BRÉSIL : L’assassinat d’un juge ne doit pas rester impuni

Index AI : AMR 19/005/2003

L’assassinat, ce lundi 24 mars, d’Alexandre Martins de Castro Filho, juge de l’État d’Espirito Santo, ne doit pas rester impuni, afin de ne pas nuire à la lutte contre le crime organisé et les violations systématiques des droits humains, ni au fonctionnement même de la justice brésilienne, a déclaré Amnesty International ce mardi 25 mars.

La mort du juge Costa Filho aurait eu lieu dans le cadre d’une longue série d’exécutions perpétrées par des tueurs à gages dans l’État d’Espirito Santo. L’organisation policière Scuderie Detetive Le Coq, que l’on pense être liée à des groupes économiques et politiques puissants de cet État, est depuis longtemps accusée d’implication dans ces homicides apparentés à des exécutions, qui restent systématiquement impunis.

Le juge Castro Filho risquait sa vie dans la lutte contre le crime organisé et les escadrons de la mort d’Espirito Santo. Son assassinat, qui fait suite à des menaces de mort répétées, remet gravement en question la capacité des autorités à protéger de manière efficace toutes les personnes impliquées dans des enquêtes sur le crime organisé et les violations des droits humains, comme les juges, les procureurs, les policiers enquêteurs, les témoins et les défenseurs locaux des droits humains.

Amnesty International se félicite des résultats importants obtenus par une mission conjointe de l’État local et fédéral envoyée à Espirito Santo pour enquêter sur les activités présumées d’escadrons de la mort et sur le crime organisé, qui a notamment abouti à l’arrestation de politiciens et de policiers haut placés. Cependant, l’organisation craint que ces succès restent sans lendemain si les quelques membres du système judiciaire ouvertement prêts à soutenir la lutte contre l’impunité de longue date ne bénéficient pas des conditions dans lesquelles ils pourront travailler de manière indépendante et équitable, sans peur des agressions, représailles ou diffamations.

Amnesty International est d’autant plus préoccupée que l’exécution du juge Castro Filho suit à moins de deux semaines d’intervalle le meurtre du juge Antonio José Machado Dias, dans l’État de São Paulo.

« Nous craignons que cet homicide ne soit également lié au crime organisé, ce qui démontre les risques que prennent les personnes désireuses de s’attaquer à ce problème omniprésent, et l’incapacité des autorités à y faire face », a souligné Amnesty International.

L’organisation demande instamment aux nouveaux gouvernements de l’État local et fédéral de respecter leurs promesses de mettre fin au crime organisé et à l’impunité dont jouissent les responsables d’atteintes aux droits humains dans l’État d’Espirito Santo, en :
 menant une enquête diligente, approfondie, efficace et indépendante sur les homicides, de manière à en traduire tous les responsables en justice ;
 prenant un ensemble complet de mesures, en collaboration avec les défenseurs locaux des droits humains, pour que ces défenseurs puissent mener à bien leur tâche sans crainte de représailles. Les autorités doivent également inclure dans ces programmes de protection les juges, procureurs et autres responsables gouvernementaux qui souffrent de violations de leurs droits humains en raison de leur engagement en faveur de ces mêmes droits, ainsi que les témoins ; néanmoins, ces programmes doivent tenir compte des besoins différents de ces différents secteurs ;
 demandant à la justice fédérale d’aider dans leur tâche les policiers et procureurs fédéraux, ainsi que les juges de l’État d’Espirito Santo, en commençant par rendre un jugement dans l’affaire fédérale de la Scuderie Detetive Le Coq, en instance depuis huit ans.

Contexte
Amnesty International constate et dénonce depuis longtemps les homicides, les menaces et la corruption systématiques qui sévissent dans l’État d’Espirito Santo depuis de nombreuses années. L’année dernière, après les fortes pressions exercées par les défenseurs des droits humains au niveau de l’État local et fédéral, aidés en cela par la condamnation internationale, les autorités fédérales et celles d’Espirito Santo ont créé une « mission spéciale », comprenant des procureurs et des policiers fédéraux, pour enquêter sur ces allégations et protéger les personnes menacées.
Cette année, l’arrestation de l’ancien président de l’assemblée législative, d’un policier de haut rang et d’un des principaux hommes d’affaires locaux semble indiquer le succès de cette « mission spéciale ». Les nouvelles autorités arrivées au pouvoir ce mois de janvier, tant au niveau fédéral qu’à celui d’Espirito Santo, ont affirmé leur intention de continuer à concentrer leurs efforts pour mettre fin au crime organisé, aux violations des droits humains et à l’impunité dans cet État.

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