Écrire Un journaliste rakhine entré dans la clandestinité après avoir été inculpé

Aung Marm Oo est entré dans la clandestiné après avoir été inculpé d’infraction à la Loi relative aux associations illégales, une loi répressive tristement célèbre qui est souvent utilisée à l’encontre des minorités ethniques au Myanmar. Aung Marm Oo est le rédacteur en chef d’une agence de presse basée dans l’État d’Arakan, le Development Media Group (DMG), qui couvre les violations commises dans le contexte du conflit entre l’armée du Myanmar et l’Armée d’Arakan. Le chef d’inculpation retenu à son encontre est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.

Aung Marm Oo (alias Aung Min Oo, alias Oo Ba Khin) est le fondateur et le rédacteur en chef du Development Media Group (DMG), une agence de presse fondée en 2012 qui publie des informations et des actualités, notamment au sujet de l’État d’Arakan, dans l’ouest du Myanmar. Depuis le début de l’année 2019, lorsque les combats se sont intensifiés entre l’armée du Myanmar et l’Armée d’Arakan (AA), un groupe armé de l’ethnie rakhine, le DMG a rendu régulièrement compte des violations des droits humains et des atteintes à ces droits commises dans ce contexte, notamment par l’armée du Myanmar.
Au début du mois de mai, Aung Marm Oo a appris qu’il faisait l’objet de poursuites pénales au titre de l’article 17(2) de la Loi relative aux associations illégales, qui prévoit jusqu’à cinq ans d’emprisonnement pour quiconque gère, aide ou promeut une association illégale. Formulée en des termes vagues, cette loi est utilisée depuis longtemps par les autorités du Myanmar pour arrêter et détenir des civils appartenant à des minorités ethniques dans les zones de conflit. La plainte contre Aung Marm Oo a été déposée le 1er mai 2019. Toutefois, Aung Marm Oo n’a appris qu’il faisait l’objet de poursuites que lorsqu’un autre média en a fait état. À ce jour, il ne sait pas exactement à quoi correspondent les charges, mais il pense qu’elles sont liées aux sujets traités par le DMG.
Les 5 et 6 mai 2019, des policiers de Sittwe, la capitale de l’État d’Arakan, ont interrogé deux journalistes du DMG. Ils leur ont posé des questions sur Aung Marm Oo, le lieu où il se trouvait et la couverture par le DMG de la situation dans l’État d’Arakan. Des agents du Service des enquêtes spéciales ont également fouillé le domicile d’Aung Marm Oo et interrogé des membres de sa famille. Il se cache depuis début mai, de peur d’être arrêté et détenu. Le 8 mai 2019, il a écrit au Conseil de la presse du Myanmar pour lui demander de l’aider à dénouer la situation, mais il n’a toujours pas reçu de réponse.
En vertu du droit international relatif aux droits humains, toute personne inculpée d’une infraction pénale a le droit d’être informée sans délai et de manière détaillée de la nature des charges retenues contre elle et des faits qui lui sont reprochés. Les informations sur les charges doivent être communiquées par écrit ou, si elles sont fournies oralement, confirmées par écrit. En s’abstenant d’informer Aung Marm Oo des charges retenues contre lui, les autorités du Myanmar le privent de ce droit, mais compromettent également son droit de disposer du temps et des facilités nécessaires à la préparation de sa défense, qui est également protégé par le droit international et constitue une protection essentielle contre les procès inéquitables. Le droit à la liberté d’expression comprend le droit de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. Les reportages critiques sur les violations des droits humains commises par l’armée ne doivent pas être restreints et ne doivent en aucun cas être traités comme des infractions.
Les combats entre l’armée du Myanmar et l’Armée d’Arakan se sont intensifiés depuis janvier 2019. Amnesty International a recensé de graves violations du droit international humanitaire et du droit international relatif aux droits humains commises par l’armée du Myanmar, notamment des attaques illégales qui ont fait des morts et des blessés parmi les civils, des arrestations arbitraires, des actes de torture et d’autres mauvais traitements, des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées et des cas de travail forcé. Certaines de ces violations s’apparentent à des crimes de guerre. Amnesty International a également recueilli des informations faisant état de violations commises par l’Armée d’Arakan, notamment des enlèvements et des cas de privation arbitraire de liberté. Pour en savoir plus, voir le document (en anglais) intitulé “No one can protect us” : War crimes and abuses in Myanmar’s Rakhine State : https://www.amnesty.org/en/documents/asa16/0417/2019/en/
Les autorités du Myanmar empêchent de fait les journalistes et enquêteurs internationaux d’entrer dans les zones de conflit de l’État d’Arakan et, depuis l’intensification du conflit, se montrent de plus en plus intolérantes face à la diffusion d’informations sur les violations commises par l’armée. Les forces de sécurité du Myanmar reviennent à des méthodes éprouvées pour étouffer la liberté de la presse. Ces derniers mois, elles ont ainsi déposé au moins trois plaintes au pénal contre des personnes qui travaillaient pour des organes de presse couvrant le conflit. Au début du mois d’avril, le DMG et plusieurs organes de presse du Myanmar ont reçu des lettres de menaces anonymes, y compris des menaces de mort, visant à les dissuader de couvrir la situation dans l’État d’Arakan. À la connaissance d’Amnesty International, personne n’a eu à rendre des comptes pour ces menaces. Amnesty International est également préoccupée par les informations selon lesquelles le DMG connaît des retards dans le renouvellement de sa licence, ainsi que celle de son magazine bihebdomadaire, le Development News Journal. Sans ces licences, le DMG ne pourra plus mener légalement ses activités et risque d’être contraint à fermer ses portes.

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