BRÉSIL : Une impunité marquée du sceau présidentiel

Index AI : AMR 19/010/02

La démission du ministre de la Justice, Miguel Reale Junior, reflète l’ampleur de la frustration et du désenchantement de ceux qui luttent aujourd’hui pour les droits humains au Brésil. Ce départ fait suite à l’annonce par le procureur général fédéral, Geraldo Brindeiro, de son refus d’appuyer les recommandations d’intervention fédérale dans l’État de l’Espírito Santo.

« Une fois encore, les autorités brésiliennes ont laissé passer une importante occasion de combattre les atteintes persistantes aux droits humains, le crime organisé, la corruption et l’impunité, pour des raisons d’opportunisme politique », a déploré ce jour (mardi 9 juillet 2002) Amnesty International.

Geraldo Brindeiro avait précédemment apporté publiquement son soutien aux recommandations d’intervention formulées par le Conselho de Defesa dos Direitos da Pessoa Humana (Conseil de défense des droits de la personne humaine) du ministère de la Justice, un jour après avoir assisté aux audiences tenues par le Conseil à Vitória, capitale de l’Espírito Santo.

Amnesty International craint fort que le revirement du procureur général fédéral, intervenu après qu’il eut rencontré hier le président Fernando Henrique Cardoso, n’ait été dicté par des considérations politiques et électorales, d’autant plus qu’aucun motif juridique n’a encore été fourni publiquement pour justifier la décision de Geraldo Brindeiro.

« Des recommandations qualifiées d’historiques il y a de cela trois jours sont maintenant réduites à néant, ce qui renforce clairement une conviction forgée de longue date : huit années de promesses en matière de droits humains ont été systématiquement remises en cause par des marchandages politiques occultes », a souligné Amnesty International.

L’engagement a été pris de constituer une équipe spéciale associant les autorités fédérales et celles de l’État, chargée d’enquêter sur les nombreux cas d’homicides signalés dans l’Espírito Santo, en lieu et place d’une intervention fédérale. Amnesty International craint toutefois que le bon déroulement de cette enquête ne puisse être compromis par la participation des autorités de l’État, qui pourraient être au centre de ces investigations.

Il ne fait aucun doute que la détermination du procureur général fédéral à annuler les recommandations du Conseil de défense des droits de la personne humaine sera interprété par certains comme un message de soutien, adressé à tous les responsables de l’interminable série d’homicides et autres atteintes aux droits humains demeurés impunis dont ont été victimes tant d’habitants de l’Espírito Santo.

Amnesty International appelle la communauté nationale et internationale des défenseurs des droits humains à se mobiliser afin que cette décision ne puisse pas être considérée comme une victoire pour ceux qui bénéficient depuis si longtemps d’une impunité sanctionnée par l’État.

« Aujourd’hui plus que jamais, il faut soutenir les défenseurs des droits humains qui luttent pour la justice dans l’Espírito Santo malgré les attaques, les menaces de mort et les actes d’intimidation généralisés auxquels ils sont en butte, a déclaré Amnesty International.

« C’est au gouvernement fédéral qu’il incombe de garantir leur sécurité. Il est temps que les responsables des nombreux homicides commis dans cet État soient enfin traduits en justice. »

En 1997, le Congreso (Congrès) brésilien a créé une Commission d’enquête parlementaire fédérale, chargée de mener des investigations sur le trafic de stupéfiants. Au moins un quart du rapport final de la Commission était consacré à la situation dans l’État de l’Espírito Santo, où des personnes occupant des postes à responsabilités – dont le président de l’Assemblée législative, des juges hauts placés et des membres influents de la police – ont été inculpées d’infractions diverses, allant de l’homicide à la fraude fiscale. Trois ans après la publication de ce rapport en 1999, aucune enquête n’a été ouverte par la police de l’État ni par ses autorités judiciaires sur la base de ces informations.

Complément d’information
Le Conseil de défense des droits de la personne humaine du ministère de la Justice s’est rendu dans l’État de l’Espírito Santo à la suite du récent meurtre de l’avocat local Marcelo Denadai. Les membres du Conseil, parmi lesquels des juristes respectés, des défenseurs des droits humains et des membres du gouvernement, ont appris que les homicides, les actes de violence et les faits de corruption attribués depuis des années à l’organisation policière Scuderie Detetive le Cocq (SDLC), et à de puissants groupes politiques et économiques de l’Espírito Santo, demeuraient impunis.

Les recommandations du Conseil de défense des droits de la personne humaine ont mis en évidence la passivité totale des autorités de l’État, qui n’ont mené aucune enquête sur les atteintes systématiques aux droits humains dont l’Espírito Santo est le théâtre depuis si longtemps, ainsi que l’existence d’une corruption extrême à tous les niveaux du pouvoir exécutif et législatif dans cet État.

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