforts menés en vue de déterminer le lieu de détention des deux hommes et leur statut au regard de la loi n’ont pas abouti.

Lutfi Ben Swei Lagha et Abdellah Ben Omar Al Hajji
Ressortissants tunisiens « […] les deux hommes sont détenus dans une prison tunisienne. D’après ce qu’ils ont dit à leurs visiteurs, leurs conditions de détention y sont si mauvaises qu’ils préfèreraient être renvoyés à Guantánamo Bay. » L’avocat d’Abdellah al Hajji Lutfi Ben Swei Lagha et Abdellah Ben Omar al Hajji ont été transférés en Tunisie en juin 2007, alors qu’ils risquaient fortement d’y subir des actes de torture ou d’autres formes de mauvais traitements. Les deux hommes ont été appréhendés à leur arrivée et affirment qu’on les a brutalisés pour les contraindre à signer des déclarations. Par la suite, Lutfi Lagha a été déclaré coupable d’« association avec un groupe criminel ayant pour but de nuire à la Tunisie » et condamné à trois ans d’emprisonnement. Abdellah al Hajji a pour sa part été condamné à sept ans de prison pour « appartenance en temps de paix à une organisation terroriste opérant dans un pays étranger ».

Jumah Al Dossari
Ressortissant saoudien d’origine bahreïnite « Quand je l’ai vu, j’ai pensé : "Mon dieu, c’est mon frère, ça ?" Il décrivait les souffrances qu’il avait endurées à Guantánamo et les jours où il avait été très malade. Il essaie d’oublier tout cela. » Le frère de Jumah al Dossari Jumah al Dossari a fait au moins 13 tentatives de suicide à Guantánamo. En juillet 2007, il a été transféré en Arabie saoudite, en même temps que 15 autres détenus. Tous ont été arrêtés à leur arrivée, mais ont eu la permission de voir leurs proches. Jumah al Dossari suit actuellement un programme de réinsertion mis en place par les autorités saoudiennes à l’intention des anciens prisonniers de Guantánamo. Il est autorisé à rentrer chez lui pour passer du temps avec sa famille. Décembre 2007 Index AI : AMR 51/170/2007 – ÉFAI

David Hicks
Ressortissant australien « Il est heureux d’être de retour sur le sol australien […]. Il débordait manifestement de joie lorsque nous avons atterri. » L’avocat de David Hicks David Hicks a été transféré en Australie en mai 2007. En mars 2007, une commission militaire l’a condamné à sept années d’emprisonnement après qu’il eut plaidé coupable du chef d’accusation de « soutien matériel au terrorisme ». En vertu d’un accord conclu avant le procès, sa peine a été assortie d’un sursis et ramenée à neuf mois de prison ferme. Il a été confié à la garde des autorités australiennes. Il purge actuellement sa peine dans la colonie de travail pénitentiaire de Yatala, à Adelaide, en Australie, où sa famille lui rend visite chaque semaine. Il est détenu à l’isolement.David Hicks sera libéré le 30 décembre. Il a confié à ses proches qu’il aimerait s’inscrire à l’université pour suivre des études d’écologie, de zoologie ou de géologie.

Adel Kamil Abdullah
Ressortissant bahreïnite « Contrairement à ce qu’on m’avait promis, je n’ai pas retrouvé mon emploi. De plus, le coût de la vie à Bahreïn a augmenté. Notre situation financière s’est nettement dégradée pendant ma détention et j’ai perdu ma source de revenus complémentaire ; j’ai donc eu du mal à reprendre une vie normale ici. » Adel Kamil Abdullah a été transféré à Bahreïn en novembre 2005. Comme d’autres Bahreïnites libérés de Guantánamo, il n’a pas été inculpé à son retour et a pu rejoindre immédiatement les siens. Il a écrit pour témoigner des difficultés qu’il rencontre pour se réadapter, et notamment pour retrouver un emploi.

Rassoul Koudaïev
Ressortissant russe « À Guantánamo, il n’a pas fait d’aveux, puisqu’il n’avait rien à se reprocher. Ici, en Russie, ils l’ont tellement maltraité qu’il n’a pas pu le supporter, et il a fait une déclaration qui l’incriminait. » La mère de Rassoul Koudaïev Rassoul Koudaïev a été transféré en Russie en 2004. Soupçonné d’avoir organisé des attaques terroristes contre des installations gouvernementales dans la ville de Naltchik, il a été arrêté le 23 octobre 2005. La police l’aurait torturé pour lui arracher des « aveux ». Des photos, des témoignages directs et des documents officiels tendent à confirmer les allégations de torture. Son avocat et sa famille se sont dits très préoccupés par le fait qu’il soit privé de soins médicaux en détention. En octobre 2007, des audiences préliminaires concernant cet homme et d’autres personnes ont débuté. Amnesty International effectue un suivi du déroulement de ces procédures.

Sami Al-Laithi
Ressortissant égyptien « Une fois, ils m’ont piétiné le dos […] Un [membre de la police militaire] m’a jeté à terre, puis ils m’ont soulevé avant de me projeter violemment au sol une nouvelle fois. Sami al Laithi Sami al Laithi a été transféré en Égypte en octobre 2005 et hospitalisé dès son arrivée. Quelques jours plus tard, il a regagné le domicile familial. Il ne peut se déplacer qu’en fauteuil roulant, en raison d’une blessure à la colonne vertébrale. Celle-ci, selon son témoignage, lui a été faite à l’hôpital de Guantánamo par des représentants des autorités américaines. Ils lui auraient piétiné le dos et fracturé deux vertèbres. Sami al Laithi a été informé que tout mouvement brusque pouvait provoquer des lésions de la moelle épinière de nature à le laisser paralysé. Les autorités américaines ont indiqué que sa blessure à la colonne vertébrale était antérieure à son arrivée à Guantánamo et que les troubles s’étaient aggravés avec le temps.

Ahktar Qassim Basit
Ouïghour originaire de Chine « Nous avons énormément souffert à Guantánamo, mais nous continuons à souffrir ici […] Les autres prisonniers avaient leur pays […] Nous, nous n’avons nulle part où aller. » Ahktar Qassim Basit est l’un des cinq membres de la minorité ouïghoure de Chine qui ont été transférés en Albanie en mai 2006. Ils n’ont pu être renvoyés dans leur pays d’origine car ils risquaient d’y subir de nouvelles violations de leurs droits fondamentaux. Trois autres détenus de Guantánamo ont été envoyés en Albanie en novembre 2006. Du fait des problèmes de langue, du fort taux de chômage en Albanie et de la pénurie de logements dans la capitale, Tirana, leur intégration se révèle difficile. Ils ont bénéficié de Décembre 2007 quelques cours de langue albanaise. Index AI : AMR 51/170/2007 – ÉFAI

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