Cuba, Amnesty demande l’autorisation de suivre les procès des manifestants du 11 juillet

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Au cours des derniers mois, des Cubain·e·s de tous âges et de tous horizons ont été inculpés, traduits en justice ou condamnés pour avoir participé à des manifestations d’ampleur nationale en juillet dernier, dans le cadre de procédures largement iniques et opaques qui se sont pour la plupart tenues à huis clos, a déclaré Amnesty International le 24 mars 2022, alors qu’elle demande aux autorités de lui permettre, ainsi qu’à d’autres observateurs des droits humains, de se rendre dans le pays afin de suivre les procès en cours.

« Par le biais d’une série de procédures et de procès iniques et opaques visant des manifes-tant·e·s ces dernières semaines, les autorités cubaines poursuivent leur campagne de criminali-sation dans le seul but de rétablir la culture de la peur qui a été brisée l’an dernier lorsque les gens sont descendus dans la rue pour s’exprimer, a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques à Amnesty International.

« Comme souvent à Cuba, où le gouvernement contrôle fermement le système judiciaire, les procédures manquent de transparence et les journalistes indépendants et les observateurs des droits humains se voient refuser l’entrée des salles d’audience. »

Luis Manuel Otero Alcántara et Maykel Castillo Pérez, qui seront jugés prochainement, ont été adoptés comme prisonniers d’opinion par Amnesty International l’année dernière. Otero Alcántara, artiste et membre du mouvement San Isidro, a été interpellé le 11 juillet, juste après avoir publié une vidéo dans laquelle il se disait prêt à se joindre aux manifestations. Avant les rassemblements, en mai, les autorités ont également arrêté Castillo Pérez, l’un des auteurs de Patria y Vida, une chanson populaire qui est devenue l’hymne de la contestation et qui lui a valu, ainsi qu’à d’autres artistes, de remporter un Latin Grammy Award l’an dernier.

Le 8 mars, le tribunal municipal populaire du centre de La Havane a annoncé que les audiences allaient débuter pour les deux prisonniers d’opinion et précisé qu’ils étaient inculpés au titre de diverses dispositions vagues du Code pénal, notamment : outrage aux symboles de la nation (ultraje a los símbolos de la patria), outrage (desacato), diffamation des institutions et organisations nationales, des héros et martyrs de la nation (difamación a las instituciones y organizaciones y de los héroes y mártires), agression (atentado), résistance (resistencia) et désordre public (desórdenes públicos).

Amnesty International recueille depuis des décennies des informations qui montrent que ces mêmes infractions relatives au désordre public sont utilisées pour faire taire la dissidence. Selon les documents judiciaires, dans l’attente du procès, Otero Alcántara et Castillo Pérez resteront en détention provisoire, où ils ont déjà passé plus de sept mois.

« Les procédures manquent de transparence et les journalistes indépendants et les observateurs des droits humains se voient refuser l’entrée des salles d’audience »

Les autorités cubaines n’ont jamais répondu à la lettre [1] d’Amnesty International demandant des précisions sur le nombre de personnes détenues dans le cadre des manifestations du 11 juillet. Selon l’ONG Cubalex qui a suivi la situation, environ 700 personnes sont maintenues en détention pour avoir manifesté l’année dernière. La majorité d’entre elles sont accusées au titre de dispositions du Code pénal utilisées de longue date pour faire taire la dissidence.

Le 16 mars, les autorités cubaines ont rendu publiques au moins six condamnations concernant environ 129 personnes, dont des adolescents, qui encouraient des peines sévères pour avoir manifesté – une décision inhabituelle dans un contexte où les avocat·e·s de la défense sont étroitement contrôlés par l’État et où il est rare de pouvoir avoir accès aux documents judiciaires. Principalement accusés de jets de pierres ou de bouteilles sur les forces de l’ordre, certains ont été condamnés à des peines de 30 ans de prison.

Dans une affaire, 21 personnes, la plupart âgées d’une vingtaine d’années, ont été inculpées de « sédition » et condamnées à de lourdes peines – au moins neuf ans de prison – pour manœuvre visant à modifier l’ordre socialiste (alterar el orden social socialista), incitation à la violence, infraction aux règles de distanciation sociale liées au COVID-19 et jets de pierres et de bouteilles inflammables. Comme c’est souvent le cas à Cuba, le jugement décrivait certains individus comme ayant des liens avec des personnes antisociales (se vincula con elementos antisociales) ou de mauvaises relations avec leurs voisins, et indiquait s’ils travaillaient ou non. Un tel langage est souvent employé pour décrire des personnes jugées critiques à l’égard des autorités cubaines, mais devrait avoir peu d’incidence dans le cadre d’une affaire pénale.

Amnesty International demande une nouvelle fois aux autorités cubaines de pouvoir assister aux prochains procès d’Otero Alcántara et de Castillo Pérez, et des nombreux accusés toujours em-prisonnés pour avoir manifesté le 11 juillet.

« Les autorités cubaines se servent de tactiques de répression bien rodées pour adresser un message à une nouvelle génération de penseurs critiques et bien connectés : aucune forme de dissidence ne sera tolérée, a déclaré Erika Guevara-Rosas.

« Nous réitérons notre appel à la communauté internationale pour qu’elle condamne dans les termes les plus forts la criminalisation des manifestant·e·s pacifiques et souligne la nécessité d’une plus grande transparence et d’un meilleur accès pour les observateurs internationaux. Ce sont des demandes simples et raisonnables faites à un gouvernement qui a inculpé ou emprisonné 700 personnes au seul motif qu’elles se sont exprimées. »

Cuba est le seul pays des Amériques qui n’autorise pas Amnesty International à se rendre sur place pour effectuer un travail de surveillance des droits humains.

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