Écrire Un militant politique détenu arbitrairement

Le 5 juillet 2019, les forces de sécurité égyptiennes ont arrêté Ramy Shaath et l’ont transféré dans un lieu tenu secret, sans révéler ce qu’il était advenu de lui pendant environ 36 heures. Par la suite, il a comparu devant un procureur du parquet de la Sûreté de l’État, au Nouveau Caire, et a été accusé d’« assistance à un groupe terroriste ». Sa détention a une nouvelle fois été prolongée de 15 jours, le 15 septembre 2019. Amnesty International considère Ramy Shaath comme un prisonnier d’opinion, car il est détenu uniquement pour avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté d’expression et à la participation aux affaires publiques.

Ramy Shaath est actuellement incarcéré dans la prison de Tora (sud du Caire), dans l’attente des conclusions d’une enquête menée dans le cadre de l’affaire dite du « Plan Espoir », qui concerne au moins 105 personnes, dont beaucoup sont également en détention. Selon les autorités, cette enquête porte sur un « complot orchestré par des militants de la société civile en collaboration avec les Frères musulmans pour porter atteinte à l’État ». L’affaire concerne des personnes d’horizons politiques extrêmement variés, qui n’ont pas de liens entre elles. Parmi elles figurent au moins 15 responsables politiques, étudiants, journalistes et défenseurs des droits des travailleurs, qui sont détenus arbitrairement sur la base de charges sans fondement, liées à leurs activités politiques légitimes, à leurs activités de défense des droits humains et à l’expression pacifique de leurs opinions.
Le 6 juillet, le procureur a ordonné le placement en détention de Ramy Shaath pour 15 jours, dans l’attente des résultats de l’enquête ; depuis lors, il renouvelle sa détention tous les 15 jours lors d’audiences de renouvellement automatique. En vertu du Code de procédure pénale égyptien et de la Loi de 2015 relative à la lutte contre le terrorisme, les procureurs peuvent ordonner la détention provisoire de personnes poursuivies dans des affaires « liées au terrorisme » pour une période pouvant aller jusqu’à 150 jours, sans les déférer à un juge.
Ramy Shaath est un militant politique, qui a contribué à la fondation de divers mouvements politiques laïques en Égypte, dont le parti politique El Dostour, créé en 2012 par Mohammed El Baradei. Il a également cofondé le mouvement BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) en Égypte, et en est le coordonnateur dans ce pays depuis 2015. Le mouvement BDS fait campagne pour amener Israël à rendre des comptes pour les violations des droits humains et autres violations du droit international, en usant de moyens non violents pour y parvenir. Dans le cadre de ses activités militantes, Ramy Shaath sensibilise le public aux droits des Palestiniens et dénonce dans les médias l’occupation israéliennes des territoires palestiniens. Avant son arrestation, il avait participé à des événements publics et donné à la presse des interviews dans lesquelles il exprimait sa vive opposition au plan américain visant à résoudre le conflit israélo-palestinien, baptisé « deal du siècle », et à la participation de l’Égypte à la conférence de Manama les 25 et 26 juin 2019, consacrée à des discussions sur ce plan.
Les autorités égyptiennes harcèlent Ramy Shaath depuis de nombreuses années en raison de son militantisme politique. En avril 2012, le ministère de l’Intérieur a refusé de renouveler son passeport égyptien, tentant de le priver de la nationalité égyptienne. Bien que Ramy Shaath ait obtenu gain de cause en 2013 devant le tribunal administratif du Caire, le ministère de l’Intérieur a fait appel de la décision en 2018 ; l’appel est toujours pendant.

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