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« Jeune, noir et en vie » – Brisons le silence qui entoure le taux d’homicide des jeunes au Brésil

Par Atila Roque, directeur exécutif d’Amnesty International Brésil

Le 25 novembre, nombreux sont ceux qui à travers le monde ont attendu en retenant leur souffle la décision d’un grand jury dans une affaire où un policier a abattu un jeune homme noir non armé dans la rue. Si Michael Brown est mort dans la banlieue de Ferguson, au Missouri, aux États-Unis, le 9 août, l’affaire trouve un écho profond ici au Brésil. Le cours tragique des événements qui a conduit à la mort du jeune homme pourrait tout aussi bien avoir eu lieu dans les rues de nos villes ou de nos favelas (bidonvilles).

Sur les 56 000 victimes d’homicides que l’on dénombre au Brésil chaque année, 30 000 sont des jeunes gens âgés de 15 à 29 ans. En ce moment même, un jeune est très probablement tué au Brésil. D’ici à ce que vous alliez vous coucher, 82 seront morts dans la journée. Cela correspond à un petit avion rempli de jeunes passagers qui s’écrase tous les deux jours, sans aucun survivant. Ce fait déjà assez choquant en soi est encore plus scandaleux lorsque l’on sait que 77 % de ces jeunes gens sont noirs.

Depuis 1980, plus d’un million de personnes ont été assassinées au Brésil. Selon le rapport du Fléau mondial de la violence armée 2008, de 2004 à 2007, le nombre de personnes tuées au Brésil dépassait le nombre de victimes des 12 principaux conflits dans le monde.

Cependant, la violence ne touche pas l’ensemble de la société brésilienne de la même manière. Les meurtres sont endémiques dans les communautés pauvres et marginalisées. Les préjugés et les stéréotypes négatifs associés aux favelas et aux banlieues des villes jouent un rôle majeur dans ce phénomène.

Au titre du droit international relatif aux droits humains, le Brésil est tenu de prendre des mesures efficaces pour protéger le droit à la vie et remédier à la discrimination raciale, notamment en s’assurant que ses pratiques en matière de maintien de l’ordre ne renforcent pas les disparités raciales.

Le 20 novembre, le Brésil a célébré la Journée de la conscience noire, une journée destinée à valoriser auprès de la population les contributions importantes des Afro-Brésiliens et à rappeler qu’il est nécessaire de s’attaquer à la discrimination et à ses conséquences négatives. Les organisations qui défendent les droits des Brésiliens noirs sont de plus en plus nombreuses et leurs actions se multiplient. Cependant, une partie de la société continue de nier l’impact de la violence meurtrière sur notre jeunesse.

Bien que nos jeunes se fassent descendre en grand nombre, les jeunes Noirs sont devenus invisibles au Brésil : les habitants de leurs quartiers se sont habitués à voir défiler les morts et le problème est soustrait au regard de ceux qui peuvent agir pour changer cette terrible situation. En outre, ils sont victimes de la lutte contre la drogue que mène l’État, et d’une force de police militarisée qui considère les jeunes, et les Noirs en particulier, comme des ennemis potentiels. Le taux d’homicides imputables à la police au Brésil est l’un des plus élevés au monde.

Hélas, il semble que cette situation soit aujourd’hui admise au Brésil. Les législateurs n’en font pas une priorité dans le cadre du programme public national, et beaucoup ont évité d’aborder la question lors du récent débat électoral. Ce sujet étant devenu banal, il ne fait plus la une de l’actualité.

Face à cette situation inacceptable, nous devons agir. C’est pourquoi, en début de mois, Amnesty International Brésil a lancé la campagne Jovem Negro Vivo (Jeune, noir et en vie). Nous voulons que nos jeunes restent en vie et sommes convaincus que nous pouvons changer la réalité. Pas vous ?

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