« Cela fait trop longtemps » : en attente de justice en Hongrie

La dernière fois que j’ai parlé avec Nadia remonte à un certain temps. Le soleil de début octobre et la liberté de sortir en profiter ne font que rendre cet appel plus difficile. Pour elle et son mari, les semaines passent très lentement. Le soleil est une source de joie qui leur a été enlevée parmi d’autres. Aucune nouvelle de notre côté, ni du sien. « Je vais bien, les enfants vont bien, me dit-elle quand je lui téléphone. Je m’inquiète seulement pour Ahmed », ajoute-t-elle.

Cela fait deux ans que son mari, Ahmed, a été arrêté en Hongrie. Les autorités affirment qu’il a commis des « actes terroristes » lors d’une émeute à la frontière serbo-hongroise en septembre 2015. Son inculpation et son procès ont défié le bon sens et les règles garantissant une procédure légale. Il a été reconnu coupable et condamné à 10 ans d’emprisonnement par un juge dont la décision a par la suite été annulée en appel.

Le nouveau procès qui débutera fin octobre constitue une lueur d’espoir pour une famille déchirée par un procureur trop zélé, agissant dans le même esprit que les messages politiques du gouvernement qui ont désigné Ahmed comme coupable dès le premier jour, en l’accusant d’être membre d’une organisation terroriste forçant le passage d’« immigrés clandestins » en Hongrie. Aucune de ces affirmations n’a été retenue par la cour d’appel.

Amnesty International a fait connaître le cas d’Ahmed depuis le début de son procès, en veillant toujours attentivement à ne pas nuire à l’indépendance du travail de la justice. Cependant, nous avons clairement expliqué que l’accusation de terrorisme visant Ahmed constituait une violation du code pénal hongrois par le ministère public.

Le fait de parler dans un mégaphone et de jeter « trois objets durs » en direction de la police ne peut pas être considéré de façon crédible comme un « acte terroriste », surtout dans le contexte d’un affrontement au cours duquel plus de 300 migrants ont dû être soignés pour des blessures infligées par des policiers vêtus en tenue antiémeutes de la tête aux pieds qui ont tiré des grenades lacrymogènes et fait usage d’un canon à eau.

Le gouvernement a consacré tellement de temps et d’argent à désigner Ahmed comme coupable que même le système judiciaire le plus indépendant du monde aurait du mal à garantir l’équité de son procès ; or, la justice hongroise en est loin. Ahmed n’a pas bénéficié d’un jugement équitable à la base et le gouvernement y est pour beaucoup.
Au cours des deux dernières années, il a fait clairement comprendre que si vous êtes migrant ou musulman, vous ne devriez pas mettre les pieds en Hongrie. Le Premier ministre Orbán n’a eu de cesse de qualifier Ahmed de « terroriste » au Parlement alors que son procès était encore en cours. D’autres membres du gouvernement l’ont « condamné » publiquement comme s’ils avaient le droit de le faire à la place des tribunaux.

Le fait d’alimenter le sentiment xénophobe a été extrêmement dommageable tant pour les Hongrois que pour les étrangers et a conduit la Hongrie à devenir un pays de plus en plus oppressif depuis quelques années.

Nous devons cependant faire la distinction entre le gouvernement et la population. Au moment où le premier procède à sa nouvelle « consultation nationale », une enquête menée auprès des ménages qui calomnie Amnesty International et Ahmed personnellement devant l’ensemble des électeurs, nous nous fions à la solidarité de la population. En effet, celle-ci se rassemble de plus en plus alors que la propagande absurde du gouvernement atteint de nouveaux sommets.

L’air de Budapest est rempli de défiance, d’une volonté de discréditer l’alarmisme et de combattre l’injustice que subissent certaines personnes parmi les plus vulnérables. Qu’il s’agisse d’Ahmed, d’une famille de réfugiés détenue à la frontière ou d’une femme rom dont les enfants lui ont été enlevés parce qu’elle est pauvre, tous méritent la justice et l’équité.

Nul ne peut réparer les dommages causés par le discours et la politique du gouvernement, mais nous pouvons œuvrer ensemble à faire des droits et de la dignité une réalité pour tout le monde.

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