Écrire Un gréviste de la faim dans un état critique

Ali Aarrass observe une grève de la faim depuis le 25 août. Amnesty International croit savoir qu’il est dans un état critique et a besoin de soins médicaux de toute urgence.

Ali Aarrass observe une grève de la faim depuis le 25 août et, à la connaissance d’Amnesty International, son état de santé s’est fortement détérioré. Sa famille a indiqué à l’organisation qu’il souffrait de douleurs aigües à la tête, au foie et aux reins et que, le 13 octobre, il avait été transporté à l’infirmerie de la prison sur une civière car il ne pouvait pas se tenir debout. Les professionnels de la santé qui l’ont examiné ont estimé qu’il devait être hospitalisé mais il se trouve toujours à la prison de Salé II, située près de Rabat, la capitale.

Ali Aarrass a entamé une grève de la faim le 25 août pour exhorter les autorités marocaines à le libérer, deux ans après la décision du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire les appelant à le remettre immédiatement en liberté au motif qu’il n’avait été condamné que sur la base d’« aveux » arrachés sous la torture. Il voulait également protester contre les retards considérables enregistrés par l’enquête des autorités judiciaires sur ses allégations de torture, ainsi que contre l’absence de décision de la Cour de cassation – l’autorité suprême de la justice marocaine –, auprès de laquelle il avait formé un recours contre sa condamnation près de trois ans auparavant.

Enfin, il souhaitait dénoncer la manière dont il était traité, depuis juillet 2015, par le responsable des gardiens du quartier pénitentiaire où il était incarcéré. Il a dit à sa famille que le responsable en question l’empêchait de voir le médecin de la prison ou d’obtenir des produits d’hygiène, et l’avait nargué en lui faisant servir un repas dans sa cellule durant sa grève de la faim. D’après la famille d’Ali Aarrass, ce responsable a été muté au sein de la même prison en septembre.

Ali Aarrass est détenu au Maroc depuis le 14 décembre 2010, date à laquelle il a été renvoyé de force par les autorités espagnoles. Il a déclaré avoir été torturé pendant 12 jours dans un centre de détention secret géré par la Direction générale de la surveillance du territoire (DST) à Témara. Il a précédemment fait l’objet de l’AU 198/13 (https://www.amnesty.org/fr/documents/mde29/009/2013/fr/). Il purge une peine de 12 ans d’emprisonnement après avoir été déclaré coupable d’appartenir à un groupe criminel appelé le « réseau Belliraj » et d’avoir fourni des armes à celui-ci. Cette condamnation a été prononcée sur la foi d’« aveux » qui, selon ses dires, lui ont été extorqués sous la torture.

Le 21 mai 2014, deux jours après que le Comité contre la torture des Nations unies eût estimé que le Maroc avait enfreint la Convention contre la torture dans le cas d’Ali Aarrass, les autorités judiciaires marocaines ont annoncé qu’elles avaient ouvert une enquête sur ses allégations de torture. Ali Aarrass a subi, en novembre 2014, un examen médical qui s’est déroulé sur plusieurs jours, en l’absence d’observateur indépendant, dont la présence avait été proposée d’une part par ses avocats et d’autre part par Amnesty International. Ses avocats n’ont toujours pas reçu le rapport médical correspondant.

En juillet 2014, le Comité des droits de l’homme a conclu que l’Espagne avait bafoué ses obligations aux termes du Pacte international relatif aux droits civils et politiques en extradant Ali Aarrass au Maroc en dépit des mises en garde des Nations unies et d’Amnesty International. Il a demandé à l’Espagne de lui accorder des réparations satisfaisantes et de faire tout son possible auprès des autorités marocaines afin qu’il soit bien traité au Maroc. En 2015, le Comité contre la torture a également déploré l’extradition d’Ali Aarrass et demandé à l’Espagne d’enquêter sur les actes de torture qu’il aurait subis.

Ali Aarrass demande aux autorités belges de lui accorder une aide consulaire, ce qu’ils n’ont pas fait jusqu’à présent en prétextant sa double nationalité. En septembre 2014, la cour d’appel de Bruxelles a ordonné à l’État belge de prendre des mesures en ce sens. Celui-ci a saisi la Cour de cassation.

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