Équateur, Le gouvernement doit protéger la vie et l’intégrité du médiateur

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Le gouvernement doit protéger la vie et l’intégrité du médiateur Freddy Vinicio Carrión Intriago et de sa famille, celui-ci ayant reçu de multiples menaces de mort. De plus, il doit veiller à ce que le Bureau du médiateur puisse mener son travail de promotion et de protection des droits humains de manière autonome, indépendante et libre de toute menace ou intimidation.

« Le Bureau du médiateur a joué un rôle essentiel dans le cadre de la crise que l’Équateur a traversée en octobre 2019, en recensant les atteintes aux droits humains, en protégeant les personnes touchées et en fournissant des informations indépendantes », a déclaré Erika Guevara Rosas, directrice du programme Amériques d’Amnesty International.

« Il est ironique que ce soient les personnes et organisations de défense des droits humains ayant joué un rôle essentiel dans le signalement des atteintes aux droits humains commises pendant la crise qui se retrouvent maintenant en danger et sans protection »

« Il est ironique que ce soient les personnes et organisations de défense des droits humains ayant joué un rôle essentiel dans le signalement des atteintes aux droits humains commises pendant la crise qui se retrouvent maintenant en danger et sans protection. Le cas du médiateur et du Bureau du médiateur met en lumière cette situation. Les autorités équatoriennes doivent prendre immédiatement les mesures nécessaires pour garantir la sécurité du médiateur face aux graves menaces auxquelles il est exposé. »

Le 11 février, le Bureau du médiateur a fait part, à travers une déclaration publique, de son inquiétude face aux menaces, accusations infondées et attaques à caractère politique dont a fait l’objet le médiateur dans les médias et sur les réseaux sociaux. Le Bureau affirme que ces agissements sont liés à son travail de recensement des atteintes aux droits humains commises dans le cadre de la grève nationale d’octobre 2019.

Dans cette déclaration publique, il est indiqué que le médiateur a déposé une plainte auprès du ministère public le 6 février pour les menaces dont il a fait l’objet. Dans cette plainte, qu’Amnesty International a pu consulter, le médiateur demande que « des mesures soient mises en place pour garantir [sa] sécurité et celle de [sa] famille ».

Cependant, sept jours après le dépôt de cette plainte, le 13 février vers midi, alors que le médiateur se trouvait à Guayaquil, l’agent de sécurité de la résidence où il vit avec sa famille à Quito a reçu un appel indiquant qu’une bombe se trouvait dans le logement du médiateur.

Le médiateur a indiqué le 14 février à un média que les menaces avaient été proférées « pratiquement au moment même de la publication du rapport de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) indiquant que l’État équatorien a eu recours à un usage excessif de la force » dans le cadre de la grève nationale d’octobre.

Le Bureau du médiateur a été la cible d’une série d’attaques destinées à entamer sa crédibilité institutionnelle et a fait face à des obstacles administratifs destinés à entraver la mise en œuvre efficace de son travail

Le 14 janvier, la CIDH a présenté ses observations [1] à la suite de sa visite en Équateur, engageant les autorités à mener sans délai des enquêtes exhaustives sur les plaintes pour violences et à imposer des sanctions adaptées, tant pour les plaintes pour recours excessif à la force par la police et les forces de sécurité que pour les agressions et les pillages par la population.

Dans une lettre ouverte [2] publiée le 14 février, le médiateur a indiqué qu’en plus des menaces personnelles qu’il a reçues, le Bureau du médiateur a été la cible d’une série d’attaques destinées à entamer sa crédibilité institutionnelle et a fait face à des obstacles administratifs destinés à entraver la mise en œuvre efficace de son travail.

La réponse du gouvernement équatorien au rapport de la CIDH a été de rejeter toute accusation de recours excessif à la force. Le 20 janvier, le président Lenín Moreno a déclaré dans un message public [3] que les manifestations avaient été le résultat d’une « attaque terroriste organisée », a nié toute utilisation d’armes mortelles par la police et a affirmé qu’aucun membre des forces de l’ordre n’avait tiré « ne serait-ce qu’une seule balle ».

En outre, le ministère des Affaires étrangères et de la Mobilité humaine a émis un communiqué de presse [4] le 24 janvier rejetant les observations de la CIDH, affirmant qu’elles étaient partiales et peu objectives. Le ministère a qualifié les violations des droits humains commises par l’État pendant les événements d’octobre de « faits isolés [...] qui font toujours l’objet d’une enquête ».

Enfin, la ministre de l’Intérieur María Paula Romo, le commandant général de la police Nelson Villegas et l’inspecteur général des opérations Patricio Carrillo, ont déclaré [5] que la police « n’a jamais utilisé une force meurtrière ». Le rapport a également été rejeté par d’autres représentants du gouvernement.

Le 11 octobre, grâce à une vérification immédiate de preuves audiovisuelles, Amnesty International a authentifié cinq événements lors desquels les forces de sécurité ont eu recours à un usage excessif de la force. Dans ces cas, les policiers ont bousculé ou frappé des personnes, parmi lesquelles des journalistes, ou leur ont lancé du gaz lacrymogène, de manière injustifiée et disproportionnée, les blessant et bafouant ainsi les normes internationales relatives aux droits humains.

Amnesty International demande au gouvernement d’accorder immédiatement une protection au médiateur et à sa famille en vue de préserver leur vie et leur intégrité personnelle. Les autorités doivent diligenter immédiatement une enquête impartiale et indépendante sur les menaces qu’a reçues le médiateur, traduire les responsables présumés en justice et veiller à ce que le Bureau du médiateur soit libre de toute menace ou pression politique et puisse continuer de mener son travail légitime et important dans un environnement libre et sûr.

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