Écrire Une journaliste est victime d’un harcèlement visant à empêcher l’expression de vues dissidentes

Maria Ressa, rédactrice en chef du journal en ligne Rappler et défenseure de la liberté de la presse, a été arrêtée le 13 février 2019 sur la base d’accusations de diffamation en ligne motivées par des considérations politiques. Elle a été détenue jusqu’au lendemain, puis libérée après avoir versé une caution de 100 000 pesos philippins (environ 2 000 dollars des États-Unis). Rappler publie régulièrement des article critiques à l’égard du président Rodrigo Duterte et de son gouvernement, et l’arrestation de Maria Ressa s’inscrit apparemment dans le cadre d’une vaste campagne visant à faire taire les détracteurs des autorités.

Depuis l’élection du président Rodrigo Duterte en 2016, le journal en ligne Rappler attire régulièrement l’attention sur la réalité meurtrière de la « guerre contre la drogue » et sur les milliers d’homicides illégaux perpétrés en son nom contre des personnes pauvres et marginalisées. Sa persistance à faire état de ces violations a suscité la colère des autorités philippines. Le 24 juillet 2017, dans son discours annuel sur l’état de la nation, le président Duterte a affirmé que le journal Rappler appartenait à des étrangers, ce qui signifiait qu’il était en infraction au titre de la Constitution. Au cours des semaines qui ont suivi, le président a réitéré ces propos. En janvier 2018, la Securities and Exchange Commission (Commission des opérations boursières) des Philippines a provisoirement annulé l’enregistrement de Rappler, estimant que le journal avait enfreint la règlementation relative à la participation étrangère au capital des entreprises. En février 2018, un porte-parole de la présidence a déclaré que le président lui-même avait ordonné au personnel chargé de la sécurité présidentielle d’interdire l’entrée du palais à Pia Ranada, journaliste de Rappler, et Maria Ressa, rédactrice en chef du journal.

En décembre 2018, un mandat d’arrêt a été décerné contre Maria Ressa. Maria Ressa et Rappler Holdings, dont elle est la présidente, ont été inculpés de violation du code fiscal en 2015, en lien avec des fonds reçus via les certificats de dépôts philippins, un instrument financier qui permet aux étrangers d’investir dans les entreprises philippines.

Début février 2019, le ministère de la Justice a inculpé Maria Ressa et un ancien reporter de Rappler de diffamation en ligne. Le ministère agissait à la suite d’une plainte déposée par un homme d’affaires au sujet d’un article publié en 2012, plusieurs mois avant l’adoption de la Loi relative à la cybercriminalité. Maria Ressa a été arrêtée dans la soirée du 13 février 2019, après la fermeture des services traitant les demandes de libération sous caution, ce qui a permis aux autorités de la maintenir en garde à vue jusqu’au lendemain. Ce soir-là, elle devait faire un discours sur la liberté de la presse. Elle a versé une caution pour sa libération le lendemain matin, déclarant que les charges retenues contre elle constituaient un « abus de pouvoir » et une « instrumentalisation de la loi ».

Le harcèlement que subit Maria Ressa est une nouvelle illustration de la façon dont le gouvernement Duterte cible les personnes les plus critiques à son égard en les soumettant à des poursuites à caractère politique. L’attaque contre Maria Ressa et Rappler fait suite à l’arrestation et à la détention, en février 2017, de la sénatrice Leila de Lima, également très critique à l’égard de la « guerre contre la drogue », sur la base d’accusations fondées sur des considérations politiques. Cela fait maintenant deux ans que cette sénatrice est incarcérée.

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